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de l'Histoire de l'École Martini
Marius AUTRAN
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Histoire de l'École Martini (1982)
L'enseignement à La Seyne-sur-Mer (1789-1980)
 
Structures actuelles : Les écoles maternelles

(Texte intégral du chapitre)


 

 

Perspectives du proche avenir à La Seyne-sur-Mer

En cette fin d'année 1980, il semble bien que l'on s'achemine vers un certain tassement des effectifs scolaires dans le premier et le second degré.

Est-ce à dire, qu'à partir de là, les problèmes de l'Enseignement vont trouver une solution rapide ?

Qu'il nous soit permis d'en douter.

Tout d'abord, il faut insister sur ce fait : l'effort entrepris en faveur des écoles maternelles doit être intensifié pour que tous les enfants à partir de l'âge de deux ans puissent y être admis.

Une seconde maternelle se construit dans la Z.U.P., au Germinal, et il est probable que dans d'autres quartiers en voie de développement, d'autres constructions ou agrandissements seront nécessaires.

Au quartier de la Maurelle, par exemple, un projet de maternelle prend forme également.

Pour l'enseignement primaire, de nouveaux ouvrages seront bientôt nécessaires. Dans la zone urbaine dont les constructions s'achèvent, il devient nécessaire d'envisager de nouvelles écoles. Le quartier du Gai Versant recevra dans un proche avenir des équipements scolaires absolument indispensables sans lesquels l'ensemble des groupes scolaires Maurice-Thorez se trouverait surchargé.

Il est question aussi de créer un cinquième Collège, à moins que la Municipalité et l'Éducation nationale ne s'orientent vers la création d'un autre Lycée d'Enseignement Professionnel, avec option Section hôtelière, compte tenu du caractère touristique marqué de notre région varoise.

Sans doute, faudra-t-il aussi parfaire l'enseignement technologique. La préparation d'un Brevet de Technicien Supérieur (B.T.S.) dans les branches Chaudronnerie et Mécanique serait d'une grande utilité. Il serait bon, également, de penser aux classes d'adaptation pour les émigrés et aux classes spéciales pour l'enseignement des enfants inadaptés ou handicapés.

Voilà donc énumérées sommairement quelques innovations. Mais on ne doit pas perdre de vue la rénovation ou le remplacement des constructions anciennes, comme, par exemple, l'École de Plein Air, ou tout au moins le bâtiment principal ou encore l'école Jules-Vallès.

Et après ?

Si l'on peut se permettre quelques prévisions à court terme, il est beaucoup plus délicat d'imaginer, pour notre localité, ce que sera l'enseignement à la fin de notre siècle.

La vie de notre commune va encore se développer, sans doute à une cadence moins rapide que par le passé. La raréfaction des terrains constructibles, la saturation des zones industrielles devraient conduire à un ralentissement de l'expansion. Mais il est bien difficile de prévoir les changements qualitatifs et quantitatifs.

Qui peut dire aujourd'hui quelle sera la composition sociale de la Ville dans les 15 ou 20 ans à venir ?

Sa capacité industrielle sera-t-elle maintenue, particulièrement en ce qui concerne la construction navale ? On connaît la gravité du problème et ses incidences sur la vie de notre communauté varoise et seynoise.

Qui peut savoir si le nombre des travailleurs immigrés sera ou ne sera pas en augmentation ? Si l'afflux des retraités va se poursuivre à la même cadence ?

Il est bien difficile de répondre avec certitude à toutes ces questions et, de ce fait, il n'est guère possible de prévoir comment se présenteront les problèmes de l'enseignement liés obligatoirement aux questions économiques et sociales.

Cependant, il n'est pas interdit aux responsables de suivre au jour le jour l'évolution des phénomènes sociaux et il importe de ne pas renouveler les erreurs du passé si l'on veut vraiment adapter l'éducation des citoyens aux conditions nouvelles de la vie.

