La Seyne-sur-Mer (Var)   La Seyne-sur-Mer (Var)
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Marius AUTRAN
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Écrits divers de Marius Autran :
dans des revues locales

 

Dans la revue Étraves

En hommage à Monsieur Malsert
Une innovation seynoise : le musée de la mer

 

Dans la revue Posidonie (Suite d'articles : « Si la baie du Lazaret m'était contée...»)

La petite mer ! Une longue histoire
L'Ooubijaire (Aubijaire) [et autres mots provençaux faisant référence à ce type de pêche]
Les parcs à moules
Les rivages de Tamaris avant et au temps de Michel Pacha
Balaguier
L'Institut Michel Pacha
Le Crotton
Réflexions sur la désignation des lieux
Les appellations données aux bateaux de la baie du Lazaret
Les pêcheurs du rivage
 

Dans la revue Le Filet du Pêcheur (Résumés de conférences données à l'Association Les Amis de La Seyne Ancienne et Moderne)

Cent ans de lutte contre la pollution à La Seyne (Conférence du 17 Octobre 1983)
La vie au quartier des Moulières au temps jadis (Conférence du 14 Octobre 1985)
Images de la vie seynoise d'antan (Récits-portraits-souvenirs) (Conférence du 16 Novembre 1987)
La vie seynoise d'antan (Conférence du 15 Octobre 1990)
 

Dans le Bulletin de Promemo (Provence, Mémoire et Monde ouvrier) (Décembre 2007 - Janvier 2008) - Numéro 7

Le site consacré à Marius Autran

 

EN HOMMAGE à Emile MALSERT

 

Sur l'emplacement de l'ancienne école maternelle Jean Jaurès, rue La Fontaine, la Municipalité a créé un espace vert,vivement apprécié des gens des quartiers environnants.

Un square avec pelouses de gazon, platanes robustes donnant d'épais ombrages à la belle saison, accueille les promeneurs qui viennent y prendre quelques instants de repos.

Une stèle érigée à l'entrée porte ces mots :

EMILE MALSERT - Principal du Collège Martini (1932-1952)

Face au square,un groupe scolaire important. Au-dessus de l'entrée principale la même inscription figure en grosses lettres.

Le square a été inauguré le 1O Novembre 1973 en présence de la famille d'Emile Malsert et d'une assistance nombreuse.

La Municipalité avait tenu à rendre un hommage mérité à cet homme de bien qui dirigea pendant 20 ans l'Etablissement scolaire le plus important de la ville: "Le Collège Martini.

Dans son discours inaugural Monsieur GIOVANNINI,Député-maire,développa longuement les raisons qui ont amené la Municipalité à donner le nom d'Emile Malsert à la fois au square et au groupe scolaire qui lui fait face.

Mais il nous a paru souhaitable que ces raisons fussent redites par la Revue "ETRAVES" dont la diffusion dans les milieux les plus divers permettra d'affermir la pérennité du souvenir.

Un souvenir toujours ému,malgré le cours du temps. Originaire de Saint-Vallier en Ardèche, issu d'une famille modeste, Emile Malsert était l'aîné des 6 enfants de la famille dont le père,chef cantonnier gagnait difficilement le pain quotidien.

De très bonne heure il se révéla excellent élève, par sa vive intelligence et son désir de bien faire.

Les parents soucieux de donner à leurs enfants une instruction solide les encouragèrent de leur mieux à poursuivre leurs études. Emile, conscient de ses responsabilités de fils aîné travailla beaucoup pour lui-même sans négliger l'aide efficace qu'il apporta à ses frères.

Reçu au concours d'Entrée à l'Ecole normale d'instituteurs de son département, il devint un maître d'élite aux qualités pédagogiques remarquables.

Il exerça brillamment sa profession et en même temps se révéla comme un ardent défenseur de l'École laïque.

En ce temps-là les luttes anticléricales étaient sévères. Les idées libérales faisaient difficilement leur chemin. Toute une génération d'instituteurs laïques animés d'une foi inébranlable, se consacra au triomphe des idées nouvelles.

Emile Malsert fût mêlé à ces luttes et toute sa vie durant, avec la même constance, il œuvra pour le succès de l'idéal démocratique.

Sans doute songeait-il à améliorer sa situation d'instituteur quand la guerre vint interrompre brutalement une carrière si bien commencée. La guerre de 1914-1918,il la connut dans toute son horreur. Elle lui prit 5 ans de sa jeunesse - il en souffrit beaucoup d'autant que l'un de ses frères périt sur le champ de bataille.

Revenu dans son foyer Emile Malsert se remit courageusement à l'ouvrage. Il étudia seul, n'ayant pas les moyens de suivre des cours de faculté. Après 2 ans de préparation il passa brillamment son professorat. Il enseigna par la suite à Aubenas, puis devint directeur du Collège de Valréas, un internat qu'il fit prospérer à la satisfaction de tous les parents de la région.

Ce fut en 1932 qu'il vint à La Seyne prendre la direction de l'Ecole Primaire supérieure qui devait devenir le Collège MARTINI.

Il y avait fort à faire quand il prit cette responsabilité. Grâce à sa compétence, à son autorité bienveillante, à ses qualités de travailleur infatigable, à sa conscience professionnelle, il fit rapidement de l'Ecole Martini l'un des établissements les plus réputés de l'Académie du Var.

Toute une génération de Seynois a reçu l'empreinte bénéfique d'un enseignement de valeur qu'Emile Malsert a su impulser dans l'établissement dont il avait la charge.

Interrogez ses collaborateurs, les anciens élèves, les parents de ces élèves, tous vous diront la reconnaissance infinie qu'ils doivent à cet homme modeste et l'admiration qu'ils éprouvaient pour sa manière de diriger, car il savait allier la fermeté nécessaire à la compréhension des difficultés de chacun.

Il avait le souci constant de ne pas voir un seul élève quitter l'Ecole sans la perspective assurée d'une situation valable. On ne dira jamais assez que dans cette école vétuste, mal chauffée, mal équipée, des milliers de Seynois ont appris, étudié et sont devenus des hommes, et des citoyens.

La vieille école Martini a formé sur ses vieux bancs des centaines d'instituteurs, de professeurs, d'ingénieurs, de techniciens,de dessinateurs, d'ouvriers hautement qualifiés. Ceux ou celles qui ont travaillé sous les ordres de Monsieur Malsert vous diront qu'il ne se contentait pas de faire un travail administratif.

Il allait dans les classes, interrogeait les élèves, encourageait les uns, secouait l'apathie des autres. Il suivait de très près le travail de chaque classe et même de chaque élève car il les connaissait tous. Il aidait de ses conseils précieux les professeurs débutants.

Il n'admettait pas que les élèves puissent perdre une heure de classe. Que de fois il lui arriva de remplacer un professeur absent, qu'il fût le spécialiste des mathématiques, des lettres, de l'histoire ou de la géographie.

Travailleur infatigable, arrivé chaque jour avant les autres dans l'établissement, parti le dernier, il ne laissait rien au hasard. Son exemple forçait l'admiration.

Aussi les absences des élèves et des professeurs étaient rares. Les retardataires devenaient l'exception quelques jours après la rentrée scolaire.

Ses rapports avec les parents d'élèves qui venaient prendre conseil auprès de lui, ses avis autorisés, furent toujours excellents.

Ses rapports avec ses collaborateurs ne le furent pas moins car il faisait tout pour faciliter le travail des uns et des autres. De la lecture des documents administratifs, il extrayait tout ce qui concernait la situation de ses subordonnés qu'il encourageait de ses conseils paternels.

Il lui arriva souvent de les défendre auprès des autorités académiques quand une injustice les menaçait.

Les relations avec la Municipalité furent toujours des meilleures. Il fut un collaborateur précieux, très compréhensif des problèmes administratifs et des difficultés que les Municipalités rencontrent dans leurs tâches.

Soucieux de la bonne utilisation des biens collectifs, il allait jusqu'à distribuer lui-même les fournitures scolaires et veillait à l'entretien des biens matériels.

Il eut d'autant plus de mérite qu'il lui fallut attendre des années avant que l'Éducation Nationale désigne un secrétaire administratif pour le seconder dans sa lourde tâche.

On a peine à imaginer aujourd'hui comment il put travailler dans des conditions aussi misérables.

Ce fonctionnaire si méritant fut bien vite oublié de l'Administration qu'il servit. Faut-il s'étonner d'une telle ingratitude ?

Mais il n'a pas été oublié par tous ceux qui l'ont connu. Il fut vénéré par les siens, par ses proches collaborateurs, par ses élèves et leurs parents, autant dire par toute une population. C'est l'essentiel.

Après 40 ans de labeur au service de l'Ecole Publique et de l'idéal laïque, Emile MALSERT prit une retraite largement méritée. Avec sa courageuse compagne, il se retira dans sa petite propriété en bordure de la route de SANARY, non loin de la mer.

Il y recevait beaucoup d'amis, égrenait gaiement ses riches souvenirs.

Hélas, quelques années plus tard, une fin brutale plongea tous les siens,tous ses amis dans la consternation. Il repose dans le petit cimetière de Six-Fours.

Il nous a quittés, mais son souvenir demeure vivace dans la population.

Souvenir d'un homme d'une rare probité, dont la vie fut faite de courage, d'abnégation,de droiture.

Ainsi les raisons abondent qui nous ont fait un devoir de perpétuer son souvenir.

Après tant de services éminents rendus autour de lui, il était naturel que la Ville de La Seyne lui rendit un hommage mérité.

Elle a voulu que son souvenir soit perpétué et que son nom soit gravé dans la pierre.

Le Conseil Municipal, interprète des sentiments affectueux de la population, a conscience d'avoir bien fait son devoir.

 

Marius AUTRAN
Adjoint au Maire

(Étraves, N° 29, Printemps 1974, pp. 25-28).


 
UNE INNOVATION SEYNOISE : LE MUSÉE DE LA MER

 

Soucieuse de réaliser toujours plus profondément dans le domaine des Arts et de la Culture, la Municipalité avait fixé dans son programme de 1971 les points suivants:

- Extension et décentralisation de la Bibliothèque
- Ouverture du Musée de Balaguier
- Création d'un foyer de la jeunesse (rue J. Laurent)
- Création d'une école de Chant choral.

Parvenue à mi-chemin de son mandat, la Municipalité aurait pu annoncer que son programme était réalisé en totalité.

Mais depuis est venue s'ajouter une autre réalisation d'importance imprévue au programme précité: Le Musée de la Mer.

 

HISTORIQUE

Au mois de Juillet 1972, la Municipalité eut l'occasion de rencontrer M.ALFIERI, propriétaire à Hyères de riches collections de la flore et de la faune sous-marines de la Méditerranée. Des milliers de pièces accumulées, conservées admirablement étaient entassées dans un local plutôt inconfortable.

M. ALFIERI exprima le désir aux Édiles Municipaux de faire bénéficier la Ville de La Seyne de ses riches collections qu'il avait cessé d'enrichir après 20 ans de plongée sous-marine.

Il fallut, certes deux longues années pour la Municipalité avant de trouver des locaux et une implantation permettant le transfert de ce musée de la Mer d'Hyères sur La Seyne.

Le déplacement de la Caisse d'Épargne fut l'occasion attendue. Sans doute, les lecteurs de «ETRAVES» et plus généralement tous ceux qui s'intéressent aux problèmes de la culture connaissent aujourd'hui l'emplacement du Musée de la Mer inauguré le 19 juillet dernier.

Un auditoire important a applaudi chaleureusement ce jour-là, cette innovation.

De quoi se compose le Musée?

Les modestes locaux de la Caisse d'Epargne ont été utilisés au maximum. Trois salles autour desquelles ont été aménagées des vitrines éclairées intérieurement où les animaux conservés reposent dans leur milieu respectif admirablement reconstitué.

Animaux et végétaux sont figés et cependant les couleurs sont si riches, les formes si pures qu'ils apparaissent comme vivants. Le visiteur a l'impression d'admirer un aquarium qui aurait cessé de respirer pendant quelques instants.

La formule de conservation adoptée a permis de disséquer certaines espèces, avantage que ne donne pas l'aquarium.

Tel ce requin ovovivipare coupé en deux et dont les organes laissent deviner le cheminement des oeufs jusqu'à la mutation des jeunes squales.

Certes, l'aquarium a ses attraits, mais la conservation de certaines espèces ne peut être que d'une durée limitée.

Et il faut bien alors en venir à la naturalisation, laquelle permet la conservation d'espèces rares, totalement disparues comme le Régalec, espèce de serpent de mer long de plusieurs mètres, portant une sorte de crête sur la tête, rappelant le Dragon de la Mythologie.

Les collections du Musée comportent près de 3000 pièces : poissons, crustacés, mollusques, échinodermes, madrépores, etc., toutes en provenance de la Méditerranée.

 

LES RAISONS DE CETTE CRÉATION

Elles sont multiples : la Municipalité a eu tout d'abord le souci d'enrichir notre patrimoine culturel comme s'emploie à le faire l'OMCA.

Elle a voulu aussi faire connaître, à chacun les richesses qui nous entourent, car il y a tant de gens dont le visage est terne, l'œil éteint, le cœur froid alors que les beautés de la nature nous entourent.

N'est-ce pas le cas pour tous ceux qui vivent au bord de cette Méditerranée aux côtes si riches de couleurs et de formes, dont les profondeurs renferment des choses splendides.

Il y a des yeux qui ne voient pas ces beautés de la nature !

La Municipalité a pensé qu'en faisant mieux connaître les richesses naturelles, la population et la jeunesse en particulier éprouveraient le désir de les mieux défendre. Elle a eu le désir de susciter la recherche de joies pures pour les jeunes en même temps que de les associer à la défense de l'Environnement.

Elle a pensé également en créant cette attraction nouvelle que les Enseignants de la localité se feraient un plaisir d'y accompagner leurs élèves pour mieux illustrer leurs cours de Sciences Naturelles.

Elle a vu également tout l'intérêt que pourraient retirer les touristes avides de la connaissance exacte du lieu de vacances qu'ils ont choisi.

Le Musée de Balaguier au caractère historique sera heureusement cornplété par le Musée de la Mer au caractère éminemment scientifique.

