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Dictionnaire du Mouvement Ouvrier Seynois
Notices rédigées par
Jacques GIRAULT
 
PRATALI Paul
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PRATALI François, Paul

Né et décédé à La Seyne (Var), 25 mars 1913 - 8 octobre 2013, marié, deux filles ; garagiste ; résistant ; militant communiste, conseiller municipal et adjoint au maire de La Seyne (1944, 1950-1965).

Ses parents, originaires de Buti en Italie (Toscane), mariés à Toulon au consulat, furent naturalisés en 1927. Propriétaires de leur maison, pratiquants catholiques, ils eurent deux enfants qui reçurent les premiers sacrements. Son père, ouvrier forgeron, d'opinions vaguement socialistes, non syndiqué, travaillait aux Forges et Chantiers de la Méditerranée depuis son arrivée en France, en 1893. Sa mère tenait un commerce (vannerie).

Paul Pratali fréquenta l'école Martini et obtint le Certificat d'études primaires en 1926. Il se fit remarquer très tôt par son tempérament bagarreur qui le caractérisa durablement. Apprenti mécanicien chez François Cresp, dirigeant communiste de La Seyne, il suivait les cours du soir pour préparer le CAP d'ajusteur-tourneur qu'il obtint en 1928. Après avoir travaillé dans l'agriculture à Hyères (Var) puis chez un entrepreneur de maçonnerie à L'Isle-sur-Sorgues, il revint à La Seyne et entra comme ouvrier chez le marchand de cycles Sénéquier en 1931.

Pratali partit pour le service militaire dans un régiment motorisé de cavalerie à Lyon. Affecté à l'atelier, il y apprit le métier de mécanicien. Revenu à La Seyne, toujours ouvrier, il entra dans un garage à Toulon avant d'en acheter un à La Seyne en septembre 1936. Il en fit construire un nouveau à la fin de 1942 qu'il exploita jusqu'en 1970. Adepte de la moto, il participa à la création d'un club de moto-ball en 1936 et joua dans le championnat régional jusqu'en 1938, souvent capitaine de l'équipe. Victime d'un accident, il dut alors interrompre ce sport qu'il reprit après la guerre. Il occupa jusqu'en 1953 le poste d'arrière dans l'équipe du Moto-club seynois qui évoluait en division nationale.

Politiquement, Pratali participait à toutes les manifestations ouvrières de la région en 1935-1936, souvent dans le service d'ordre, souvent obligé d'en venir aux mains ; il votait régulièrement pour les candidats communistes.

Au début de la guerre, Pratali, mobilisé, participa, en mai-juin 1940 avec son régiment de chars, à la campagne de Belgique (bataille de Bastogne). Fait prisonnier en Normandie, le 10 juin 1940, il s'évada le 22 août et regagna La Seyne. Il reprit l'exploitation de son garage et se maria uniquement civilement, en novembre 1942, avec une jeune Polonaise, réfugiée.

Pratali, dès décembre 1940, lors d'une permission, avait été contacté par des militants communistes. Il le fut à nouveau en janvier 1942 et devint dépositaire de tracts fabriqués par un groupe de la ville, dont Louis Meunier, qui jouait avec lui au moto-ball, et Marius Autran. Ces militants furent arrêtés en janvier-mars 1942 alors que le domicile de Pratali fut perquisitionné. Il ne comparut pas, à la différence de ses camarades, devant le Tribunal maritime de Toulon, en mai 1942. A partir de la fin de 1942, à nouveau en contact avec des communistes, il participa aux activités de résistance des communistes (réception et diffusion de matériel, fabrication de bombes destinées à être posées sur les voies ferrées en relation avec Diana).

En mars 1944, en raison des bombardements, Pratali se replia dans le Haut-Var, à Ginasservis où il fut en contact avec le maquis, participa à des parachutages, ravitailla les combattants. Membre des Francs tireurs et partisans français et des milices patriotiques paysannes, il fit partie du Comité local de Libération de la commune (fin août-début septembre). Les renseignements généraux signalaient qu'il avait rempli les fonctions de chef de la police FFI.

En septembre 1944, Pratali revint à La Seyne et reprit l'exploitation de son garage. Il fit aussitôt partie du comité local de libération au titre du Parti communiste français. Désigné dans la délégation municipale, il favorisa la désignation du docteur Sauvet à la présidence au nom du Front national contre celle de Pierre Fraysse au titre du Mouvement de Libération nationale. Aussi devint-il deuxième adjoint, le 29 septembre 1944, délégué au ravitaillement et aux transports, chargé aussi de la gestion de l'hôpital. Il présidait aussi le comité local d'épuration et administrait la bibliothèque municipale populaire.

Candidat aux élections municipales, sur la "liste d'union républicaine antifasciste" conduite par Sauvet, le 29 avril 1945, Pratali fut élu conseiller municipal avec 4917 voix sur 8104 votants. Il présidait la commission des fêtes, loisirs et sports, participait à celle du ravitaillement et de l'agriculture, responsable de l'hôpital et du personnel communal. Il fut désigné pour le collège départemental devant élire, le 24 novembre 1946, les représentants au Conseil de la République sur la "liste d'union républicaine et résistante présentée par le PCF". Il retrouva son mandat municipal, le 19 octobre 1947, puis à nouveau le 18 juin 1950, sur les listes "d'union républicaine et résistante de défense des intérêts locaux" présentées par le PCF, conservant ses délégations aux sports, ses responsabilités à l'hôpital et au personnel communal. En 1950, il devint premier adjoint. Après les élections municipales de 1953, il céda ce poste de premier adjoint à Philippe Giovannini. Demeurant adjoint, avec ses délégations précédentes, au renouvellement de 1959, il conserva comme adjoint la délégation à l'hôpital mais perdit celle au personnel communal. Il ne se représenta pas aux élections municipales de 1965.

Dans le Parti communiste, Pratali fut membre du comité et du bureau de la section de La Seyne jusqu'en 1964. Actif et avide de lectures (sa bibliothèque en témoigne), il s'intéressait vivement aux pays socialistes en raison de ses liens de famille avec la Pologne où il se rendit en voiture en 1956 avec son épouse. Dès lors, il n'hésita pas à critiquer la vision que donnait le PCF des pays socialistes. Il apparaissait comme ne partageant pas tout à fait la ligne du Parti d'autant que des difficultés d'une autre nature traversaient l'organisation locale et départementale. Aussi décida-t-il en 1964 de ne plus être candidat au bureau de la section communiste. Progressivement il s'éloigna du Parti pour des raisons générales (contestant notamment l'analyse faite des démocraties populaires) et pour des raisons locales. Il quitta le PCF en 1977 et ne vota plus communiste, se prononçant régulièrement pour les candidats socialistes. Il quitta l'association France-URSS après l'invasion par les troupes soviétiques de l'Afghanistan.

Pratali occupa les fonctions de vice-président du syndicat local des commerçants et artisans de 1965 à 1968. Il était toujours en 1999 le vice-président de la section locale de l'Association nationale des anciens combattants de la résistance (ANACR).

Au début des années 2000, Pratali déposa ses riches archives aux archives municipales de La Seyne.


SOURCES : Arch. Dép. Var, 18 M 92, 97. —  Arch. Com. La Seyne. — Presse locale. — Sources orales. — Renseignements fournis par l'intéressé.