Que l'on se souvienne de cette fin du XIXe siècle où l'on vit le développement impétueux des constructions navales et de l'industrialisation en général, où la classe ouvrière prit une importance nouvelle, où les émigrés affluèrent et assurèrent au patronat une main d'œuvre docile et les meilleurs profits.

Plus de cinquante ans s'écoulèrent avant que les tenants du pouvoir de l'époque ne se décident à créer un enseignement technique que, pourtant, les municipalités réclamaient avec insistance.

À Toulon, l'exemple est frappant : la première école d'enseignement technique fut créée par la Municipalité présidée par M. Dutasta, parce qu'un bienfaiteur, M. Rouvière, fit don à la ville d'une somme de 220 000 francs or en précisant dans son testament, l'usage qui devrait être fait de cette somme considérable pour l'époque.

Cela se passait en 1882...

À La Seyne, nous l'avons écrit, l'Enseignement technique ne vit le jour qu'en 1923.

Autrement dit, les responsables de l'Instruction publique sous la IIIe République, n'adaptèrent l'Enseignement à la vie qu'avec beaucoup de retard et sans doute, ils étaient loin de prévoir la rapidité extraordinaire des progrès techniques que nous connaissons aujourd'hui.

Dans le même temps que la classe ouvrière croissait en nombre et que ses conditions de travail s'amélioraient par la lutte incessante des syndicats, la classe paysanne connaissait elle aussi des mutations considérables.

Les statistiques nationales nous apprennent qu'au début du XIXe siècle, les paysans représentaient 85 % des travailleurs actifs. Lesquels ne sont aujourd'hui plus que 20 %.

Les anciens se souviennent qu'à La Seyne, il y avait encore des centaines de cultivateurs, maraîchers pour la plupart, alors qu'on n'en compte plus que quelques dizaines aujourd'hui.

On sait bien pourquoi il en est ainsi maintenant. Combien d'entre eux ont vendu leurs terres difficilement rentables par le développement des grandes productions agricoles, et par le fait des importations étrangères de primeurs ? Les anciens terrains de cultures sont devenus aujourd'hui des lotissements dont les belles villas appartiennent souvent à des retraités venus de contrées plus septentrionales, pour jouir de notre climat particulièrement attachant.

Des professions nouvelles sont nées. Les emplois du secteur tertiaire sont de plus en plus nombreux, car les services les plus divers se sont multipliés dans les transports, le commerce, les services sociaux, les administrations nouvelles, etc.

Voilà comment, au fil des années, notre ville a connu de profondes transformations dans son tissu économique et, par conséquent, dans son milieu social.

L'Enseignement a-t-il été adapté sérieusement à ces mutations ?

Des progrès, c'est certain, ont été accomplis, mais il faut reconnaître objectivement que le décalage entre les besoins à satisfaire et les moyens à mettre en œuvre est parfois décevant.

Par ailleurs, les problèmes de l'évolution dans les rapports économiques et sociaux se compliquent de différentes manières.

Il y a, en premier lieu, les luttes d'intérêts des sociétés multinationales dont les dirigeants empoisonnent la vie de l'humanité tout entière. Elles entraînent des politiques de régression sociale contre lesquelles se dressent toutes les branches actives de notre population : ouvriers, cultivateurs, fonctionnaires, professions libérales, etc. Les actions collectives se multiplient et les exigences s'affirment.

L'éducation, l'enseignement, débordent le cadre strict de l'École. Les cultures traditionnelles sont bouleversées, parce que l'on peut s'instruire partout : chez soi, avec des procédés audiovisuels, dans la rue, dans les gares, partout où abondent les revues, les journaux en tous genres. Des courants de pensées, bénéfiques ou dangereux se développent et meurent avec une déconcertante rapidité.

Les pratiques de consommation ont des incidences sur les mœurs et la moralité.

Devant la multitude des objets merveilleux créés par les progrès incessants de la technologie, les tentations tenaillent souvent les individus et les jeunes en particulier. Et quand l'argent manque pour satisfaire ces appétits, on sait ce qu'il peut advenir.