Voilà donc quelques raisons qui expliquent et justifient cette innovation qui ne manque pas d'intérêt et que la population a déjà appréciée à sa juste valeur. Plus de 1000 visites ont été enregistrées dans le mois qui a suivi l'inauguration.

Il nous reste à conseiller aux Seynois de faire mieux connaissance avec le Musée de la Mer et d'encourager leurs amis à le faire.

Ils y passeront sûrement un moment agréable et il est certain qu'ils éprouveront le désir de communiquer leur enthousiasme - C'est le vœu que nous formons !

 

Marius AUTRAN
Adjoint au Maire

(Étraves, N° 34, Été 1975, pp. 6-8).

 

 

LA BAIE DU LAZARET

Notre Petite Mer s'inscrit dans la Baie du Lazaret. Qui mieux que notre Président d'Honneur pouvait nous conter l'histoire de ce site privilégié et en dégager les orientations à respecter pour sauvegarder ce qu'il en reste.

 

 

Marius AUTRAN, Président d'Honneur de la Société Nautique de la Petite Mer (S.N.P.M.) de 1978 à 2007.

La petite mer ! Une longue histoire

Des rivages enchanteurs dont il est bien difficile de raconter l'histoire en quelques lignes. La douceur de leur climat, l'abondance de leurs ressources naturelles, des paysages merveilleux, la sécurité qu'ils offraient aux navigateurs, autant de raisons qui poussèrent les hommes de la Préhistoire à s'y fixer sur une cité lacustre.

Les peuples de l'Antiquité (Phéniciens, Grecs, et Romains) y cherchaient refuge les jours de tempête. Ils établirent des aires de réparation pour leurs trières et leurs felouques : sur les bords de l'île de Sépet (Cépet) alors que la presqu'île se formait lentement par l'isthme des Sablettes.

Au Moyen Âge, les évêques de Provence venaient prendre du repos dans le coin idéal du havre de l'Évescat (collège l'Herminier).

Mais aux périodes de quiétude succédèrent aussi des drames. Sur la rive opposée fut établi le « Lazaret » qui reçut pendant des siècles les passagers en quarantaine, venus d'Orient et menacés de la peste ou du choléra.

Les invasions sarrasines, les massacres, les pillages, fréquents pendant le Moyen Âge incitèrent la population autochtone venue de Six Fours à organiser sa défense.

Toulon avec sa Tour Royale fut mieux protégé quand le fort de Balaguier fut construit en 1634 et aménagé par Vauban.

Et depuis sa venue en ces lieux avec Louis XIV, les événements mémorables auxquels des personnages de haut rang furent mêlés mériteraient d'être contés... mais tout un volume serait nécessaire.

Il est vrai que des monarques comme l'Empereur d'Autriche Joseph II ou Napoléon III, que des militaires comme Bonaparte, Duquesne Duguay-Trouin, Suffren,... et d'autres y vinrent pour des raisons stratégiques. Ils eurent le souci d'assurer la défense nationale mais aussi celui des expéditions lointaines : guerres coloniales, guerre d'indépendance américaine, expédition d'Egypte, guerre de Crimée, etc... La petite mer a été le témoin de tous les préparatifs à ces événements historiques.

Mais il nous est plus agréable de rappeler que George SAND fit un séjour à Tamaris en 18601861, qu'elle y vécut pendant plusieurs mois, y écrivit un roman afin de perpétuer des souvenirs inoubliables.

Quelque 20 ans plus tard un mécène nommé Marius MICHEL (Michel PACHA), captivé au plus haut point par la beauté du site, les richesses de la faune et de la flore sous marine de la baie du Lazaret, fit du littoral occidental une station touristique de premier plan avec son château, ses parcs, ses casinos, ses villas, sa station biologique de style oriental, ses petits ports de Tamaris et du Manteau, sa ligne de steam-boats Toulon-Les Sablettes. Les années ont passé, le Lazaret a disparu, remplacé par des réservoirs à mazout. Un petit chantier de constructions navales est né. Des parcs à moules ont été implantés. Beaucoup ont disparu... c'est dommage!

Des améliorations ont été apporté au site... mais aussi des dégradations. Un port sauvage est né, une autre ligne de transport a été établie... Il y a beaucoup à faire.

Si la S. N. P. M. s'est constituée ce n'est pas seulement pour obtenir la création d'un port de plaisance véritable ; elle se doit, en accord avec les Pouvoirs Publics, avec la Municipalité soucieuse de l'Environnement, de veiller à l'enrichissement biologique, organiser les saines activités du nautisme, aménager les terrains conquis sur la mer pour des structures de loisirs variés.

Nous, plaisanciers qui considérons un peu la « petite mer » comme une « mare nostrum », n'avons pas le droit de laisser péricliter le riche patrimoine existant et de laisser se dégrader des sites dont G. SAND disait dans son livre « TAMARIS » : « C'est un pays idéalement beau... Beaucoup plus beau que ce qu'on trouve ailleurs ».

 

M. AUTRAN

(Posidonie, N° 1, Janvier 1984, p. 2).


SI LA BAIE DU LAZARET M'ÉTAIT CONTÉE...

 

et qui pourrait mieux le faire que notre Président d'Honneur dans cet article où vous reconnaîtrez sa plume de « Conteur Seynois ».

 

L'OOUBIJAIRE (AUBIJAIRE)

Il est bien difficile pour le vieux seynois que je suis devenu, de parler de la pêche sans faire référence à la langue provençale.

Pour la simple raison que son usage était plus répandu que le français, il y a quelques décennies à peine.

Et la langue d'Oc ayant toujours des adeptes fervents, les lecteurs de « POSIDONIE » ne seront pas surpris, je pense, de trouver dans cette relation, de nombreux termes, ou expressions qui en sont issus.

Et tout d'abord, que signifie « aubijaire » ? il s'agit d'un personnage qui exerce son activité à l'aube, d'un pêcheur qui pratique une variété de pêche appelée « aubijade », à faible profondeur, alors que la mer n'est pas encore agitée par les vents, et à la condition expresse d'une limpidité parfaite des eaux.

Situons ce pêcheur dans la baie du Lazaret, explorant de son regard vigilant les herbiers qui longent les rivages depuis Saint-Elme jusqu'à Balaguier.

C'est généralement à la belle saison qu'il s'avance à la rame ou en se poussant doucement avec sa « grapette ».

Il n'est pas exclu qu'il saisisse l'occasion de quelque belle journée même au cœur de l'hiver pour sortir avec sa « bette » ou son « pointu ». S'il croise un autre pêcheur, on les entend s'exclamer :

« Es bouanasse » ! (boanassa = bonace = calme plat)

Que cherchent-ils, ces professionnels ou ces plaisanciers ? Tous les animaux comestibles les intéressent, mais nous verrons que leurs motivations sont parfois bien différentes.

Ils connaissent bien les fonds, les « mates » (mato d'augo : touffe d'herbe), les « vaïres » (clairières de sable parmi les algues) où se dissimulent maintes espèces marines ; certes beaucoup moins qu'autrefois où la mer ne connaissait pas toutes les agressions que l'on sait.

L'aubijaïre tient à portée de sa main ses outils indispensables : la foëne ou fouine (fachouire) qui permet de clouer (clavar) des poissons, des seiches ou des poulpes, le « salabre » (épuisette), le « gantchou », simple crochet métallique fixé au bout d'une perche pour s'accrocher, pour tirer à soi une épave...

Et aussi l'oursinière, ancêtre de la grapette, confectionnée avec un roseau (canne) fendu en trois brins à l'extrémité, tenus écartés par une pierre ou une pomme de pin.

La grapette c'est aussi l'engin métallique à dents recourbées en forme de main, fixé à l'extrémité d'une perche en bois et qui permet un grand nombre de prises.

Afin d'éviter des va-et-vient de la grapette depuis le fond jusqu'au plat-bord, l'aubijaire dispose d'un panier ouvert en osier ou en métal suspendu à une faible distance du fond et là il y accumule tout ce qu'il trouve d'intéressant.

Quand le panier est plein, il le renverse sur la « plage-avant » pour trier, rincer et grouper les espèces semblables.

Autrefois, les professionnels réussissaient à « tirer leur journée » tant la faune sous-marine était riche en échinodermes, mollusques, poissons, crustacés.

Aujourd'hui c'est beaucoup plus difficile; ils ont recours à plusieurs procédés : nasses, palangres, filets, mytiliculture.

Précisons aussi que notre « aubijaire » a des motivations diverses. Il recherche d'abord les « hors-d'œuvre », comme il dit, sous forme de praires, de clovisses, de violets, d'oursins.

Ah ! Ces oursins aux veines d'œufs rouges et jaunes ! Quel régal au déjeuner ! Et ces « violets » dont on admire toujours avant de les goûter les belles couleurs jaunes et orangées. Des bigorneaux (murex), on s'en régalera à l'aïoli. Les orties en friture, elles aussi sont recherchées avec intérêt.

Ne parlons pas des moules rouges, des huîtres courantes, des coquilles Saint-Jacques, devenues rarissimes.

La récolte des praires et clovisses exige une connaissance de leurs mœurs. Enfouies sous les mates et le sable, il faut les déceler par l'apparition de deux trous minuscules que les siphons, nécessaires à la circulation d'eau dans le corps des mollusques, laissent paraître à la surface du fond. Ou alors, l'animal effrayé par le passage de la grapette va fermer brusquement ses valves et une bulle d'air va sortir et trahir sa présence. Petites émotions sans doute ! Mais qui procurent des joies certaines comme les éprouvent les chercheurs de champignons.

Comme le temps passe vite en furetant ainsi dans les herbiers, dans les clairières ! Parfois une silhouette ovale se devine ; deux yeux au regard fixe et vigilant attendent une proie: un petit « gobi » imprudent sans doute. Une seiche est là, recouverte de sable fin. Elle chasse à l'affût. Son dos a pris la couleur du milieu ambiant, mais malgré ses aptitudes remarquables à un mimétisme raffiné, elle n'échappera pas à la cruauté de la foëne qui va la transpercer inexorablement. Elle attendait sa proie qui serait capturée par la détente foudroyante de ses tentacules. Hélas ! C'est elle qui va périr la première. Les écologistes appellent cela la sélection « naturelle » !

Mais voilà que le vent se met à souffler. Le « ventadin » peut-être; il vient de la terre, ou le « levagnou » (qui vient de l'est).

Il fait des « raïsses » (raïssa = risée), Il lève aussi l'« andaillon » (clapot). Notre pêcheur ne voit plus le fond ; alors il use de moyens efficaces : la projection d'huile à la surface de l'eau, répandue en gouttelettes par un pinceau; elles s'irradient ces gouttes et forment une plaque aux contours frisés et la transparence de l'eau redevient parfaite. Ou alors, il se servira d'un « bouillou » (bouiou = seau) dont le fond vitré remplace une lunette sous-marine.

Et les captures vont se poursuivre sous d'autres formes peut-être : appâts pour les poissons avec les « piades » (bernard-l'ermite), les holothuries (vié maré, saucisson de mer noir), jambonneaux (gros mollusque bivalve - Pinna nobilis) appelés vulgairement nacres, utilisés pour la confection d'objets d'art.

Et si nous parlions de la recherche des biologistes qui s'intéressent aux végétaux et aux animalcules du plancton aux variétés infinie, il nous faudrait alors tout un volume.

Plaisanciers, si nombreux au mouillage, apprenez à devenir « aubijaire ». Malgré la dureté des temps, même si vous n'avez qu'un frêle esquif démodé, vous pourrez éprouver des joies pures dans la quiétude, en observant les splendeurs de la vie sous-marine et vous pourrez chanter avec le Docteur Faust: « Que de richesses en cette pauvreté ! ».

 

M. AUTRAN

(Posidonie, N° 3, Juin 1985, pp. 3-4).


 

SI LA BAIE DU LAZARET M'ÉTAIT CONTÉE...

Les parcs à moules

 

NOTRE PRÉSIDENT D'HONNEUR, M. AUTRAN, a bien voulu, une fois encore, mettre sa connaissance de notre histoire locale et son talent de narrateur au service de la S.N.P.M. pour nous permettre de mieux connaître notre baie du LAZARET, et plus particulièrement aujourd'hui l'origine et l'évolution de ces parcs à moules qui en sont l'élément le plus pittoresque et le plus caractéristique.

 

LES PARCS A MOULES ! UNE HISTOIRE QUI DURE DEPUIS 125 ANS

Pendant la belle saison, les pilotes des vedettes du SITCAT qui relient Toulon aux Sablettes en passant par Tamaris, s'efforcent de répondre aux questions des touristes intrigués par les baraques vieillissantes des parcs à moules rappelant les cités lacustres de la Préhistoire.

Leurs explications ne sont que fragmentaires et approximatives.

Nos concitoyens eux-mêmes en savent-ils l'origine ? Et les professionnels de la mer sont-ils parfaitement éclairés sur la question ?

Il nous a paru intéressant et utile à la fois de retracer succinctement la naissance de cette activité maritime en rendant hommage à ceux qui créèrent une véritable industrie locale. Mais aussi avec le souci d'informer objectivement nos lecteurs sur les vicissitudes qui s'en suivirent - les luttes sévères menées pour la défense d'une activité bien locale, prospère à l'origine et qui faillit disparaître sous le feu des intrigues et des intérêts sordides.

Pour ce faire, nous avons consulté de riches documents d'archives en possession de M. Roger de Jouette qui a présidé pendant de longues années à la défense de sa corporation, une corporation désignée sous des vocables différents qu'il n'est pas inutile de préciser même pour les gens du « cru ».

La correspondance officielle emploie les termes de « conchyliculture » (élevage des coquillages), de mytiliculture (élevage des moules), d'ostréiculture (élevage des huîtres).

Les gens du pays parlent rarement des mytiliculteurs ou des ostréiculteurs : ils disent les « parqueurs ».

M. Roger de Jouette que nous remercions vivement de sa bienveillance, possède des dossiers très riches qui permettraient d'écrire une longue histoire des parcs à moules et à huîtres de la région toulonnaise. Mais dans notre petite revue nous ne pourrons en donner que les traits essentiels.

