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Dictionnaire du Mouvement Ouvrier Seynois
Notices rédigées par
Jacques GIRAULT
 
VINCENT Josette
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VINCENT Josette, Eugènie, Félicie.

Née le 7 décembre 1922 à La Seyne (Var) ; secrétaire ; militante communiste adjointe au maire de La Seyne.

Fille de l'agent technique communiste à l'Arsenal maritime de Toulon (Var), Louis Vincent, et de Louise Vincent, militante communiste elle aussi, Josette Vincent ne reçut aucun sacrement religieux. Élève de l'École primaire supérieure Curie à La Seyne, elle obtint le brevet élémentaire, puis après un an au collège Tessé à Toulon un CAP de secrétaire sténodactylo en 1938. Aide-comptable chez un expert-comptable de La Seyne en 1939-1940, elle travailla chez un grossiste de 1943-1944, puis devint dactylo aux sièges de la Fédération du Var du Parti communiste français puis de l'Union des femmes françaises. Elle entra en 1959 à la Mutuelle de la Marine et y termina sa carrière comme cadre en 1982.

Adhérente de l'Union des jeunes filles de France en 1937, Josette Vincent participa à la frappe des textes des Jeunesses communistes pendant la guerre et à diverses activités de résistance en liaison avec ses parents. Elle résuma cette activité par les termes d' "aide technique à partir de 1942".

Mariée à La Seyne, en avril 1941, avec Raymond Fave, ouvrier chaudronnier sur cuivre à l'Arsenal maritime de Toulon, communiste, dit Marcel pendant la guerre, elle divorça à la fin de 1947. Elle avait adopté un petit garçon la même année et à partir de 1948 vécut avec Joseph Bessone jusqu'au décès de ce dernier en 1987.

Josette Fave adhéra au Parti communiste français en 1944. Responsable départementale de l'Union des jeunes filles de France, elle siégea au comité national jusqu'en 1947. Elle remplit une première biographie pour le PCF en 1946. La même année, elle suivit une école fédérale du Parti et la termina en 6eme position sur 11 élèves. Elle remplit une autre biographie pour suivre l'École de la Jeunesse en août 1947. En la présentant, un responsable indiquait : "C'est à elle que nous devons le développement de l'organisation dans le Var". A la fin de l'école, l'appréciation portée sur cette militante ne laissait pas présager une montée dans les cadres de la jeunesse.

En 1947, Josette Vincent devint membre du comité fédéral du PCF. En 1948, secrétaire départementale de l'Union des femmes françaises, elle conserva cette responsabilité jusqu'en mars 1951. Dans le même temps, elle participa au conseil national de l'UFF (1948-1951). Le secrétaire fédéral la jugeait en ces termes en 1951 : "c'est une camarade qui est à suivre car elle a de grandes possibilités".

Membre du comité de la section communiste de La Seyne au début des années 1950, Josette Vincent devint membre du bureau fédéral en 1953 et y resta jusqu'en 1962, ayant la responsabilité du travail féminin, succédant à Noëlle Thomazo. Elle participait aux travaux de la commission nationale féminine mais ne put adhérer pleinement au discours favorable à la famille et à la maternité. Elle suivit les cours de l'école centrale d'un mois et de celle de quatre mois d'octobre 1954 à février 1955. L'appréciation portée estimait alors :

"camarade qui a abordé l'école avec des bases théoriques assez faibles. A beaucoup travaillé. A paru éprouver quelques difficultés au début. Intelligente mais assimile avec assez de lenteur, a peu de mémoire, cependant a réalisé de nets progrès. A suivi l'école avec un complexe d'infériorité permanent, semble beaucoup manquer de confiance en elle-même, ce qui paraît s'expliquer par certaines difficultés d'ordre personnel et la conscience de ses difficultés. Ne semble pas de tempérament très combatif. Aime le travail parmi les femmes et surtout le travail à la municipalité et paraît très attachée au Parti".