Enfin, les conflits entre générations s'aiguisent, car il est difficile aux plus anciens de comprendre le monde dans lequel les plus jeunes évoluent.

Aussi, en présence de tant d'incertitudes et de confusions, le lecteur, parvenu au terme de cette monographie éprouvera-t-il peut-être le sentiment d'un travail inachevé.

C'est vrai que cet ouvrage n'a pu saisir qu'une tranche de vie, décrite avec quelques documents écrits pour le XIXe siècle et des souvenirs personnels pour le XXe siècle.

C'est vrai aussi qu'il ne propose pas de solutions concrètes aux problèmes qui, demain, se poseront à la jeunesse.

Mais l'exploration du passé que nous avons faite, malgré son caractère superficiel, et les réflexions que nous inspire l'actualité mouvante, aideront peut-être à dégager quelques perspectives.

 

Ce qui est souhaitable

L'institution scolaire a pris un tel essor qu'elle est devenue le plus grand service public, avec 12 000 000 d'écoliers et d'étudiants et 600 000 fonctionnaires.

Comment ce changement spectaculaire qui s'est étalé sur plus d'un siècle a-t-il pu s'accomplir ?

Nous l'avons montré par des exemples précis : l'action des masses populaires a été déterminant pour imposer des changements nécessaires.

Il en sera de même pour les progrès à venir : La volonté d'égalité sociale ne va pas s'arrêter. Ce courant de pensée est irréversible.

Les problèmes de l'Éducation ne devront pas être réglés par les seuls dirigeants d'une société décadente, parce que le système d'exploitation des richesses par une classe privilégiée, comme c'est le cas pour notre pays, a fait son temps. Il n'a que trop duré !

La solution des problèmes doit être recherchée au plus haut niveau, conjointement par les représentants de l'État, des parents d'élèves et du personnel enseignant.

On nous rebat les oreilles avec la concertation quand, dans bien des cas, elle n'est que formelle.

Cela est d'autant moins tolérable qu'on oublie, en haut lieu, que les Syndicats et les Associations de parents d'élèves, forts de plusieurs millions d'adhérents, et dirigés par des gens dont la compétence ne peut-être mise en doute, ont leur mot à dire sur tous les problèmes qui touchent à l'éducation... sans oublier les autres !

Il faudra bien admettre enfin que les citoyens du proche avenir devront participer à la transformation et à la gestion de l'économie de leur pays !

On nous parle aussi de démocratisation. Là encore, il y a beaucoup à dire et à faire.

Les fondateurs de la IIIe République et de l'École laïque estimèrent la démocratisation réalisée quand le taux de scolarisation atteignit 90 %. La véritable démocratisation, c'est bien autre chose.

Pour être effective, elle doit être liée obligatoirement à la démocratisation du régime. Il faut la voir sous un triple aspect : l'accès au savoir pour tous, le contenu des connaissances et les problèmes de gestion discutés démocratiquement.

Ce sont là les objectifs des luttes que mènent les partisans d'une nouvelle école, une école beaucoup mieux adaptée aux innovations de la technique moderne, une école qui distribuera un enseignement absolument gratuit, dans des locaux toujours plus modernes et plus fonctionnels, une école qui apportera à la jeunesse tout le nécessaire à son développement physique par l'aménagement de véritables équipements sportifs. Une école, enfin, dont tous les établissements, à tous les niveaux seront des foyers de vie culturelle.

Dans notre société moderne, il est inconcevable que l'on contribue à dresser des cloisons entre l'enseignement technique et l'enseignement général. Et pourtant, il semble bien que pour beaucoup de gens, le fait de choisir un métier manuel est un échec pour le jeune qui s'y destine.

À notre avis, la place de l'enseignement technique doit devenir de plus en plus grande parce que le progrès technique développe le progrès social et permet d'atteindre un mieux être pour tous.