 

UN PEU D'HISTOIRE

Les premiers essais d'élevage des moules eurent lieu dans la rade de Toulon en 1860.

Quand G. Sand vint se reposer à Tamaris en 1861, elle précise dans sa correspondance avoir consommé d'excellents coquillages sans toutefois parler de parcs à moules.

S'ils avaient existé, nul doute qu'elle aurait régalé ses lecteurs par une de ces descriptions pittoresques dont elle avait le secret. En 1877, la Société Malespine obtient une concession dans l'anse de Brégaillon. Mais le démarrage décisif ne se fera qu'en 1890 où l'on verra M. de Jouette René, grand-père de Roger, occuper une superficie de 10.000 m2 (1 ha) à Brégaillon et 16.800 m2 à Balaguier sur les 42.612 m2 dont disposait la société commerciale.

Parmi les premiers parqueurs, on trouve les noms de Limon, Gabriel, Bianchi, Pardigon, Peyre, Dubois... En 1892, M. René de Jouette qui avait expérimenté des bancs reproducteurs de coquillages à BONIFAClO établit un parc flottant dans les eaux de La Rouve, un radeau de 30 m de long et 15 m de large fait de 128 compartiments : 64 pour les moules, 64 pour les huîtres. Le naissain des coquillages provenait de la Corse.

Les exploitations entreprises tant à Brégaillon qu'à Balaguier, connurent des débuts difficiles, les organismes d'Etat concernés ne manifestant pas un enthousiasme débordant. Dans le même temps, le Professeur Raphaël DUBOIS se démenait pour l'ouverture de l'Institut de biologie Michel PACHA et stigmatisait l'inertie du Gouvernement.

Sous l'impulsion de M. COSTE, Directeur de l'ostréiculture en France, furent enfin désignés des spécialistes et des savants pour étudier la production de coquillages en Méditerranée.

Vers la fin du siècle dernier, un rapport de l'Inspection des pêches affirme que la rade de TOULON a une réputation européenne pour les coquillages.

Les succès vont couronner les efforts des uns et des autres.

Signalons au passage que M. René de Jouette ayant participé à l'exposition internationale de 1889, obtint une superbe médaille finement gravée. Il y ajouta par la suite des récompenses de grande valeur.

 

PREMIÈRES NUISANCES

La population de l'agglomération toulonnaise augmentait. Les déchets de toutes sortes, les vidanges transformaient la rade en véritable poubelle. Les villes de La Seyne et Toulon faisaient sécher leurs gadoues à proximité du bord de mer : Lagoubran pour Toulonnais, les abords de l'Hôpital pour les Seynois.

A l'époque des grandes pluies, les nuisances gagnaient Brégaillon et infestaient les parcs à moules. La marine de guerre au mouillage rejetait à la mer 6 tonnes de déchets par jour. Les municipalités de La Seyne et de Toulon entrèrent en conflit au sujet de l'Emissaire commun - un conflit qui durera un demi-siècle. Les Seynois accusaient les Toulonnais d'être à l'origine des nombreux cas de fièvres typhoïdes en raison des écoulements de la Rivière Neuve dans la rade.

Ils oubliaient de dire qu'avec leurs gadoues les paysans engraissaient leurs salades et leurs poireaux. On sait bien que le bacille d'Eberth s'ingère facilement par les légumes mal lavés. On pouvait déjà constater à l'époque que la pollution touchait moins les parcs établis dans la baie du Lazaret.

Malgré les appels de vigilance lancés par les hygiénistes, la consommation des moules demeurait forte. Les parqueurs obtenaient dans un temps record des moules de telles dimensions qu'on pouvait en compter trois ou quatre au kilo.

Les solutions aux problèmes de pollution restèrent en suspens pendant toute la durée de la guerre 1914-18.

La paix revenue, le père de René de Jouette lance réellement la culture des moules alors que jusqu'ici on s'intéressait surtout aux huîtres.

A partir de 1920, des mesures dites de salut public sont prises par les autorités. Dans une certaine période la vente des moules sera interdite et une convention de 1921 prévoit pour 1940 la disparition des concessions existantes.

Mais les autorités n'avaient pas compté avec l'existence d'un syndicat vigilant dirigé par un entêté en la personne de M. LIMON qui éventa le trafic d'une... certaine maffia. Les moules n'avaient pas disparu des marchés de Toulon et de ses environs. Elles arrivaient de Bouzigues, d'Anvers et surtout d'Espagne sans aucun certificat de l'Office des pêches.

On fit des analyses de ces produits d'importation, la proportion de colibacilles était la même que celle relevée dans les moules du Lazaret.

Puis la guerre arriva de nouveau. Le sabordage de la flotte infesta la rade de mazout pour de longs mois. L'incidence sur la mytiliculture fut catastrophique.

A la fin de 1949, les anciennes concessions ne furent pas renouvelées. Il restait alors 11 parcs dans la baie de Tamaris. En 1951, la rade est de nouveau déclarée insalubre et l'activité des parcs interdite. Trois ans plus tard, l'Emissaire commun entra en service. Il semblait bien que les difficultés du passé résolues, l'exploitation des coquillages allait entrer dans une période florissante. L'Administration autorisa alors 60 parcs de 50 ares chacun pour 25 ans. On s'aperçut peu après qu'avec ce nombre excessif les moules manquaient de plancton pour leur nourriture.

 

OSTRACISME PERMANENT

Puis, les hygiénistes officiels reprirent leurs attaques contre les mytiliculteurs seynois. Les analyses leur furent encore défavorables malgré le fonctionnement de l'Emissaire. La flotte de guerre, ou plutôt ce qu'il en restait, fut incriminée. On n'accusait pas celle de Brest de pollution et cependant là-bas, les coquillages étaient consommés librement.

L'Administration voulut encore jeter l'interdit sur les parcs du Lazaret. Malgré les preuves évidentes de la salubrité de ses eaux, obligation fut faite aux éleveurs de passer leurs moules dans un bassin d'épuration. « La Marinière » fut construite et on sait ses conséquences néfastes sur le prix de revient des coquillages. Cet établissement est le seul de son genre en Méditerranée.

Et nos parqueurs ont beau expliquer que les moules de l'étang de Thau se polluent facilement après les pluies diluviennes, que les déchets des industries de Fos-sur-Mer, porteurs de pollutions chimiques sont un danger réel - L'usine d'épuration n'est pas indispensable en Languedoc - Elle est obligatoire à La Seyne et Saint-Mandrier. Pourquoi « deux poids et deux mesures » ?

 

ET MAINTENANT ?

Notre historique des parcs à moules nous a conduits obligatoirement à raviver des polémiques qui se poursuivent de façon permanente.

En dépit de toutes les malveillances tendant à faire disparaître la mytiliculture du plan d'eau idéal du Lazaret, nous déclarons au nom de la S.N.P.M. que les parcs à moules et à huîtres doivent vivre, survivre et se développer parce que cette industrie, artisanale certes, est génératrice d'emplois et peut offrir à la région provençale des ressources appréciables.

Nous savons bien que la cohabitation des pêcheurs, des plaisanciers de la voile, des parqueurs, de la Marine Nationale pose souvent des problèmes complexes.

Conformément à ses statuts, la S.N.P.M. a toujours défendu la corporation des mytiliculteurs comme elle est solidaire de tous les gens de mer.

Les parcs à moules de la baie du Lazaret peuvent et doivent se développer. A partir du mois de février 1985, les concessions ont été reconduites mais il faut en finir une bonne fois pour toutes avec les manigances et les injustices du passé.

 

M. AUTRAN

(Posidonie, N° 4, Janvier 1986, pp. 4-5).


 

SI LA BAIE DU LAZARET M'ÉTAIT CONTÉE...

Les rivages de Tamaris avant et au temps de Michel Pacha

 

Chaque « POSIDONIE » nous apprend à mieux connaître notre « Petit Monde » de la Petite Mer, grâce à notre Président d'Honneur, M. Autran à qui on peut faire confiance pour le Fond et la Forme.

Dans ce numéro, il nous fait revivre ce qu'était la Corniche de Tamaris au temps de son créateur, Michel PACHA.

Espérons que son évocation du Passé ne nous rendra pas trop nostalgiques.

 

LES RIVAGES DE TAMARIS AVANT ET AU TEMPS DE MICHEL PACHA

Le premier numéro de « Posidonie » m'avait donné l'occasion de brosser à grands traits la longue histoire de la baie du LAZARET en remontant même à la plus haute Antiquité.

Captivés dès l'abord par la douceur du climat et l'abondance des ressources variées qu'ils y trouvèrent, nos ancêtres tentèrent de se fixer sur ses magnifiques rivages. Hélas ! Pendant tout le millénaire du Moyen Âge, devant les dangers persistants de la piraterie, ils durent renoncer à s'y installer durablement.

La vie humaine s'y manifesta par intermittence vers les 15e et 16e siècles. Il y a quelques années, on pouvait encore voir les vestiges d'un prieuré et d'une tour de guet tout à côté du collège « L'Herminier », constructions datant du XVe siècle à une époque où l'île de Sépet (Saint-Mandrier) n'était pas encore rattachée au continent.

La tour cylindrique tronquée au sommet, présentait une toiture à pente unique inclinée vers la mer. Elle se justifiait par la nécessité d'une surveillance des bateaux venant directement du Cap Sicié et longeant le littoral, marécageux à partir des Sablettes.

Il ne pouvait s'agir que de modestes unités de transport à caractère commercial.

Avec l'édification de la Chapelle Saint-Louis au quartier de l'Evescat, en 1656 et l'exploitation du domaine environnant, l'activité humaine commença de s'affirmer timidement sous diverses formes: cultures favorisées par un arrosage assez abondant grâce aux sources (celle du CROTTON en particulier), pêche sur un rivage très poissonneux, chasse dans les marécages où abondait le gibier d'eau.

Nonobstant tous ces avantages, quand la commune de La Seyne se constitua en 1657, les rivages de Tamaris demeuraient inconnus des citadins, les voies d'accès étant quasiment inexistantes.

Un chemin à peine carrossable quittait La Seyne par les Mouissèques et s'arrêtait au fort de Balaguier édifié depuis 1634. Un autre chemin charretier se dirigeait de La Seyne vers Les Sablettes en passant par le Pont de Fabre (Vieux Chemin des Sablettes, aujourd'hui toujours en usage). Il se prolongea vers Saint-Mandrier mais non sur Tamaris.

Tamaris était relié à La Seyne seulement par un sentier contournant la colline CAIRE (Fort Napoléon) pour aboutir à ce qu'on appelle aujourd'hui « Les Hauts de Sand ».

Sa descente sinueuse aboutissait aux bords marécageux s'étendant de Balaguier aux Sablettes et qu'il était à peine possible de longer par le « Sentier des douaniers », boueux, parfois infranchissable à marée haute.

Il en sera encore ainsi pendant deux siècles.

En 1861, quand G. SAND viendra à Tamaris en convalescence, elle notera dans sa correspondance l'existence de rares constructions sur les collines de Tamaris, bastides utilisées par les paysans, cabanes habitées par quelques pêcheurs.

Ce fut seulement à partir de 1880 avec la venue de Marius MICHEL (Michel PACHA) que l'aspect de ce coin merveilleux du littoral seynois devait changer radicalement.

Il faut savoir que ce personnage hors du commun acquit une fortune colossale en construisant des phares sur les côtes tourmentées de l'Empire OTTOMAN.

On disait de lui à l'époque, que, rentrant d'une tournée vers Constantinople il porta ses regards vers TAMARIS et LE MANTEAU depuis la Tour Royale. Une étonnante révélation lui fit découvrir une ressemblance singulière entre le BOSPHORE et l'entrée de la baie du Lazaret tant par le découpage de la côte et la nature de la végétation que par la pureté du ciel bleu.

A partir de là, la création d'une situation climatique dans son pays se polarisa dans ses pensées.

Plusieurs de ses admirateurs locaux comme L. BAUDOUIN, G. ORTOLAN, G. PERONET ont relaté comment le créateur de Tamaris avec ses projets grandioses fit naître une cité nouvelle avec ses villas, ses hôtels, ses casinos, son château, ses structures administratives et commerciales.

Il ne sera question dans cette relation que du bord de la mer. De toute évidence, avant de construire, il fallait en priorité créer les voies de communication pour le transport des matériaux. Le Chemin de Fer arrivait à La Seyne depuis 1859. Pour amener les touristes, les vacanciers depuis la gare, il fallait des routes confortables.

Michel PACHA proposa aux pouvoirs publics la création de la route des Sablettes suivant le tracé actuel, passant par MAR-VIVO non loin de la plage. L'ancien chemin très sinueux, même élargi, n'aurait pu permettre le croisement des omnibus à chevaux. Du côté de Balaguier, il fallut prolonger la voie existence et la relier aux Sablettes. Ce fut la naissance de la Corniche dont la réalisation exigea des travaux gigantesques effectués à la force des poignets. On était loin des bulldozers !

Il fallut combler cent hectares de marécages, stabiliser les terrains par les plantations de tamaris et soutenir le tout par des enrochements du côté de la mer, construire par la suite le long parapet qui existe toujours.

Des centaines de terrassiers, de maçons venus pour la plupart d'Italie réalisèrent ce magnifique ouvrage.

La population seynoise admirait le travail des ouvriers loqueteux, ce qui n'excluait pas les problèmes du racisme de se poser déjà avec acuité.

Le désenclavement par les voies de terre parut insuffisant à Michel PACHA. Il pensa aussi aux lignes maritimes. Avant sa venue sur les rivages de TAMARIS une liaison exista entre TOULON et BALAGUIER assurée par l'entreprise CABISSOL et CAFFARENA et une autre entre TOULON et SAINT-MANDRIER fondée par la Compagnie LAMBERT.

En 1887, Michel PACHA annonça des projets grandioses pour l'amélioration des liaisons maritimes entre TOULON, SAINT-MANDRIER, TAMARIS, LE MANTEAU, LES SABLETTES par la création de services nombreux et rapides.

Ses puissants moyens financiers lui permirent de livrer une concurrence impitoyable à la Compagnie LAMBERT qui ne tarda pas à déposer son bilan.