En 1954, autorisée par le secrétariat du Parti pour aller en Tchécoslovaquie, elle ne s'y rendit pas. Le seul voyage qu'elle fit avec une délégation d'élues communistes fut à Berlin au début des années 1970. Selon le rapport de Camille Vallin, représentant de la direction du Parti dans le département, en janvier 1962, il fut, par des dirigeants de la fédération communiste, qu'elle devienne permanente "dans un avenir assez proche",  pour pallier l'insuffisance du travail en direction des femmes. Après la conférence fédérale de juin 1962, selon le rapport de Raymond Thévenin qui suivait la fédération, elle n'aurait pas accepté cette perspective. D'après son témoignage, une telle proposition ne lui fut jamais faite et de toutes façons elle l'aurait refusée.

A partir de 1964, toujours membre du comité fédéral, toujours responsable du travail auprès des femmes, Josette Vincent ne fut pas réélue au comité fédéral en 1970 sur sa demande.

Josette Vincent figura sur la liste "d'union républicaine et résistante présentée par le PCF" pour le collège départemental pour l'élection du Conseil de la République, le 24 novembre 1946. Candidate au conseil municipal de La Seyne en octobre 1947, elle fut la première non élue de la liste présentée par le PCF. Après la démission de Léon Mary, elle le remplaça en avril 1948. Elle fut régulièrement réélue sur les listes communistes, puis sur les listes d'union de la gauche, jusqu'en 1983. Elle fut à partir de juin 1950 adjointe aux œuvres sociales, responsabilité qu'elle occupa jusqu'en 1983. Elle présida le Bureau d'aide sociale jusqu'en 1983.

Son action à la tête du secteur social de la municipalité fut novatrice car il fallait construire ou reconstruire après la guerre. Elle fut responsable de réalisations permettant aux femmes de mieux vivre (crèches à partir de 1959, consultations prénatales, actions autour de la maternité dont l'accouchement sans douleur et la contraception au début des années 1960, jardin d'enfants au début des années 1950). Pour le centre médico-social Danielle Casanova, inauguré en 1953, elle conduisit, avec Philippe Giovannini puis avec Jean Sprecher de difficiles négociations avec les médecins locaux. Elle mit en place le service social municipal et veilla au suivi social des plus défavorisés (pour les vieilles personnes avec notamment la construction de foyers de quartiers puis de deux foyers logements, l'organisation des vacances avec utilisation des colonies de vacances municipales). Elle fit augmenter fortement les crédits du Bureau d'aide sociale   afin  d'aider les  économiquement faibles (colis, vêtements). Dans les années 1970, commença à se développer un service social polyvalent (avec aides ménagères) divisé en trois secteurs (personnes âgées, enfance, handicapés). Fut alors réalisé l'aménagement de la mairie annexe au centre Renan avec réunion des services sociaux et construction d'un restaurant scolaire. Cette activité sociale s'accompagnait pour Josette Vincent d'actions politiques contre la guerre d'Indochine et surtout d'Algérie, en direction des mères de soldats.

Son expérience sociale à la tête de la municipalité l'imposa comme l'exemple même d'une élue municipale communiste et elle en fit profiter ses camarades des diverses commissions féminines nationales ou départementales. Ainsi elle initia Danielle De March quand elle prit sa succession dans la fédération communiste du Var.

Entre 1983 et 1989, Josette Vincent siégea au conseil municipal dans la minorité affectée notamment à la commission des cimetières. Candidate en 1989, elle  devint  par la suite adjointe honoraire.

Josette Vincent à la fin des années 1980 présidait l'amicale des vétérans communistes dans le Var. Secrétaire du comité local de l'Association nationale des anciens combattants de la résistance, elle siégeait au bureau départemental de l'organisation.

Devant la "mutation" du PCF entreprise à partir de 1995-1996, Josette Vincent, tout en étant d'accord avec l'orientation d'ouverture, éprouvait une "grande perplexité devant le manque de fermeté et de rigueur de l'organisation". Sans prendre parti dans les divisions de la fédération communiste du Var et de la section communiste de La Seyne, tout en comprenant les  diverses motivations, elle  n'adhéra pas à l'association "83" qui regroupait les militants désireux de s'opposer aux dirigeants.

Une exposition fut organisée à la Maison de patrimoine à La Seyne en 2012 à partir de ses archives et de celles de Joseph Bessone.


SOURCES : Archives du comité national du PCF. — Arch. Com. La Seyne. — Presse locale. — Renseignements fournis par l'intéressée.