Ne serait-il pas plus sage d'orienter notre jeunesse vers un enseignement polytechnique qui lui donnerait sans doute plus de chances pour trouver sa juste orientation et assurer mieux son avenir ?

La véritable démocratisation de l'Enseignement suppose, en priorité, la défense des droits de l'enfance dont nous avons évoqué quelques aspects, mais aussi le respect des droits du personnel enseignant.

Sans vouloir entrer ici dans le détail des revendications légitimes des instituteurs des professeurs et, plus généralement, de tous ceux et celles qui sont attachés à l'Institution scolaire, disons succinctement que doivent être assurées pour les uns et les autres de bonnes conditions matérielles de travail, des salaires décents, la garantie de l'emploi, et qu'on en finisse avec des conflits qui durent depuis des années, comme celui relatif à la situation des maîtres auxiliaires.

Le progrès des connaissances scientifiques et techniques est tel qu'il faut bien envisager pour les Enseignants une formation mieux adaptée à ces évolutions de la société moderne. Les problèmes de recyclage et de formation permanente doivent être sérieusement pris en considération.

Dans cet ensemble de réflexions, il est juste de penser aux municipalités qui vivent dans une perpétuelle inquiétude à la recherche des solutions aux problèmes scolaires.

L'aide du Pouvoir central, nettement insuffisante, est allée en s'amenuisant au fil des années. Nous l'avons montré par des chiffres précis. Nous n'y reviendrons pas. Disons que dans l'avenir, les municipalités devront recevoir une aide efficace, qu'il s'agisse de facilités d'emprunt ou de taux d'emprunt abordables, et qu'elles seront enfin dispensées d'obligations qui ne les concernent pas.

Voilà, brièvement énoncés quelques éléments de réflexion sur ce que devrait être l'école des prochaines décennies.

 

Conclusions

Aux temps les plus reculés de l'Antiquité, on distinguait deux sortes d'êtres humains, les esclaves et les autres. On trouvait alors normal qu'il y eût des individus créés pour servir les privilégiés et leur éviter les soucis matériels.

Les esclaves devaient servir les autres. Ils étaient la grande masse et pourtant, on les ignorait. On parlait surtout des nobles, des rois, des pharaons, des grands propriétaires, des chefs religieux. L'Histoire négligeait le petit peuple des villes et des campagnes, celui qui devait travailler pour les possédants et quelquefois même se battre à mort pour défendre leurs biens.

Ce petit peuple, on s'en doute, n'avait pas droit à l'instruction.

Des millénaires ont passé. La France du XIXe siècle présente une société civilisée, divisée en deux classes antagonistes : celle des propriétaires des moyens de production, minoritaire, et celle des travailleurs manuels, majoritaire.

L'Enseignement a été découpé selon cette division. Il y eut l'école des notables et presque rien pour les autres. C'est seulement à partit de 1833 qu'une tentative d'implanter un enseignement pour le peuple apparaîtra.

À la lumière des exemples locaux cités dans cet ouvrage, on aura constaté toutes les difficultés qu'il fallut surmonter, toutes les réticences de la bourgeoisie qu'il fallut vaincre pour répandre un peu d'instruction.

C'est l'une des premières conclusions qui se dégagent de cette modeste monographie.

Pourquoi ces réticences ? Pourquoi tant d'embûches dressées sur le chemin de l'Enseignement du Peuple ?

Tout simplement parce que la classe privilégiée, la bourgeoisie, craignait de perdre ses prérogatives. Elle pensait que l'Enseignement devait être confié à ses fils et à ses filles pour assurer la pérennité de leur classe dans la gestion des affaires publiques et dans l'Administration à tous les niveaux.

Consultez la liste des magistrats municipaux de notre ville depuis 1657, date de sa fondation. Lisez leur profession respective : le mot notable y figure trente huit fois sur la centaine de personnalités qui ont administré La Seyne jusqu'en 1980. Plus de trois siècles se sont écoulés et il a fallu attendre 1969 pour voir gérer la Ville par un ouvrier : Philippe Giovannini.