Un premier bateau appelé « Eclair » arriva de TURQUIE où Michel PACHA avait les coudées franches. Puis un deuxième qu'il baptisa le « Petit Manteau ».

Les succès encourageants le poussèrent à trois autres commandes auxquelles on donna des noms au caractère bien local : « Le Seynois », « Le Bois Sacré », « Le Saint-Mandrier ». Ces navires pouvaient transporter jusqu'à cent personnes.

Ces liaisons rapides allaient faciliter le peuplement des bords de la baie du LAZARET. De nombreux officiers de marine de haut rang, des amiraux vinrent se fixer dans de superbes villas.

Après la construction des appontements de Tamaris et du Manteau, on procéda au creusement d'un chenal parallèle à la route conduisant aux Sablettes où fut établi un petit port pour les plaisanciers et professionnels de la Mer. Les vestiges d'une étroite jetée rectangulaire sont encore visibles de nos jours.

Une fois encore, Michel PACHA puisa-t-il son inspiration à Constantinople ? On peut se poser la question après sa commande de petits bateaux à vapeur en bois, construits en Angleterre, identiques à ceux assurant la traversée du Bosphore. On les appelait des steam-boats. Ils rendirent de grands services à la population.

Ces bateaux dont l'unique cheminée centrale crachait des escarbilles redoutées des yeux et des costumes blancs de l'été, portaient des noms locaux comme « Le Manteau », « Les Sablettes », « Tamaris », ou alors des noms évocateurs de l'Orient comme « Bosphore » et « Stamboul ». On en compta jusqu'à six avec « L'Express ».

Les départs se succédaient toutes les demi-heures et il fallait seulement quinze minutes pour aller de TAMARIS à TOULON. Ce service assura le transport TOULON - SAINT-MANDRIER, TOULON - LES SABLETTES avec un tronc commun TOULON - MANTEAU - TAMARIS. Les ménagères des quartiers riverains de la baie du Lazaret trouvèrent bien commode d'aller faire des achats à TOULON après quinze minutes de trajet. Les ouvriers de Saint-Mandrier travaillant à La Seyne apprécièrent grandement le transport par mer jusqu'à Tamaris. Ils faisaient le reste à pied et ne s'en plaignaient pas. Plus tard, les étudiants, les touristes estimèrent bénéfiques les initiatives de Michel PACHA, si l'on se souvient que la liaison Les Sablettes - Toulon par les omnibus de l'Entreprise Pellegrin se faisait en une heure environ.

Afin que le caractère touristique de TAMARIS soit mieux connu des Français et aussi des étrangers, Michel PACHA en appela à la Municipalité Seynoise et sollicita son intervention auprès de la Société P.L.M. (Paris-Lyon-Méditerranée) pour que la station de « La Seyne » prenne désormais le nom de « La Seyne - Tamaris s/Mer ». L'appellation de la gare fut modifiée par la délibération du 7 juin 1888 mais l'approbation définitive n'intervint qu'au mois d'Octobre 1890.

Nous aurons sans doute à revenir sur l'oeuvre du novateur qui transfigura l'un des plus beaux quartiers de notre cité en utilisant les progrès de la science : l'hélice et la machine à vapeur.

A sa mort, en 1907, les tramways électriques arrivaient aux Sablettes.

L'ère des calèches et des fiacres prenait fin et l'industrie automobile en était à ses premiers balbutiements.

Les steam-boats qui firent le bonheur de nos anciens pendant un demi-siècle entraient peu à peu en concurrence avec les véhicules motorisés. Les premiers autobus apparurent aux Sablettes dans les années 1930...

A partir de là commence une autre histoire des rivages de TAMARIS.

 

Marius AUTRAN

(Posidonie, N° 5, Juin 1986, pp. 10-12).


 

SI LA BAIE DU LAZARET M'ÉTAIT CONTÉE...

Balaguier

 

Notre Président d'Honneur M. AUTRAN a bien voulu, cette fois encore, mettre son talent de conteur et sa connaissance profonde de notre histoire locale, au service de POSIDONIE, pour nous faire mieux apprécier et aimer notre baie du LAZARET.

Dans ce numéro, il nous retrace l'historique du Fort de Balaguier, qui malgré un riche passé, pourrait n'être aujourd'hui qu'un fort délabré parmi tant d'autres, si la passion et la ténacité de M. LEBON n'en avaient fait un MUSÉE NAVAL mondialement connu et apprécié.

Vous l'avez sûrement visité, mais ne manquez quand même pas d'y amener vos amis « estrangiers » quand ils viendront vous voir cet été. Et pendant que vous serez sur place, profitez-en pour adhérer à l'Association ZACA une AFFAIRE DE COEUR qui a pour but de redonner vie à la belle goélette d'ERROL FLYNN, amarré à côté du Musée.

 

De nombreux lecteurs de « POSIDONIE » m'ayant fait part de l'intérêt qu'ils prenaient à la lecture de cette rubrique, je vais donc essayer de l'enrichir avec des sujets aussi divers que possible.

Aujourd'hui, j'ai choisi de vous parler plus spécialement de BALAGUIER et de son fort. Ecrire en quelques pages leur histoire qui dure depuis des siècles, c'est une gageure ! Aussi ne sera-t-il évoqué ici que les grandes étapes. Mais... qu'est-ce que BALAGUIER ?

Ce fut d'abord le nom d'un coin de notre terroir seynois, une pointe orientale avancée vers la rade où les gens de mer venaient se ravitailler en eau pure (belle aïgue). A partir de 1634, on parla surtout du fort qui joua un rôle éminent dans la défense des populations autochtones de notre littoral contre les incursions sarrasines. On doit considérer BALAGUIER et ses ouvrages militaires environnants comme l'un des plus hauts lieux de notre histoire nationale. Des monarques, des stratèges du plus haut niveau y sont venus étudier et organiser les défenses de la place forte de TOULON. HENRI IV, LOUIS XIII, LOUIS XIV, VAUBAN, DUQUESNE, SUFFREN, TOURVILLE, BONAPARTE, NAPOLEON III, etc ....

Au mois d'août 1633, des émissaires de RICHELIEU, le Président du parlement de PROVENCE et le mathématicien Jacques de MURETZ - après avoir fait le tour de la rade, mesuré les dis tances séparant la presqu'île de BALAGUIER de la Tour Royale, édifiée elle, en 1524 - déterminèrent l'emplacement du Fort de BALAGUIER.

La puissance et la portée des pièces d'artillerie devaient permettre des feux croisés interdisant l'entrée de la rade à des escadres ennemies. VAUBAN fut chargé par la suite d'aménager et de renforcer l'ouvrage militaire. Le grand Arsenal qu'il avait conçu équipa une flotte redoutable.

A partir de là, BALAGUIER (1634) et son complément l'ÉGUILLETTE (1672) furent les témoins, hélas muets, d'événements de la plus haute importance pour notre pays.

Après le transfert des Galères de MARSEILLE à TOULON en 1682, ce sera le défilé des forçats utilisés comme rameurs et, parmi eux, les persécutés de la religion protestante ; puis la sortie des escadres commandées par DUQUESNE s'en allant patrouiller en MÉDITERRANÉE et pourchasser les pirates. Dans cette période, se situe la fameuse expédition punitive d'ALGER afin d'y délivrer des centaines de chrétiens emmenés en esclavage.

En 1707, BALAGUIER et l'ÉGUILLETTE participèrent à la défense héroïque de TOULON alors que 40.000 soldats allemands et autrichiens franchissaient les frontières du VAR. Nos populations furent sauvées de l'invasion grâce aux mesures prises par le Comte de GRIGNAN, gouverneur de Provence et à l'arrivée du Maréchal de TESSÉ, commandant l'armée du DAUPHINÉ.

Au moment des guerres de l'indépendance américaine, Balaguier saluera de ses salves d'artillerie le départ d'une escadre de 20 navires emmenant des milliers de combattants français pour soutenir les colonies anglaises en révolte. Nous sommes en 1778.

Peu à peu la Révolution française gronde. La royauté ébranlée est chassée mais ses partisans tentent la reconquête du Pouvoir. Les Royalistes trahissent la cause de la République et livrent TOULON aux Anglais. Les patriotes interviennent aussitôt. DUGOMMIER, BONAPARTE multiplient les batteries de Brégaillon à Fabrégas : «les hommes sans peur», les sans-culottes, les Jacobins, les chasse-coquins..., et le 17 décembre 1793, sous une pluie battante, les forts de BALAGUIER et CAIRE (Fort Napoléon) sont repris après plusieurs heures d'assaut. BONAPARTE blessé y refait ses forces pour se préparer à de nouvelles aventures et surtout à la lutte contre l'ANGLETERRE.

Il n'est pas possible de, quitter le XVIIIe siècle sans évoquer l'énorme concentration de vaisseaux au mois de mai 1798 et dont le but était l'occupation de I'EGYPTE afin de couper aux Anglais la route des Indes. Cette expédition, qui se termina par un échec, fut suivie quelques années plus tard du désastre de TRAFALGAR où 18 vaisseaux commandés par l'Amiral VILLENEUVE se firent tailler en pièces.

Et puis l'Empire Napoléonien s'effondra, la Royauté revint au pouvoir avec ses affairistes qui entreprirent l'expédition d'ALGER, début de la conquête de l'Afrique du Nord. Nos vieilles pierres verront passer devant elles 103 vaisseaux de guerre, 347 transports et autres unités. Au total, 676 navires commandés par l'Amiral DUPERRÉ.

Sous le Second Empire, BALAGUIER ne compte plus les vaisseaux des interventions françaises à l'étranger : PIEMONT, MEXIQUE, CHINE, NOUVELLE-CALEDONIE, AFRIQUE...

Des activités pacifiques se manifesteront enfin avec l'édification des digues protectrices de la petite rade en 1883, la création de TAMARIS avec la corniche, l'implantation des parcs à moules, la ligne maritime des steam-boats de Michel PACHA. Ce ne sont plus seulement des militaires avec leurs lourds chariots qui accèdent à BALAGUIER mais des touristes en calèche, des amateurs de bouillabaisse qu'on déguste au « PÈRE LOUIS ». Oui déjà !

Hélas la quiétude sera de courte durée. Arrive le temps des grandes conquêtes coloniales l'INDOCHINE, l'INDE, l'AFRIQUE Noire, la TUNISIE, MADAGASCAR... Et les seuls préparatifs de la guerre sont la cause de dizaines de catastrophes et de milliers de victimes (LAGOUBRAN, LIBERTÉ, IÉNA, SULLY, DESCARTES, GLOIRE, CHARLEMAGNE, etc...) avec l'usage de la sinistre « poudre B ».

Avec la guerre de 1914-1918, combien d'unités de la Flotte sont passées devant BALAGUIER et ne sont jamais revenues. Notre pays va-t-il connaître enfin la paix ? Pas du tout ! L'histoire guerrière dont pourrait témoigner la baie du LAZARET se poursuit avec les guerres du MAROC et de SYRIE. Et puis, et surtout, la Seconde guerre mondiale. BALAGUIER assiste impuissant à la plus grande catastrophe de la Marine française le «sabordage» suivi de l'invasion ennemie en novembre 1942. Quelle humiliation !

Comme en 1793, nos vieilles pierres vont frémir à la vue des uniformes étrangers. Pas pour longtemps ! Heureusement ! 26 août 1944 : l'Armée DE LATTRE (7ème compagnie de tirailleurs sénégalais) se présente sur la corniche à hauteur du PÈRE LOUIS. Elle essuie quelques coups de feu mais la réplique est foudroyante. Les premiers obus font une brèche énorme dans le mur d'enceinte du fort. Le felwebel occupant n'insiste pas. Il fait hisser le drapeau blanc. La reddition du Fort Napoléon suivra quelques heures plus tard.

Amis lecteurs, vous trouverez peut-être l'énumération de ces faits d'armes un peu longue. Si vous saviez comme je l'ai abrégée ! Si les pierres de BALAGUIER pouvaient sortir de leur mutisme, elles nous apprendraient encore beaucoup !

Déclassé depuis 1877, le fort a connu des activités moins belliqueuses entre les grands conflits. Il a servi de casernement à des prisonniers allemands. Puis le fort a été loué à un particulier qui a su agrémenter ses abords par des plantations d'arbres.

Ne disait-on pas que dans les années 1925, des officiers de marine venaient y passer du bon temps : les fumeries d'opium étaient à la mode. Les fumeurs accompagnés de jeunes femmes appétissantes, les plaisirs de la drogue n'étant pas incompatibles avec un certain érotisme.

Aujourd'hui il semble bien qu'une ère de paix se soit ouverte pour BALAGUIER devenu musée naval depuis 1970. Chacun sait l'intérêt certain que les visiteurs y trouvent à découvrir une architecture vieille de 350 ans qui n'a pas beaucoup varié depuis l'origine, à contempler les riches collections d'armes, de maquettes, de tableaux, d'animaux marins, à s'attarder dans le magnifique jardin et sa volière si riche en oiseaux multicolores.

Savez-vous que le nombre des visiteurs dépasse 50.000 actuellement ? L'histoire de BALAGUIER se poursuit donc sous d'autres aspects bien sympathiques avec les touristes, les historiens, les nouveaux époux qui viennent poser devant le photographe et prendre à témoin de leur amour les pierres vénérables du passé.

BALAGUIER, avec son jardin et sa pinède devenus refuges d'oiseaux, est aujourd'hui un véritable symbole de la Paix si chère à tous.

Et c'est très bien ainsi !

 

Marius AUTRAN

(Posidonie, N° 6, Juin 1987, pp. 5-6).


 

SI LA BAIE DU LAZARET M'ÉTAIT CONTÉE...

L'Institut Michel Pacha

 

Plusieurs numéros de « Posidonie » ont évoqué la longue histoire de la « Petite Mer », une histoire que nous avons explorée depuis les premiers siècles de notre ère, au moment où les îles de Sépet (Saint-Mandrier) n'étaient pas encore rattachées au continent, alors que la vie humaine s'éveillait à peine, avec l'existence du Lazaret isolé face à TELO MARTIUS (TOULON).