Pendant tout ce temps, le peuple n'a pas pu faire le choix avant l'institution du suffrage universel. Les différents régimes politiques qui se sont succédé ont fait confiance le plus souvent à des officiers de la marine ou de l'armée de terre, à des négociants, des docteurs en médecine, des industriels, des riches propriétaires, mais des ouvriers, point. Il était inconcevable aux dirigeants d'alors qu'un ouvrier puisse devenir Premier magistrat...

Il était également impensable que des femmes puissent accéder un jour à des fonctions électives. Ils estimaient, ces messieurs, que la vocation de la femme était de rester au foyer pour y accomplir des tâches ménagères. L'éducation féminine, réservée à une certaine élite, cantonna longtemps celles qui purent en bénéficier dans des fonctions de représentation et de décorum.

Mais le droit de vote pour les femmes, souvenons-nous en, n'a été légalisé que sous la IVe République !

Pourquoi, également, le patronat et les grands industriels n'ont pas, dans un premier temps, encouragé le développement de l'enseignement technique ? Parce que là encore, on craignait que l'accession de la classe ouvrière au savoir et aux responsabilités dans l'appareil de production ne batte en brèche des prérogatives économiques.

La classe privilégiée, les tenants de la bourgeoisie et ses séides, pensent toujours que la gestion des affaires publiques, l'administration des départements, des villes, des structures de production et d'échanges, de l'éducation, de la défense du pays, bref, de tout l'appareil d'État doit être aux mains d'une élite, celle que la classe bourgeoise a formée elle-même en recrutant dans son sein.

Le passage d'un Enseignement de classe à un Enseignement démocratique passe inéluctablement par une évolution de la société, dans ses structures et dans ses mœurs.

La société seynoise, nous l'avons vu, a commencé à évoluer sensiblement vers la fin du XIXe siècle. Par rapport à 1850, la population avait plus que doublé en 1900. Mais le changement sera à la fois qualitatif et quantitatif.

Avec le développement de la construction navale, le besoin de main d'œuvre fixera la population autochtone et appellera d'Italie des travailleurs immigrés qui connaissent dans leur province du Piémont ou de Naples, une misère effroyable.

Une classe ouvrière nombreuse prend alors naissance, d'abord divisée par des sentiments xénophobes, mais qui se laissera pénétrer par les thèses de l'Internationale socialiste.

Les idées nouvelles font alors leur chemin.

Depuis la conquête du Droit de Grève, accordé sous le Second empire, les ouvriers s'organisèrent en syndicats à partir de 1884 et obtinrent par la suite la réglementation de la durée du travail. L'instauration de la République souleva dans le peuple une aspiration à la démocratie et il prit peu à peu conscience de la nécessité d'une instruction pour ses enfants.

Peu à peu, les incompréhensions tombèrent, les protagonistes de l'École laïque se comprirent mieux, furent mieux suivis. Ils organisèrent eux-mêmes des syndicats qui agirent en accord avec les syndicats ouvriers. La Ligue de l'Enseignement impulsa ce courant d'opinion en faveur de l'École publique.

L'Enseignement devint l'affaire des masses populaires.

Sans cela, l'école laïque n'aurait pas pu fonctionner et s'imposer. Sans l'appui considérable des gens du peuple dans leur immense majorité, Jules Ferry et les gouvernements de la IIIe République n'auraient pas pu, entre 1880 et 1910 créer dans notre pays des structures nouvelles et efficaces pour l'École.

Les Municipalités de l'époque ont saisi la nécessité d'agir avec la masse en mouvement. La gratuité de l'enseignement ayant été reconnue, il fallut que les Instituteurs soient payés par l'État. Les Villes, qui n'encaissaient aucune contribution des familles, ne pouvaient plus faire face à ce développement nécessaire. Alors, les maîtres d'école devinrent des fonctionnaires de l'État.

Agissant en liaison avec tous les amis de l'École, les syndicats, il fut possible aux Municipalités d'obtenir des subventions d'État pour construire des écoles.