Puis le timide peuplement des rivages occidentaux s'esquissa, suivi de l'érection du Fort de Balaguier (1634) puis de 1a création du domaine de Saint-Louis (1694).

Le fleuve des mois, des années et même des siècles s'écoula sans grand changement notable dans le paysage, pas davantage dans les activités humaines.

Quand George SAND vint à TAMARIS en 1861, quelques rares cabanes de pêcheurs existaient entre TAMARIS et LES SABLETTES, l'espace étant occupé essentiellement par les marécages et cette situation dura encore plus d'un siècle.

Nous avons raconté longuement comment la venue de Marius MICHEL (Michel PACHA) avait transformé radicalement les rivages de TAMARIS par son génie créateur.

Après avoir établi sa demeure luxueuse, construit des dizaines de villas sur 70 hectares, équipé cet espace en structures économiques, culturelles, touristiques, assuré les liaisons terrestres et maritimes dont nous avons déjà parlé longuement, l'infatigable magicien que fut Michel PACHA, rencontra vers 1880 un célèbre professeur de la faculté des Sciences de LYON, venu à TAMARIS, captivé par le plan d'eau qui lui offrait un champs d'expériences des plus précieux pour ses recherches sur la biophotogenèse, science qui se consacre à la production de la lumière chez les espèces marines.

Ce professeur avait constaté que la plancton de la baie du Lazaret était d'une richesse incomparable, parce qu'il pouvait nourrir un nombre d'espèces considérables dans une masse d'eau rarement agitée : poissons, mollusques, crustacés, stellerides, échinodermes, holothuries, éponges... , tous ces êtres vivants se multipliaient dans une végétation d'algues fort diversifiées.

Le nom de ce professeur est devenu familier aux SEYNOIS, aux habitants de TAMARIS en particulier car une parallèle à la « Corniche » porte son nom depuis plusieurs années

Il s'agit de Raphaël DUBOIS, illustre savant, intéressé au plus haut point par la phosphorescence extraordinaire des eaux de la « Petite Mer ». C'est là, sur ces paisibles rivages, qu'il eut la chance de rencontrer Michel PACHA qu'il mit dans la confidence de ses projets scientifiques.

Incontinent, le mécène de TAMARIS proposa à la faculté de LYON de se doter d'un laboratoire qu'on pourrait construire à proximité de sa demeure et qui contribuerait avec efficacité à l'avancement de la science.

Le but de notre relation d'aujourd'hui c'est précisément l'historique de cet établissement de style oriental que les touristes observent toujours avec curiosité et dont la faculté de LYON pourra fêter bientôt le centenaire.

Raphaël DUBOIS fut ravi d'entendre la proposition du « PACHA ». Sans tarder, on entama les formalités qui, hélas, furent longues et complexes.

Nous étions en 1880, et ce ne fut qu'en 1898 que l'Institut de biologie devint « opérationnel ».

Et s'il faut remercier Michel PACHA pour son aide capitale à l'oeuvre scientifique, il nous faut souligner le grand mérite de Raphaël DUBOIS pour sa lutte perspicace auprès de tous les organismes concernés.

Il n'y eut aucune difficulté à trouver l'implantation de l'ouvrage, Michel PACHA offrant gracieusement un terrain de 2.715 m2, sur lequel il fit apporter 1.000 m3 de pierre. En échange de ces libéralités, il exigeait seulement que l'établissement porterait son nom après sa mort.

Comme chacun sait, sa volonté a été respectée puisque l'Institut de biologie marine est devenu l'Institut Michel PACHA.

Les formalités de donation et d'acceptation durèrent longtemps. Il fallut rechercher des concours financiers importants pour assurer la construction et les équipements de l'ouvrage.

A partir de 1886, Saturnin FABRE, maire de LA SEYNE, ingénieur de son état, homme très ouvert aux progrès de la Science et désireux d'améliorer l'image de marque de la commune qu'il administrait, suivit de près le projet. La municipalité vota une subvention qui permit la construction des premiers laboratoires mais, bien évidemment, elle ne pouvait financer la totalité des travaux.

S'agissant d'un projet qui intéressait toute la région et même la FRANCE, on fit appel à divers organismes. Les charges financières furent réparties entre le Conseil Général du VAR, la ville de LA SEYNE, l'Association française pour l'avancement des Sciences, la Société des amis de l'Université de LYON, le Ministère de l'Instruction publique et de nombreux donateurs désireux de voir se réaliser une structure scientifique de haut niveau.

La création n'arriva à son terme qu'en 1898 et l'inauguration officielle des premiers bâtiments eut lieu en 1899.

Les premiers animateurs des laboratoires, tels les professeurs DUBOIS, COUVREUR, CARDOT assurèrent un excellent départ à l'Etablissement, qui attira pendant plusieurs décennies des savants du monde entier.

En cette fin de siècle, sous l'impulsion de M. COSTE, directeur de l'ostréiculture en FRANCE, on désigna des spécialistes pour étudier la production des coquillages en Méditerrannée. Leurs travaux furent grandement facilités par la création du laboratoire de biologie de TAMARIS.

A cette même époque, M. René de JOUETTE établissait les premiers parcs à moules à BALAGUIER et à BREGAILLON.

Le professeur Raphaël DUBOIS ne cessait d'intéresser les pouvoirs publics à toutes les activités possibles dans la baie du Lazaret: pisciculture (poissons), ostréiculture (huîtres), mytiliculture (moules), homariculture.

Il conseillait le repeuplement des crustacés de toute la côte provençale (crevette, favouille, brigadiou, crabe dormeur, cigale de mer, langoustine, araignée de mer). Il proposa au cours d'une conférence qu'il fit en 1916 d'organiser un enseignement complet de biologie marine, de thalassoculture destiné aux jeunes recrues de la Marine du Port de TOULON.

Les travaux de Raphaël DUBOIS sur la production de lumière des animaux et des végétaux marins, et à l'action de la lumière sur les êtres vivants ont fait avancer considérablement la science pure ainsi que la science technique de l'aquaculture. Il serait certes intéressant d'en développer tous les aspects, mais nous voulons ici rester seulement dans l'historique de l'établissement que nous terminerons à grands traits.

Les activités de recherches de l'Institut ont été brillantes jusqu'en 1939. Les années de la guerre lui furent néfastes, l'établissement ayant subi de graves dommages matériels.

La tentative de restauration du professeur CORDIER entre 1945 et 1950 se heurta à de sérieuses difficultés.

Mais à partir de 1961, malgré la faiblesse des crédits, il fut décidé de relancer la recherche et d'ouvrir l'Institut à l'Enseignement. Deux nouveaux bâtiments furent construits de 1966 à 1968 et les disciplines d'enseignement multipliées.

A la recherche fondamentale sur la biologie et la physiologie s'ajouta la recherche finalisée dont les buts sont l'aquaculture et la protection de l'environnement.

Les jeunes scientifiques peuvent préparer des études du niveau maîtrise (3e cycle), des thèses de doctorat, de sciences, effectuer des stages de divers niveaux (I.U.T. - Ingénieur - I.N.S.A.).

Malgré les fluctuations de l'histoire, l'Institut Michel PACHA est devenu un établissement d'Enseignement Supérieur, qui a été dirigé brillamment pendant de longues années par le Professeur PERES, savant de réputation mondiale.

Aujourd'hui M. BRICHON, bien connu des adhérents de la S.N.P.M. a pris la relève, et s'emploie à amplifier la réputation et le rayonnement d'une institution connue des savants du monde entier, ce dont les SEYNOIS peuvent être fiers.

 

Marius AUTRAN

(Posidonie, N° 8, Juin 1989, pp. 5-6).


 

SI LA BAIE DU LAZARET M'ÉTAIT CONTÉE...

« Le Crotton »

 

Les Seynois savent généralement que ce vocable désigne un quartier de la ville situé sur la bordure occidentale de la baie du Lazaret, un quartier qui lui aussi a sa propre histoire, fort longue, contée dans le troisième tome des « Images de la vie Seynoise d'antan ».

Il s'étendait à l'origine entre les Sablettes et Balaguier sur plusieurs dizaines d'hectares de marécages.Les exégètes de l'histoire locale trouvèrent sa trace dans des actes notariés de 1520 où il était précisé que l'abbaye de St Victor-les-Marseille vendit à la communauté de Six-Fours une terre gaste (inculte, stérile) dénommée « Le Palun » (marais) située au terroir du dit Six-Fours une terre vulgairement appelée « Lou Crotton ».

Précisons qu'au début du XVIIe siècle, la commune de la Seyne n'existait pas encore. Quelques hameaux embryonnaires allaient se souder peu à peu pour devenir une ville mais avant l'acte officiel de 1657, ils demeuraient sous l'autorité draconienne des Seigneurs-Abbés Six-Fournais perchés sur l'acropole, devenu ouvrage militaire en 1875.

Notre communauté comprenait alors la totalité du territoire de Sicié et la presqu'île de Saint-Mandrier.

La carte de l'actuel guide touristique mentionne entre Les Sablettes et Tamaris le nom de « Crouton » pour désigner le quartier qui nous préoccupe. Cette orthographe est donc bien différente de celle du XVIe siècle.

Sur des cartes plus anciennes figure parfois le nom de « Croton ». Alors tout naturellement nous nous posons des questions. Quelle est la bonne orthographe ? Et que désigne concrètement le mot ?

Le « Croton » désigne un végétal d'origine égyptienne apparenté au ricin. Nous n'avons pas souvenance que les botanistes locaux ou régionaux aient attiré notre attention sur cette plante et particulièrement en ces lieux.

Certains de nos anciens affirmaient qu'au moment des marées basses, la surface des marécages se desséchait et formait alors une croûte d'où le nom de croûton, raisonnement pour le moins spécieux car l'eau des sources abondantes maintenait une humidité constante.

Autre interprétation qui est probablement la bonne, nous est donnée par Jean DENANS, notaire et viguier de La Seyne qui écrivit un manuscrit d'histoire locale en 1713. Il y mentionne existence dans le quartier qui nous intéresse de, pierres perforées par cette variété de mollusques appelée pholades ou dattes de mer. Les nombreuses cavités, ayant la forme de crottes, apparaissaient avec leur teinte brune. Ces roches à coquillages lithophages ont disparu depuis longtemps ensevelies sous les comblements, mais il y a peu de temps, on pouvait encore en déceler quelques échantillons au pied du Fort de Balaguier.

Ce quartier du Crotton étendu sur plusieurs dizaines d'hectares était occupé par les marécages depuis des temps immémoriaux et nos anciens luttèrent pendant plus d'un siècle avant d'en occuper quelques parcelles.

La partie septentrionale qui domine Tamaris, légèrement relevée, fut remarquée par Louis Daniel, conseiller et secrétaire du Roi, Gouverneur de la Seyne sous Louis XIV, qui y fonda, en 1656, une chapelle baptisée Chapelle rurale de St Louis.

Cette structure de la foi chrétienne existe encore mais de nombreuses transformations en ont modifié l'aspect par l'adjonction de constructions à caractère agricole.

Dans une certaine période, elle devint la résidence rurale des évêques de Toulon qui venaient y prendre du repos, ce qui explique que cette portion du quartier du Crotton s'appellera l'Evescat, traduction provençale de l'Evêché. L'acte de fondation du sanctuaire fut reçu par M Ganteaux, notaire royal et apostolique de la ville de Toulon. Il fut honoré par la visite d'importants personnages comme Monseigneur de Chalucet, le prélat bienfaiteur de Toulon, héroïque maire de la ville pendant la peste de 1721, le Consul d'Antrechaus, le Capitaine d'artillerie Muiron, compagnon d'armes de Bonaparte qui vint se recueillir dans la chapelle en 1793 au moment de la reprise de Toulon aux royalistes traîtres et aux Anglais.

De l'entrée de la Chapelle et en direction du sud, vers les Sablettes, fut tracé un long chemin rectiligne appelé chemin de la pièce de toile (qui aurait pu être ainsi nommée en raison de son tracé rectiligne et de sa couleur de poussière blanche qui évoquait une pièce d'étoffe qu'on aurait déroulée) qui est devenu l'avenue Louis Verlaque. Mais l'espace du Crotton compris entre cette voie très ancienne et la mer était toujours occupé par des marécages infranchissables et il en sera ainsi jusqu'à la fin du XIXe siècle . La première structure qui vint en complément de la Résidence de l'Evescat, fut la construction d'un lavoir que l'on peut situer à moins de cent mètres à l'est de l'actuelle maternelle Léo Lagrange.

Construit par le maître maçon Antoine DEPRAT, au début du XVIIIe siècle (plus précisément acte du 5 janvier 1702 reçu par M. DUVAL, notaire à la Seyne), son accès du côté de la mer était impossible aux lavandières, par l'existence des marécages.

Creusé à faible profondeur, cimenté et dallé sur tout le pourtour rectangulaire, ce lavoir recevait chaque jour quelques ménagères venues parfois de très loin pour le plaisir de laver dans une eau courante et pure qui donnait au linge une blancheur impeccable.

Comme les lavandières des Moulières, elles usaient avec fracas de la brosse à chiendent et du battoir. Leurs langues allaient bon train et il leur fallait parfois hausser le ton pour rembarrer les militaires de Balaguier ou les douaniers des Sablettes venus les lutiner à leur passage.

Le quartier du Crotton ne connut des activités humaines intenses qu'après l'arrivée à Tamaris de Michel PACHA, dont nous avons évoqué longuement les bienfaits dans les numéros précédents de « Posidonie ».

En attendant, avec les lavandières, seuls se manifestaient quelques militaires, les garde-côtes préposés à la surveillance du littoral et aussi les douaniers qui possédaient un abri aux Sablettes. Ces derniers longeaient la côte du Lazaret quand ils le pouvaient, car le chemin dit précisément « chemin des douaniers » n'était pas toujours praticable à marée haute.

Il y avait cependant une autre catégorie de citoyens qui ne se manifestaient guère que la nuit ou aux heures très matinales. Nous voulons parler des braconniers qui se faufilaient entre les roseaux et les siagnes attendaient patiemment la fin du craquètement des échassiers et du nasillement des palmipèdes pour poser des collets ou autres traquenards et caler des nasses à anguilles. S'ils étaient surpris par les gendarmes ou les douaniers chargés de déjouer leurs trafics clandestins, ils s'en tiraient généralement sans histoire en offrant de belles pièces au préposé en uniforme.