Autrement dit, c'est grâce à l'union dans l'action, de toutes les forces de progrès aspirant à des changements légitimes que l'Éducation du peuple put se développer normalement.

Il n'y a pas de progrès sans luttes. L'expérience est là qui le prouve. Et quand les luttes se généralisent, alors là, les changements peuvent prendre une ampleur spectaculaire.

C'est la seconde conclusion qui se dégage de cet historique, que corrobore d'ailleurs les exemples donnés récemment par les Municipalités Toussaint Merle et Philippe Giovannini, pour imposer le plan de rénovation scolaire.

Lenteur de l'évolution, obstruction des classes privilégiées, nécessité de l'intervention des populations pour obtenir des progrès sensibles et légitimes, ce ne sont pas les seules leçons que le lecteur pourra tirer de notre étude.

Il a été souvent question du contenu des délibérations des Conseils municipaux depuis la création de la Commune en 1657. Le nombre d'entre elles consacrées aux problèmes de l'Enseignement est impressionnant. Dans ce domaine précis, nos édiles présents et futurs, quelle que soit leur étiquette politique, auront eux aussi des enseignements à tirer de cette lecture. Ils se rendront compte des difficultés énormes à vaincre pour trouver une juste solution à tous les problèmes.

Il faut savoir que le Maire, avec sa meilleure volonté, se heurte souvent au pouvoir de tutelle.

Lui qui connaît bien les besoins de la population et les moyens dont il dispose, est en butte à un Pouvoir qui ne veut pas entendre les récriminations le plus souvent justifiées des usagers et des administrés en général.

Mais c'est le Maire qui est tenu pour responsable de tout. Alors qu'il reçoit parfois des instructions ministérielles inapplicables. Sournoisement, on lui tient rigueur de ses opinions si elles n'épousent pas celles du Pouvoir en place. Il est même parfois injustement sanctionné, nous l'avons vu, avec Toussaint Merle pendant la période dite de Guerre Froide.

Tout cela ne facilite pas la solution des problèmes que la population attend.

Et là, on ne peut s'empêcher de penser à tous les " Y'a qu'à " et autres " Y'a qu'a pas ", mouches du coche et donneurs de conseils, élus en puissance qui prennent trop souvent leurs désirs pour des réalités et qui finissent parfois par découvrir un jour que ni la compétence ni la bonne volonté ne sont suffisants pour réaliser de beaux projets.

Dans les années qui suivirent la seconde guerre mondiale, les subventions de l'État atteignaient 80 % du prix d'un projet. Que sont-elles aujourd'hui ? Nous l'avons vu en examinant quelques cas en détail. Cela veut bien dire que le Pouvoir de tutelle cherche toujours davantage à tenir les communes à sa merci.

Là aussi, il faut bien savoir que tant qu'il n'y aura pas, pour les communes, de véritable liberté dans le choix de leur politique, assortie des moyens pour la mener, il n'y aura aucun succès pour la défense des libertés communales.

Les enseignants éprouveront peut-être aussi quelque intérêt à lire ce retour sur le passé. Ils s'étonneront sans doute que leurs anciens aient pu travailler dans des conditions aussi difficiles à tous points de vue : effectifs pléthoriques, locaux insalubres, inconfortables, inadaptés, matériel pédagogique quasiment inexistant, etc.

Remarquons au passage que les conditions de travail étaient tout aussi dures pour les autres catégories de salariés.

Les enseignants de la fin du XIXe siècle, comme ceux du début du XXe, alors que les structures de l'enseignement public se mettaient en place, avaient une foi inébranlable dans les destinées de l'École laïque. Ils considéraient leur métier comme un apostolat. Ils avaient été proprement catéchisés, le mot n'est pas excessif, dans les Écoles normales pour assurer le triomphe de leur école.