Le temps passa et les hommes vivement attirés par les ressources considérables de la baie du Lazaret songèrent sérieusement à vaincre les difficultés de son accès.

La première structure portuaire fut celle du Manteau, appelée ainsi en raison de sa position favorable à l'abri des petits bateaux, quelle que soit la direction des vents.

Ce port sera réaménagé plus tard sur les instructions de Michel PACHA.

Et puis peu à peu, entre Tamaris et les Sablettes, sortiront des marécages comblés, quelques cabanes de pêcheurs plutôt inconfortables, faites souvent de planches et couvertes de plusieurs épaisseurs de joncs et de roseaux entrelacés.

Au fil des années, elles seront remplacées par des constructions "en dur" que Georges SAND venue se reposer à Tamaris en 1861, trouvera d'un effet désastreux dans des paysages aussi prestigieux, surtout quand les faces exposées au vent de la pluie étaient peintes au goudron de navire.

Quand M. Noël VERLAQUE, Directeur des Forges et Chantiers de la Méditerranée, prit sa retraite en 1872, il vint se retirer au quartier du Crotton face à cette baie du Lazaret dont il avait rêvé lui aussi toute sa vie. Il y fit construire une superbe maison bourgeoise à faible distance de l'Ecole Léo LAGRANGE. Il y vécut des jours heureux et put s'adonner à son plaisir favori celui de la chasse au gibier d'eau qui abondait encore, les marécages persistant aux alentours de sa demeure : les bécassines, les macreuses, les canards furent souvent au menu des repas qu'il offrait à ses amis retraités.

Cette construction s'est dégradée au fil du temps. Elle n'était plus habitée au moment de la dernière guerre. Une école primaire y fonctionnera pendant quelques années et aussi une colonie de vacances. Arasée depuis une quinzaine d'année, les promoteurs d'un ensemble immobilier ont utilisé son emplacement et ses environs pour édifier des logements collectifs.

Si pendant des siècles le quartier du Crotton ne connut guère comme visiteurs que des douaniers, des militaires, des pêcheurs isolés, des braconniers, à partir de 1880, avec la venue de Michel PACHA, son aspect géographique allait se transformer profondément. Des marécages vaincus progressivement, sortirent de modestes habitations. L'urbanisation s'affirma d'abord à Tamaris et au Manteau, abrités du mistral, puis elle gagna vers les Sablettes avec plus de lenteur. Les apports de terre permirent à une végétation ornementale fort diversifiée de se développer avec bonheur.

Ce fut surtout dans le dernier quart de siècle que le quartier du Crotton connut des changements spectaculaires : prolifération des logements individuels et collectifs, structures sociales comme la Croix-Rouge, établissement scolaires (Ecole maternelle - Ecoles primaires - Collège l'Herminier qui accueillent 2000 enfants, structures sportives (Gymnase Sauvat) ; complexe sportif Jean GUIMIER; extension de la station de biologie Michel PACHA, etc...

De l'ancien quartier du Crotton, il ne reste plus que le nom. Disparues les siagnes, les joncs et les massettes, disparues les anguilles, les mâcreuses, les bécassines et les canards sauvages !

- Ah ! si les ravageurs aubijaires et les Raboliot qui vécurent en ces lieux, avaient assisté à une telle transfiguration, nul doute qu'ils en auraient éprouvé la plus grande amertume, même si on avait voulu les convaincre qu'on n'arrête pas le progrès.

 

Marius AUTRAN

(Posidonie, N° 9, Juin 1990, pp. 5-6).


 

SI LA BAIE DU LAZARET M'ÉTAIT CONTÉE...

Réflexions sur la désignation des lieux

 

"POSIDONIE". Dix ans déjà ! Le temps a fui sans retour ! Dix ans cela suffit pour qu'un enfant grandisse et mûrisse ! Mais dix ans n'ont pas suffi pour voir la solution des problèmes de la S.N.P.M. Alors "POSIDONIE" poursuit son œuvre. Alors l'histoire de la baie continue !

 

Quand j'écrivis le premier article intitulé "La Petite Mer, une longue histoire", j'étais loin d'imaginer que, dix ans plus tard, après avoir parlé de sa formation géologique, expliqué la naissance et le développement des activités humaines sur ses rivages, évoqué les richesses considérables du milieu marin, la création des lignes de transport, l'exploitation des parcs à moules, le sujet ne serait toujours pas épuisé.

Le lecteur aura sans doute remarqué que les thèmes développés l'ont été sans avoir respecté un ordre chronologique rigoureux. Il eut été normal de parler du "CROTTON" avant Michel PACHA parce que ce dernier vint au XIXe siècle alors que le milieu naturel appelé "CROTTON" existait depuis le Moyen Âge.

"L'histoire de Balaguier" dure depuis des siècles ; celle de Michel PACHA à La Seyne n'a duré guère plus de vingt ans, celle des parcs à moules établis à la fin du XIXe siècle (1877) dure encore.

L'imbrication de ces différents sujets explique la difficulté à vouloir respecter une chronologie, mais ce défaut n'est pas très grave, me semble-t-il.

Il n'en reste pas moins vrai que le sujet traité dans ce dixième numéro de "POSIDONIE" est sans doute de ceux qu'il eût fallu passer en priorité.

De quoi s'agit-il ? Des appellations données par les habitants et leurs édiles au milieu naturel d'abord, aux structures résultant des créations de l'homme ensuite.

Des lecteurs de la revue mont déclaré avoir appris que l'origine de l'Evescat était le mot évêque, que Balaguier venait de belle eau, que le "Crotton" venait de crotte, que le Manteau s'expliquait par le fait que les petits bateaux y trouvaient un excellent refuge quelles que fussent la direction et la violence des vents.

Je ne reviendrai pas sur ces appellations. Il n'est pas inintéressant de trouver et de comprendre l'origine linguistique ou historique des noms de lieux, études que ion appelle toponymie.

A ceux précités qui ont retenu l'attention du lecteur, s'en ajouteront ici quelques autres relevés sur les cartes touristiques.

Est-il bon de rappeler que le nom de Tamaris est issu de cet arbre dont G. Sand disait : "L'arbre n'est pas beau : battu par le vent et tordu par le flot il est bas, noueux, rampant, échevelé, mais son feuillage grêle, se couvre de petites fleurs d'un blanc rosé... une de ces grappes prise à part n'est rien ou presque rien... La haie entière sent bon".

Le nom des Sablettes est venu tout naturellement à l'esprit de nos anciens pour désigner la plage de sable, puis le quartier lui-même.

Le nom de Valmer que l'on trouve entre la station de biologie et le "Crotton" est justifié par un thalweg qui conduit les eaux de ruissellement vers la mer.

Saint-Elme dérive de l'expression feu Saint-Elme qui désigne une aigrette lumineuse jaillie de l'extrémité des mâtures de bateaux certains jours d'orage. Le petit hameau porte ce nom depuis que les autorités maritimes locales décidèrent la création d'un phare (foyer lumineux) sur la jetée du côté de la haute mer.

Plus loin sur les plaques de signalisation nous lisons Pin Rolland, Marégau. Un négociant tonnelier, Jean-Baptiste Rolland acheta un domaine imposant qui s'étendait des Sablettes au Marégau. Cela se passa en 1804. Devant sa maison se trouve encore un pin âgé de 170 ans, lequel a donné le nom à la propriété (domaine du Pin Rolland). Comme il existe sur la corniche des Mouissèques un quartier nommé Pin de Grune" précisément parce que M. Grune en était le propriétaire. Quant au nom de Marégau, il tire son nom du provençal marrit gau (marrit : mauvais, gau : passage). Pour mieux comprendre cette appellation, il faut se souvenir qu'avant la soudure définitive des îles de Sepet, le fond de la rade du Lazaret communiquait avec la haute mer par un passage étroit qui fut certainement navigable dans les temps reculés et qui devint impraticable avant de disparaître tout à fait. Pendant des siècles, nos anciens désignèrent les lieux par l'observation du milieu naturel. Nous pourrions faire référence en nous éloignant quelque peu des rivages du Lazaret au quartier des Moulières (terrain mou à résurgence d'eau), au quartier Mar-Vivo (mer vive de la haute mer), au quartier Coste Chaude en raison de sa belle exposition au soleil. Il n'y a guère que les vieux Seynois qui savent que la belle avenue Verlaque reliant les Sablettes à l'Evescat n'était autrefois qu'un chemin raboteux surnommé "chemin de la pièce de toile". Cette expression se rapporterait à la chasse. La pièce de toile était un long filet que l'on tendait pour attraper des oiseaux vivants et particulièrement des migrateurs comme les cailles à qui les déplacements nocturnes au ras du sol étaient généralement funestes. Au dire des braconniers de l'Evescat et du Crotton, les prises d'autrefois étaient très fructueuses dans ces quartiers inhabités.

Les rivages orientaux de la petite mer, propriété de la Marine, n'ont pas fait l'objet de désignations particulières. A l'exception de la pointe du Lazaret qu'on explique par l'établissement sanitaire disparu, on ne trouve pas d'appellations dignes d'intérêt, et si maintenant nous allons parler des noms propres, nos remarques ne pourront porter que sur la côte occidentale, l'urbanisation n'ayant pas été possible à l'opposé avec la proximité des réservoirs à mazout.

A partir de quels moments de notre histoire locale, des noms propres ont-ils été utilisés dans les environs de la Petite Mer ?

Hormis le domaine de Saint-Louis aménagé au XVIIe siècle, ce fut seulement vers la fin du XIXe qu'apparurent les premiers noms propres avec Michel Pacha et Noël Verlaque, ancien directeur des chantiers navals.

Ce dernier ayant fait construire à proximité du Crotton une maison luxueuse pour y couler les jours heureux de sa retraite, les Seynois eurent tôt fait de la baptiser "Château Verlaque". Supplantée par des immeubles collectifs, cette construction a disparu mais l'artère principale reliant l'Evescat aux Sablettes a gardé le nom de cette personnalité seynoise.

Pendant un demi-siècle, le quartier du Crotton demeura un immense marécage. Le quartier de Tamaris se peupla avec la venue de Michel Pacha, mais l'urbanisation effective ne débute qu'après la deuxième guerre mondiale. Alors il fallut multiplier les appellations de rues, de places, d'établissements publics.

La corniche de Tamaris porte aujourd'hui trois noms : Bonaparte, dans la partie comprise entre les Mouissèques et les ouvrages militaires, Balaguier et l'Éguillette ; Michel Pacha à hauteur de l'Institut de Biologie ; Georges Pompidou entre l'Institut et le rond-point Général de Gaulle aux Sablettes.

Des artères adjacentes portent les noms de Henri Guillaume, Auguste Plane, résistants morts en Déportation, natifs des quartiers Tamaris et Le Crotton, de Berlioz, musicien célèbre, de Raphaël Dubois, professeur, qui fut à l'origine de l'Institut de Biologie. Des jardins à proximité de la Corniche ont pris le nom de George Sand.

Le peuplement des bords occidentaux de la baie du Lazaret a été si rapide depuis ces vingt dernières années, qu'il fallut y construire d'importantes écoles : l'Ecole Primaire et l'Ecole Maternelle, toutes deux formant le groupe scolaire Léo Lagrange, nom d'un ancien député et ministre des Sports en 1936.

A l'extrémité de l'Avenue Verlaque est né, il y a quelques années à peine, le collège L'Herminier, nom du commandant du sous-marin "Casabianca", qui réussit avec cinq autres petites unités à rallier les forces françaises d'Afrique du Nord au moment du sabordage de la flotte en novembre 1942.

D'autres appellations sont nées dans les lotissements privés comme "Chemin de plein soleil, impasse des fleurs, impasse des lauriers, etc... " N'oublions pas de citer, avant de terminer cette étude sommaire, l'aménagement, il y a quelques années, d'un joli square au pied du fort de Balaguier que l'on baptisa du nom de Sébil!e, peintre célèbre de la Marine.

Remercions nos édiles, toutes tendances confondues, qui ont voulu perpétuer le souvenir de patriotes, d'artistes, de savants ou autres personnalités de bien, tout en respectant les vocables anciens témoins de la nature, de l'histoire, de la géographie et du temps qui passe inexorablement.

 

Marius AUTRAN

(Posidonie, N° 10, Octobre 1991, pp. 5-6).


 

SI LA BAIE DU LAZARET M'ÉTAIT CONTÉE...

Les appellations données aux bateaux de la baie du Lazaret

 

Dans le dernier numéro de Posidonie, paru en Octobre 1991 (n° 10) figurait un article intitulé "Réflexions sur la désignation des lieux" et j'avais alors expliqué l'origine des vocables à caractères à la fois historiques et géographiques en usage sur les rivages de la baie du "Lazaret". La relation qui suit procède un peu du même esprit mais porte cette fois sur les appellations données aux bateaux qui font souvent l'objet de commentaires au passage des promeneurs et des touristes, tant elles sont diversifiées et parfois curieuses.

 

De quels bateaux sera-t-il question ? D'abord de ceux que la baie du Lazaret vit défiler avant même d'accueillir des myriades de petites unités dans ses eaux calmes.

Notre étude, si l'on peut dire, portera sur les 450 bateaux de la S.N.P.M., et si elle avait englobé les milliers d'autres, qu'on trouve amarrés au Pin Rolland, à Tamaris, au Manteau, et autour de la rade de Toulon, on aurait pu étendre le champ des motivations et des critères qui sont à l'origine des noms de bateaux petits ou grands et trouver des appellations encore plus variées.

Profondément respectueux des choses du passé, en remuant la cendre de mes souvenirs d'enfance, je me revois à Balaguier avec mes parents au cours des promenades du dimanche. Je les harcelais de questions.

Pourquoi les bateaux portaient-ils des noms et des numéros ? Qui les avait ainsi nommés ?

Alors mon père m'expliquait que la bonne gestion des affaires maritimes exigeait cela.