Normaliens, ils avaient appris par cœur des textes destinés à renforcer leur foi militante. Témoins, celui que M. Gilet, Directeur de l'École normale de Draguignan faisait apprendre à ses élèves dans les années trente :

As-tu bien réfléchi ?
Tu t'égares peut-être.
Malheur à qui,
Passable ou médiocre maître
S'assure à peu de frais
Le gîte et le repas !
Ecoute ! Il faut ici
La foi la plus robuste
Pour enseigner le vrai,
Pour guider vers le juste
La probité ne suffit pas.

Avec une telle formation, les enseignants de cette époque pouvaient endurer courageusement leurs épreuves. Ils se dévouaient sans limite pour le bon fonctionnement de leur école et donnaient souvent des leçons à titre gracieux. Certains, à la fin du mois, allaient au domicile des parents apporter le carnet de notes de l'enfant et donner des conseils de vive voix.

Ils mirent sur pied, par un travail acharné et bénévole les premières œuvres sociales scolaires : cantines, patronages, colonies de vacances et amicales laïques. Tout était fait pour que les enfants aiment leur école.

Des problèmes demeurent. Il y en aura toujours à résoudre. Faisons confiance à la génération montante, tout en nous permettant quelques conseils.

Nous savons par expérience que l'enseignement est un métier difficile et, il ne faut pas le dissimuler, qu'il le devient de plus en plus. Pourquoi ? Parce que le monde qui nous entoure est en mutation constante, que les progrès de la technique sont si rapides et si surprenants que les êtres humains éprouvent les plus grandes difficultés à s'y adapter. Les maîtres ne sont-ils pas eux-mêmes dépassés parfois par la curiosité des enfants ?

Ce qui est parfois inquiétant à constater, c'est l'incidence de ces progrès étonnants sur les mentalités, des mentalités qui évoluent obligatoirement, mais pas toujours dans un sens heureux...

Les institutions politiques ne changent pas les hommes en quelques mois ni en quelques années. Nous voulons une société toujours plus juste, toujours plus humaine.

Qui la fera, cette société ?

Les enfants qui entrent dans nos écoles aujourd'hui seront les hommes et les citoyens de l'an 2000. C'est pourquoi la question de l'Éducation est un problème d'avenir d'une gravité incomparable.

D'où la nécessité d'instruire, d'affiner les méthodes d'enseignement, de travailler dans le sens d'une plus grande démocratie, de lutter pour la réduction des inégalités et tout cela dans l'esprit d'une discipline nécessaire et comprise par tous. Sans cela, nous n'arrêterons pas le flot de l'immoralité qui monte et menace d'étendre ses ravages bien au-delà de l'École.

L'Éducation nationale d'aujourd'hui est l'héritière des conquêtes démocratiques de nos anciens. Les problèmes qui s'y rattachent ont un caractère politique indiscutable qui pourront trouver une juste solution seulement par une concertation et une démocratisation véritables.

Au niveau local, ces principes ont reçu depuis longtemps un commencement d'application. Parents, enseignants, élus municipaux, responsables de l'Administration, se rencontrent régulièrement pour apporter leur contribution à la solution des problèmes de l'enseignement. Nous disons bien contribution, car leur pouvoir de décision demeure limité.

Maurice Blanc, à la tête de la Municipalité actuelle, continuera la lutte pour la défense de l'institution scolaire et de tous les personnels qui s'y rattachent, avec la même obstination que ses prédécesseurs, nous en sommes certains. Son ardeur sera sans cesse renouvelée, parce qu'il sait que la marche des écoles dans une ville est le signe d'une bonne santé. C'est un signe de prospérité qui va de pair avec le progrès des activités économiques, qu'il faut défendre aussi avec beaucoup d'acharnement pour assurer la bonne vitalité de notre communauté seynoise.

* * *

Ainsi s'achève, avec des lacunes, certes, le film du développement de l'Enseignement à La Seyne et de la longue carrière de Martini, l'école de nos aïeux, de notre enfance, de notre jeunesse... Longue histoire écrite bien simplement, sans recherche de style, avec le désir d'émouvoir les anciens, respectueux de la maison mère qui distribua son enseignement aux jeunes Seynois pendant un siècle et demi et qui a su assurer sa pérennité.