Les propriétaires de petites embarcations pouvaient les baptiser eux-mêmes . Quand il s'agissait des grands vaisseaux de la Marine nationale ou des transports maritimes c'était tout différent. Les ministres, les grands présidents de sociétés étaient alors responsables.

Par exemple : Michel PACHA qui avait fondé une société de transports par mer reliant la Seyne à Toulon et St Mandrier en passant par Tamaris et le Manteau avait choisi lui-même le nom de ces petits bateaux appelés steam-boats.

Noms locaux comme "Saint-Mandrier, Tamaris", ou noms de pays lointains où notre mécène seynois fit sa fortune "Bosphore", "Stanboul".

Je revois ces petits navires dont la cheminée crachait une fumée noire dont il fallait redouter les escarbilles.

Ce qui attirait le plus mon attention, c'étaient les entrées et les sorties quotidiennes des grands cuirassés, des paquebots de "l'Orient Line".

Et quel spectacle émouvant que l'arrivée de l'escadre de Toulon rentrant de croisière, des masses d'acier hérissées de canons, des oriflammes ondulant depuis les mats tripodes, des files de marins alignés d'où l'on apercevait même de loin, les pompons rouges, disparus aujourd'hui ou presque. Mon cour battait très fort quand le navire amiral échangeait ses salves d'artillerie avec celles du fort de Balaguier.

Parvenu à l'âge où l'on a le goût des collections et des inventaires, je recopiais des listes nominatives de cuirassés, de croiseurs, de torpilleurs, de sous-marins, de paquebots. J'ai toujours en mémoire les noms des plus belles unités de la Marine de guerre et il y en avait des centaines.

Des mots qui exaltaient la Patrie avec "Provence", "Lorraine", "Bretagne", "Paris" ; qui vénéraient les grands amiraux "Duquesne", "Jean Bart", "Duguay-Trouin", "Jauréguiberry" ; ou alors des hommes politiques comme Jules Ferry, Clemenceau ; de grands écrivains Jules Michelet, Ernest Renan..., pour en citer seulement quelques-uns.

Je pourrais multiplier les exemples avec les bateaux construits aux chantiers de la Seyne : "Lyautey", "Aramis", "Koutoubia", "El Mansour", "El Djezaïr", "Kairouan"... Remarquons au passage qu'à travers ces dernières appellations, les autorités maritimes voulaient affirmer la puissance du colonialisme français.

Dans la même période, n'avait-on pas doté la Marine de guerre d'une flotille de torpilleurs appelés "Algérien", "Marocain", "Tonkinois", "Malgache", "Sénégalais", "Touareg"... ?

Tout cela direz-vous c'est du passé, un passé révolu mais à travers ces noms propres de bateaux disparus au fond des mers ou dans les chantiers de démolition on connaît mieux l'histoire de notre pays.

Comment ne pas évoquer sans quelque amertume les noms glorieux de navires superbes comme le "Colbert", la "Galissonière", "l'Algérie", le "Foch", le "Dupleix", le "Strasbourg", ... qui s'enfoncèrent éventrés dans la rade de Toulon et la baie du Lazaret. Ils furent 80 lors du sabordage de la flotte le 27 novembre 1942. Les années ont passé. Les problèmes maritimes ont évolué. Nous ne voyons plus partir vers Sicié, les navires aux essais :paquebots, méthaniers, minéraliers, transports en tous genres construits dans les chantiers de la Seyne.

Hélas les temps heureux de la grande construction navale ont disparu après avoir pendant un siècle et demi assuré la prospérité de notre ville. Cela est profondément regrettable et ce qui l'est aussi beaucoup c'est l'ignorance des Seynois d'adoption de ce que fut le labeur des ouvriers, des techniciens, des ingénieurs qui construisirent des milliers de navires de toutes sortes et firent la gloire nationale et internationale de notre ville.

La Marine nationale est bien réduite et le nombre des unités de la Marine civile va s'amenuisant.

Amis lecteurs ! Pardonnez la mélancolie de mon propos. Vous estimerez sans doute que je me suis écarté du véritable sujet proposé.

J'y reviens pour vous parler maintenant de la S.N.P.M. et de ses petits bateaux qui portent rarement des noms d'hommes illustres de rang national. Si les grand bateaux se sont raréfiés, par contre les petits se sont multipliés et les plaisanciers de la mer les ont désignés par des mots ou des expressions dont j'ai essayé de comprendre les motivations. Elles sont nombreuses et parfois curieuses. Elles sont souvent l'expression de sentiments personnels vénération pour des êtres chers : père, mère, épouse, enfant, dulcinée dont ils ont voulu pérenniser le souvenir.

Dans les familles de pêcheurs professionnels c'eut été un sacrilège que de débaptiser le bateau du père ou du grand-père. Les vieux prénoms André, Mario, Sauveur, Alexandre, Titou, Youyou, Michel persisteront longtemps. Des prénoms plus familiers sont apparus par la suite : Loulou, Lilou, Kiki, Gaby.

Dans le large éventail des appellations il semble bien que les prénoms féminins dominent. Aux vieux prénoms traditionnels : Alice, Angèle, Margot, Martine, Germaine, Gisèle, Isabelle, Marie, Marie-Jeanne, Marie ; aux noms de fleurs :Marguerite, Angélique, Anémone sont venus s'ajouter les Manon, Rita, Ninou, Sandrine, Princesse qui évoquent sans doute de beaux minois qui rendent jaloux.

Des plaisanciers ont voulu vénérer les signes du zodiaque sous lesquels ils sont nés (Sagittaire, Verseau, Capricorne), des astres (Soleil, Jupiter, Vénus) ou encore des personnages mythiques de l'Antiquité grecque ou romaine : Apollon, Eole, Neptune, Icare, Ulysse, Téthys, Clio.

D'autres ont tout simplement pensé aux éléments de la nature Alizé : Mistralade, Azur, Eclair, Sirocco, Arc-en-ciel. Plus rares sont ceux qui évoquent des noms de caractère local : le Marégau, Saint-Elme, les Deux Frères. Fiers des qualités de leur bateau des plaisanciers l'ont appelé Ténor, Téméraire,

Des noms très répandus sont ceux empruntés au monde animal : poissons et oiseaux. En voici quelques exemples : Exocet, Esturgeon, Rascasse, Gobie, Mérou, Lote, Loup (bar), Pageot, Requin, Hippocampe, Roussette, Goéland, Pélican, Ibis.

Et pour respecter la tradition provençale on trouve aussi pei (poissons), tavan (bourdon).

Et ce n'est pas tout. Certains plaisanciers de la S.N.P.M. ont voulu exprimer leur ravissement d'avoir pu satisfaire leur passion. Ils ont alors appelé leur navire : l'Eden, la Désirade, Evasion, Désir, Rêve, Jours heureux, Paradis, Enfin !

En poussant plus loin nos investigations sont apparus aussi des noms étrangers : des noms de lieux ou d'aventures vécues : Super gold fish, May flower, Nyongo, Ouvea, Akani, et bien d'autres qui rappellent sans doute des souvenirs attachants.

Pour en terminer avec ces réflexions, certes bien fragmentaires qui ont montré tout de même l'extrême diversité des choix et des sensibilités des amoureux de la mer, voici une anecdote dont je garantis l'authenticité et qui se rapporte précisément aux noms propres des bateaux. A l'époque où l'on ne disposait pas de moyens techniques très perfectionnés pour mettre en évidence les noms et les matricules, on voyait les plaisanciers s'appliquer à les peindre au moyen d'un petit pinceau et d'un petit pot de ripolin, si possible sans bavures travail délicat qui exigeait beaucoup de patience.

Dans les années trente, mon père possédait un esquif qu'il avait baptisé "Noune" prénom plein de tendresse celui de sa future épouse.

Il se félicitait de son initiative, mais, ajoutait-il "ce nom n'a que cinq lettres et le travail est plus vite fini". Cela faisait tout de même 10 lettres puisqu'il fallait peindre des deux côtés du bateau.

Il rencontra un jour mon oncle Meunier sur le rivage et lui dit : "Je te félicite Louis pour le nom que tu as donné à ton bateau. En l'appelant "PAX", tu as tenu sans doute à exprimer tes sentiments de pacifiste ?

- Bien sûr, mais j'ai pensé aussi que j'aurai seulement 6 lettres à peindre, père Autran.

- Ça, c'est bien vrai et tu me fais penser au fils de Titou. Je l'ai vu ces jours-ci s'affairer et s'énerver autour de son bateau.

En finissant sa peinture il me dit "Simon, j'en suis à la 36e lettre !"

E bé ! Que je lui réponds : "Siès ben colhon !". Figure-toi que sa femme avait exigé que la bette portât le nom de leur petite fille et il avait écrit deux fois "la petite Philippine".

Et Louis qui n'était jamais en reste de plaisanteries répliqua : "J'ai vu plus fort ! Simon !"

- Pas possible !

- Comme le te le dis. Y a pas longtemps j'ai vu un pêcheur breton retiré à la Seyne et en souvenir de son pays, il avait baptisé son petit bateau "la courageuse petite bretonne".

- Oh! Capoun de bouan diou !"

- Si tu fais le compte un nom comme ça, ça fait bien 52 lettres, Pas maï !

Nos deux amis rirent aux éclats en concluant que l'amour des choses de la mer, cela peut conduire bien loin.

Le lecteur me pardonnera si cette relation commencée sous le signe de la grandeur nationale s'est terminée par des galéjades. Nous sommes bien dans le "Midi" n'est-ce pas ?

 

Marius AUTRAN

(Posidonie, N° 11, Décembre 1992, pp. 5-6).


 

SI LA BAIE DU LAZARET M'ÉTAIT CONTÉE...

Les pêcheurs du rivage

 

Monsieur AUTRAN n'a pas manqué dans chaque POSIDONIE de nous aider à mieux connaître notre petite mer qui représente un site unique et exceptionnel, mais que nous n'apprécions peut-être plus à sa juste valeur, à force de l'avoir sous les yeux tous les jours.

Cette fois-ci, notre Président d'Honneur nous fait revivre, avec son style alerte et coloré, les temps heureux où l'on pouvait encore s'offrir une bouillabaisse en pêchant du rivage avec quelques « zigou-zigou ».

 

Les pêcheurs du rivage

Il faut entendre par là les amateurs possesseurs d'un pointu de trois mètres environ ou d'une bette à fond plat qui n'atteignaient pas le grand large par mesure de sécurité et qui pouvaient tout de même faire de belles pêches en ces temps heureux où les espèces comestibles abondaient dans les roches et les herbiers de posidonies.

Nombreux étaient les plaisanciers de Mar Vivo, de La Verne, de Fabrégas, dont les barques occupaient des cales de halage, sous contrôle des autorités maritimes, qui s'affairaient toute l'année à l'entretien de ces structures toujours soumises au caprice des flots. Néanmoins on les considérait dans les milieux populaires comme des petits bourgeois.

Posséder un bateau (nanti un jour d'un moteur) et une cale de halage était un signe de distinction dans l'échelle sociale.

Au bas de l'échelle des plaisanciers, il y avait les plus simples des pêcheurs du rivage avec leur canne à pêche, les lencis disent les provençaux, lei lencis mouartes (ligne morte) eschées avec des moules, des escavènes, qu'ils allaient trouver dans les vases du Pin Rolland, la veille.

A quelques mètres du rivage ils calaient des nasses à gobis que les vrais pêcheurs appellent des paniers. Ces engins, ils savaient souvent les confectionner eux-mêmes avec des brins d'osier, de bruyère ou de myrte.

Certains spécialistes utilisaient le zigou-zigou. Cet instrument tout simple se composait d'un long manche au bout duquel était fixé un fragment de ligne de quelque vingt centimètres de long au bout duquel était noué un musclaou (hameçon) et bien sûr un appât tel une piade (bernard-l'ermite), un ver ou une crevette. Les plus futés de ces pêcheurs savaient qu'il était préférable de faire griller quelque peu les appâts avant d'introduire l'engin dans les failles de roches les plus profondes possibles - là où se trouvaient à coup sûr les belles rascasses.

En ces temps heureux avec cinq ou six bâtons de zigou-zigou on pouvait s'offrir une bouillabaisse en y ajoutant les « bious » (petits bigorneaux) et les crabes, nombreux et faciles à capturer.

Certains de nos petits pêcheurs plus audacieux s'en allaient quelquefois faire une calée de nuit. Ils utilisaient alors un panier appelé embornier de forme oblongue, de forme cylindrique atteignant un mètre de haut, capable de capturer des congres énormes et des murènes. Ils utilisaient alors comme « esque » des morceaux de seiche ou de poulpe pris les jours précédents grâce à leur « fouine » (foëne).

Ces appâts, comme je l'ai dit plus haut, étaient beaucoup plus efficaces après avoir été légèrement grillés, d'où une odeur renforcée. Il faut les faire « brusquer », disaient les pêcheurs. Cette expression me conduit à expliquer son origine bien locale. En langage provençal, la plante de nos bois appelée bruyère se nomme le brusc.

Il y a cent ans de cela sur les rivages ouest de la presqu'île de Sicié, on trouvait encore de vieux pêcheurs qui enduisaient la coque de leurs bateaux de goudron (le quitran, mot d'origine arabe). Mais chaque année, il fallait gratter ce goudron en le brûlant superficiellement par des feux de bruyères sèches accumulées d'ailleurs à proximité des terrains de halage.

De ces bruyères, appelées brusc, est dérivé le verbe brusquer et ainsi le hameau de pêcheurs, avoisinant s'appela Le Brusc.

Je parie que beaucoup de gens de ce coin magnifique de notre littoral ne le savent pas.

Pour en terminer avec nos petits pêcheurs des rivages, rappelons que des générations de petits seynois éprouvèrent beaucoup de plaisirs à taquiner les rouquiers et les girelles, à remplir leurs sacs d'oursins et de patelles (arapèdes pour les gens du cru) à déguster les modestes bouillabaisses que les mamans avaient préparées sur un foyer de fortune érigé avec des pierres plates du rivage et grâce aussi au combustible gratuit que leur offraient les proches pinèdes à l'ombre desquelles on appréciait une sieste réparatrice, à même le sol rocailleux. Il n'y avait dans tout cela aucun confort, mais on savait tout de même trouver du bonheur dans cette simplicité.

 

Marius AUTRAN

(Posidonie, 1998, N° Anniversaire 1978-1998, pp. 5-6).


 

Conférence du 17 Octobre 1983

"CENT ANS DE LUTTE CONTRE LA POLLUTION A LA SEYNE",
 

par M. Marius AUTRAN, ancien instituteur, maire-adjoint honoraire,

auteur de "l'Histoire de l'Ecole Martini" (parue
et d'une Histoire la Philharmonique "LA SEYNOISE" (à paraître)

M. AUTRAN annonçait tout de suite la couleur : il allait faire un historique et non animer un débat sur la future station d'épuration.

Remontant au Moyen Âge, M. Autran rappela tout d'abord l'ignorance des gens concernant les règles élémentaires de l'hygiène et l'éloignement indispensable des déchets de tous ordres. D'où, les nombreuses épidémies de peste, de choléra, de gale, etc. Pasteur n'était pas encore né ! Néanmoins, quelques tentatives s'ébauchent : interdiction des dépôts d'ordures devant les portes et les fenêtres, propreté de l'eau, puis ramassage et dépôts au " Gros Vallat ", sur le terrain de la Cité Monmousseau,... Enfin, dépôts de Signes, de Pierrefeu, collectes par bennes, avec containers, ...jusqu'à l'accord pour la construction de l'usine d'incinération face aux abattoirs de Toulon.

Pour ce qui est des déchets liquides (et malodorants, ô les célèbres "toupines" !), M. Autran raconta quelques anecdotes amusantes sur les " torpilleurs ", les escoubettes, les récipients rincés dans le ruisseau, le tout allant se déverser dans le ruisseau de la Muraillette, via la mer. Système qui dura 150 ANS ! Et on assiste alors à une partie de "ping-pong" entre LA SEYNE et TOULON, les élus se renvoyant la balle pour accoucher de la naissance (et du lieu de passage) d'un EMISSAIRE COMMUN.

En 1859, TOULON propose le déversement aux Sablettes : refus. Le maire de LA SEYNE, Saturnin FABRE, propose à son tour un tunnel sous "Sicié" : refus. TOULON avance alors le rejet à Fabrégas : refus. Enfin, en 1895, l'accord se fait pour Sicié; mais S. FABRE se fait contrer par son adversaire politique F. BERNARD, qui déclare : "Non, non, jamais le caca des Toulonnais ne passera en territoire seynois" ! En 1934, nouvel accord. Mais cette fois c'est le Maire de Toulon, M. CLAUDE, qui recule sous la pression de son adversaire M. Marius ESCARTEFIGUE. En 1935 nouvel accord. Mais c'est bientôt la guerre, et, devant la baisse de la Construction navale, on décide peu après de commencer les travaux.

En Octobre 1940, les "Grands Travaux de Marseille" donnent le premier coup de pioche. M. Alex PEIRE, notre regretté président, réalise alors un exploit de précision : 6.400 m de tunnel, 4 puits d'extraction et 7/10ème de mm de pente par mètre. Dix ans de travail. Depuis, 120 Km de réseaux d'assainissement.

M. AUTRAN projeta alors des diapositives montrant la marche des travaux, qui ont abouti à ce que nous connaissons aujourd'hui. De là à l'enchaînement sur la construction de la future usine d'épuration à Sicié, il n'y avait qu'un pas : M. AUTRAN le franchit en prévoyant une nouvelle vie pour ces réseaux d'assainissement qui n'ont pu être réalisés qu'après tant d'avatars.

L'assistance écouta le conférencier avec un grand intérêt : l'histoire locale va toujours droit au coeur.

 

Résumé écrit par E. JOUVENCEAU

(Le Filet du Pêcheur, 1983, N° 8, 4ème trimestre 1983, pp. 13-14).


 

Conférence du Lundi 14 Octobre 1985

Un vrai parfum de terroir,

avec la conférence de M. Marius AUTRAN :

"LA VIE AU QUARTIER DES MOULIERES AU TEMPS JADIS"

 

La nombreuse assistance qui remplissait la salle G.Apollinaire, le lundi 14 octobre, n'était pas venue que pour l'Assemblée générale statutaire au cours de laquelle furent adoptés les rapports moral et financier. Elle était surtout là pour écouter la première conférence du cycle 1985-1986, conférence qui devait être faite par M. Marius AUTRAN, et qui s'intitulait : "La vie au quartier des Moulières au temps jadis." Disons immédiatement que personne ne fut déçu, au contraire !

Il est inutile de présenter Marius AUTRAN, ancien instituteur, professeur, adjoint au Maire, président de la Caisse des Ecoles, auteur de "L'Histoire de l'Ecole Martini" et de "L'Histoire de la Philharmonique "LA SEYNOISE". Tout le monde connaît son amour pour tout ce qui touche a sa ville et la manière chaleureuse et pleine d'humour dont il sait la raconter. Une fois de plus, il n'y a pas manqué. Pendant plus d'une heure, on s'est retrempé dans la vie seynoise au quartier des Moulières, ce quartier situé à 4km 500 du centre ville, en bordure de la forêt de Janas, couvrant 15 ou 20 ha et qui fut au Moyen Âge le poumon de la localité à cause de la forêt toute proche et surtout à cause de l'eau abondante qui sourdait du sol, des ruisseaux et des sources (80 points d'eau au total !) D'où l'édification de moulins à broyer le blé ou les olives, et de deux lavoirs où des générations de "bugadières" (professionnelles ou occasionnelles) vinrent laver le linge jusque vers le milieu de ce siècle.

La Seyne-sur-Mer - Lavoir Saint-Roch

On partait de la ville en poussant une brouette chargée des draps et des effets salis, on lavait le tout à grande eau (en utilisant la cendre de bois), on faisait sécher sur les buissons, et le soir on regagnait son logis en faisant le même chemin en sens inverse. Il faudrait tout raconter des habitudes de cette époque, avec la même truculence qu'employait Marius AUTRAN, afin de ne rien perdre du sel qui agrémentait ses propos : les parlottes des femmes, les disputes, les procès genre Clochemerle, les personnalités originales, colorées comme Augustin ARNAUD, dit Le Buoù, ou le braconnier Le Manchot ou Rose la Gibouà dont la langue acérée ne respectait personne. L'assistance buvait le récit, soulignant certains passages de mouvements d'approbation ou de rires difficilement contenus.

Donc, un bon départ pour le cycle de conférences. Merci à Marius AUTRAN pour sa contribution à la vie de notre société. Nous souhaitons beaucoup de conférenciers comme lui, avec des sujets aussi attachants.

E. JOUVENCEAU, Vice-Président

(Le Filet du Pêcheur, 1985, N° 16, 4ème trimestre 1985, pp. 8-9).


 

Conférence du Lundi 16 Novembre 1987

IMAGES DE LA VIE SEYNOISE D'ANTAN

(Récits-portraits-souvenirs)
par
Marius AUTRAN - Professeur honoraire
Conférence aux Amis de La Seyne Ancienne et Moderne
Lundi 16 Novembre 1987
 

La salle G. Apollinaire était comble, ce lundi, pour la deuxième conférence des "AMIS de LA SEYNE". Il est vrai que la renommée du conférencier, notre ami Marius AUTRAN, n'est plus à faire : n'est-il pas l'auteur d'une "HISTOIRE de l'ECOLE MARTINI" et d'une "HISTOIRE de la PHILHARMONIQUE -LA SEYNOISE-" qui ont emporté tous les suffrages en faisant revivre d'une manière pittoresque et très précise deux institutions seynoises qui ont eu leurs heures de notoriété ?. Et le titre de cette 2ème conférence était aussi alléchant puisqu'il s'agissait de parler sur des "Images de la vie Seynoise d'antan", troisième oeuvre qui vient juste d'être publiée et qui comportera 2 tomes.

Comme le dit Marius AUTRAN, il ne s'agit que de bavarder sur des évènements, des personnalités, des souvenirs d'autrefois. Sans vouloir entrer dans les détails, il a donc survolé, avec la facilité d'élocution et d'humour que tout le monde lui connaît, le choix de ce tome premier. Nous ne pouvons tout citer, mais on se délectera à la lecture de la naissance et du peuplement du territoire de Sicié, du lavoir et des "bugadières" des Moulières, du lent développement de l'assainissement ou des transports en commun, des fêtes foraines de Janas, des heures de gloires du fort de Balaguier, de la catastrophe du cuirassé "LIBERTÉ" (avec le témoignage d'un rescapé) ou la lancement du navire "PARIS". Il continuera par donner une idée de ce qu'on trouvera dans le Tome 2, en préparation, qui comprendra entre autres des biographies d'hommes remarquables : Michel PACHA, "l'inventeur" de Tamaris, le maire Saturnin FABRE, le Directeur des Chantiers Amable LAGANE, le séjour de George SAND, et la vie de Toussaint MERLE pour terminer.

Ainsi, notre ami AUTRAN, bien qu'il s'en défende, est le digne successeur de notre ancien Président Louis BAUDOIN, nul doute que, ans les années à venir, son oeuvre servira à connaître LA SEYNE, et tiendra lieu de référence pour ceux qui s'attacheront à la vie de notre Cité. Inutile d'insister alors sur le succès obtenu par Marius AUTRAN, dont l'auditoire ne cessera d'être suspendu à ses lèvres et ne lui ménagera pas ses applaudissements.

Etienne JOUVENCEAU

(Le Filet du Pêcheur, 1987, N° 24, 4e trimestre 1987, pp. 11-12).


 

Conférence du Lundi 15 Octobre 1990
LA VIE SEYNOISE D'ANTAN

par Marius AUTRAN - Instituteur E.R.

 

Comme l'a fort bien dit M. E. JOUVENCEAU, on ne présente plus M. Marius AUTRAN, car qui ne le connaît ? Seynois de souche, ancien élève de l'Ecole Martini puis de l'Ecole Normale d'Instituteurs de Draguignan, professeur au Lycée Beaussier, résistant emprisonné, adjoint au Maire de LA SEYNE et président de la Caisse des Ecoles pendant plusieurs années, écrivain, historien, on s'est presque arraché les oeuvres qu'il a écrites depuis sa mise à la retraite :

"HISTOIRE DE L'ECOLE MARTINI"
"HISTOIRE DE LA PHILHARMONIQUE - LA SEYNOISE"
et "IMAGES DE LA VIE SEYNOISE D'ANTAN"

Ce livre en trois volumes dont il est venu nous présenter le troisième ce soir-là.

 

Comme les deux précédents, ce tome comporte une série d'anecdotes faisant revivre le PASSÉ de la Ville, afin que le souvenir de ce qui existait autrefois ne sombre dans l'oubli et qu'il serve de réflexion peut-être à la jeunesse d'aujourd'hui. C'est ainsi qu'il a intitulé les 9 nouveaux chapitres :

-1- La baie du Lazaret, une longue et douloureuse histoire.
-2- La place du Marché, témoin du temps.
-3- Les résistants seynois : des incursions sarrasines à l'occupation allemande.
-4- L'histoire de l'office Municipal des Sports.
-5- La jeunesse seynoise au plein air (les colonies de vacances).
-6- Histoire d'une famille : les AUDIBERT.
-7- Du bourg à la cité cosmopolite, les diverses immigrations.
-8- En passant par les rues de la ville: origines de leurs noms.
-9- La glorieuse histoire de l'Ecole Martini (résumé).

Dans le langage simple et imagé qui a toujours été le sien, employant souvent des termes du terroir (qu'on n'entend plus guère à mesure que les anciens s'en vont... ),Marius AUTRAN a une fois de plus charmé son auditoire qui l'a écouté presque religieusement jusqu'au bout.

Car, comment résister aux anecdotes savoureuses dont il a émaillé son récit, et aux réflexions toujours pertinentes qu'elles soumettaient à son jugement. Ni pédant, ni prédicateur, le conférencier s'est contenté de se laisser mener par l'amour qu'il porte à sa Ville et à ceux qui l'ont habitée.

- Ceux qui n'ont pas encore acheté le livre ont tort : qu'ils se dépêchent ! La race des conteurs n'est pas éteinte, et Marius AUTRAN demeurera comme l'un de ses plus illustres représentants. -

 

(Le Filet du Pêcheur, N° 37, 4ème trimestre 1990, pp. 3-4).


 

Marius Autran, décédé le 20 janvier 2007 à l'âge de 96 ans est une figure de la ville de La Seyne-sur-Mer tant par sa personnalité a marqué la vie locale de cette cité administrative longtemps - pendant une quarantaine d'années - administrée par le Parti communiste. Son fils Jean-Claude a créé un site www.site-marius-autran.com pour retracer son riche parcours militant et pour rassembler ses écrits sur l'histoire de La Seyne.

On y trouve tout d'abord une biographie réalisée par Jean Sprecher. Enseignant, Marius Autran participe à de nombreux combats dans la Résistance. La police vient même l'arrêter dans sa classe mais il bénéficie, avec d'autres militants, d'un non-lieu. Il participe alors en compagnie de Toussaint Merle, le futur maire de La Seyne, à la reconstruction clandestine du PCF. De 1950 à 1977, Marius Autran fut conseiller municipal, puis adjoint au maire, conseiller régional en 1974. Abandonnant ses mandats, il se consacra alors à la publication de plusieurs ouvrages sur l'histoire de la vie seynoise (ils sont référencés sur ce site).

Le site propose aussi :

• la biographie de Marius Autran rédigée par Jacques Girault pour le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier seynois (Le Maitron) ;
• un outil précieux pour la recherche sur La Seyne, le nom des militants ouvriers varois qui figurent sur ce même ouvrage (leurs biographies ont été réalisées par Jacques Girault) ;
• des textes de Jacques Girault consacrés à la vie ouvrière des Chantiers de La Seyne et aux grèves des années 30 ;
• des documents concernant l'histoire locale ;
• des articles de presse ;
• une encyclopédie des rue de la ville ;
• un lexique des termes provençaux.

Pour conclure cette brève visite, un site utile pour mieux connaître l'histoire de La Seyne et de ses militants ouvriers.


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