Il ne fait aucun doute que des milliers de Seynois seront d'accord pour vénérer une institution qui rendit des services éminents à notre Ville, pour rendre un hommage reconnaissant à tous ceux qui ont travaillé à l'éducation de la jeunesse et qui ont lutté pour une véritable instruction publique.

Ceux qui ont vécu ce passé ne sont pas capables d'oublier si vite. À Martini, ils ont appris que l'ingratitude est fille de l'orgueil.

Et puis, comme ils savent vivre avec leur temps, ils se sont réjouis de la résurrection à laquelle ils ont assisté avec la nouvelle école au même nom, celle dirigée par M. Vogin, ancien élève du vieux Martini.

La continuité est assurée. C'est l'essentiel !

De cette tranche de l'histoire locale, le lecteur ne retiendra pas seulement l'aspect passéiste et parfois nostalgique. Il faut espérer que l'aspect documentaire ne le laissera pas indifférent.

Combien de nos concitoyens apprendront dans la seconde partie de l'ouvrage des éléments qu'ils ignoraient sur la ville qu'ils habitent et même parfois, dont ils sont natifs. Car il est navrant de constater, nous nous en rendons compte au cours de nos conversations, que nombre de Seynois ne savent pas encore où se trouvent la Cité Technique Langevin ou l'École Jean-Zay...

Combien ne savent pas qu'à La Seyne, le musée de la mer renferme des merveilles, tout comme le musée naval de Balaguier ? Combien n'ont jamais entendu se produire l'orchestre d'enfants de notre école municipale de musique. ? Combien n'ont jamais eu la curiosité de venir à la Salle des Fêtes de l'Hôtel de Ville, les jours d'expositions, pour y admirer les chefs d'œuvre de nos peintres, de nos artisans, de nos collectionneurs ?

Les yeux seraient-ils éteints ?

Les cœurs seraient-ils froids ?

On nous répond alors que le temps manque. Ces indifférents ne se laissent-ils pas aller à des occupations oiseuses, à des besognes stériles ? Ne perdent-ils pas leur temps sur des routes encombrées et polluées ?

Autant de questions, autant de sujets de réflexion.

Ce qu'il faut retenir, impérativement, c'est que notre devoir est d'apprendre aux enfants à aimer le coin de terre où ils sont nés et à participer peu ou prou à la vie de leur école, de leur cité, à collaborer au sein des associations qu'elles aient un caractère culturel ou revendicatif.

La vie communautaire n'est pas exempte de conflits entre les individus. Malgré cela, chaque citoyen a le devoir d'apporter sa contribution pour aider ses semblables, pour trouver des solutions à des problèmes qui concernent la collectivité, pour aider à leur application, sans négliger pour autant ses devoirs familiaux.

Si cette modeste contribution à l'histoire du Pays a réussi à intéresser, à distraire, à amuser, mais aussi à instruire nos concitoyens, on pourra s'en réjouir.

Mais il est souhaitable qu'un autre but soit atteint : se souvenir du passé et le respecter, ce n'est pas seulement exprimer des regrets et contempler des fantômes. La meilleure manière de la glorifier, c'est de continuer courageusement la noble tâche accomplie par nos ancêtres. Comme le dit fort justement le proverbe :

" Devant le passé, chapeau bas, devant l'avenir bas la veste ! "

Cette tâche ne doit pas consister seulement à développer le progrès technique générateur du progrès social et du bien être général. Elle doit se proposer aussi et surtout d'humaniser le progrès matériel par un développement du progrès social, en rendant la jeunesse plus sensible aux grandes solidarités humaines.

Mais nous ne pourrons former des hommes et des citoyens fraternels qu'à la condition expresse de forger une société nouvelle, débarrassée des égoïsmes exacerbés et des exigences du profit.

 

Marius AUTRAN       


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