|
|
Excursion géologique et botanique du 18 mai 1952 à Saint-Mandrier avec 8 participants. Par la plage de la Coudourière. M. REGAIGNON dirige et anime la caravane, car cette région est particulièrement connue de lui et constitue ses lieux d'études pétrographiques. (...). Dans les rochers du littoral, quelques plantes ont été recueillies ; en particulier la criste-marine (Crithmum maritimum) dont les feuilles d'une saveur salée peuvent être conservées, paraît-il, dans le vinaigre et servir de condiments à la façon des cornichons.
Ont été recueillis dans le maquis de la colline une belle orchidées « Serapias », une gentianacée « Erythracea maritima » à fleurs jaunes et la plupart des plantes à fleurs qui poussent sur les collines de la côte.
(Extrait du Bulletin N° 57 - Juin 1952).
Monsieur MERCURIN fait pour sa part le compte-rendu botanique de l'excursion du 10 juillet 1955 sur Saint-Mandrier qu'il commente, comme à son habitude à l'aide de superbes photographies et planches d'herbier des plantes intéressantes découvertes.
Nous nous sommes trouvés en présence d'un sol maigre et desséché. Les sous-bois de pins envahis par les cistes, les calycotomes (argeiras), les phillyrea, les myrtes, les nerpruns alaternes, les Kermès et autres arbustes.
Des maquis nous ont présenté peu d'espèces herbacées. Les falaises plus ou moins croulantes présentaient la même aridité, exception faite des pins d'Alep, toujours solidement accrochés.
Signalons la présence de deux plantes adventives en voie d'extension :
1° Une très gracieuse graminée qui présente des touffes de plumets blancs à longues soies : Pennisetum longistylum.
2° Une petite verbénacée, vivace, très rustique. Ses ramifications s'enchevêtrent sur le sol qu'elle couvre d'un tapis de petites feuilles oblongues d'un vert clair. De ces touffes, plus ou moins envahissantes, émergent au sommet de grêles pédoncules, des glomérules de petites fleurs délicatement teintées de violet clair et de rose. Nous avons été surpris de la voir résister aux embruns au bord d'une plage de galets ensablés à la limite du terrain ferme.
Liste : Agropyrum campestre. - Lagurus ovatus. - Piptatherum ramiflorum. - Dactylis glomerata. - Rubia peregrina. - Centranthus ruber. - Glaucium flavum. - Teucrium fructicans (planté). - Globularia alypum. - Coronilla juncea. - Daucus carota. - Asteriscus spinosus. - Clematis flammula. - Clematis vitalba.
(Extrait du Bulletin N° 88 - Octobre 1955).
Excursion du 22 Janvier 1956 à la Plage de Six-Fours et à la Pointe Nègre. M. MERCURIN donne le compte rendu botanique suivant :
Sur les rochers et les pierrailles trop souvent battus par les vents violents, la végétation est arasée. Elle s'amenuise en touffes arrondies ou, plaquées au sol. Le plantain à feuilles en alêne (Plantago subulata) hérisse d'innombrables aiguilles souples de calottes sphériques posées de-ci de-là sur un terrain plus ou moins dénudé.
Vers l'extrémité de la pointe Nègre, des milliers de pâquerettes annuelles (Bellis annua) recouvraient par lambeaux de plusieurs mètres carrés,une mince couche de terre sablonneuse.
Ces multitudes étoilées tremblotaient sous les rafales glacées à quelques centimètres au-dessus du sol. Leur petitesse les préservait de la destruction, à l'abri d'un gramen naissant où s'étalaient quelques rosettes de géranium (Geranium romanum).
Plantago subulata, Plantago coronopus, Arthemisia gallica, Hieracium pilosella, Statice minuta, Vicia Bithynica, Erodium malachoïdes, Senecio maritima, Beta maritima, Lotus Allionii, Malva arborea, Galactites tomentosa.
(Extrait du Bulletin N° 92 - Février 1956).
Présentation de cartes des groupements végétaux des îles d'Hyères, de l'isthme de Giens et de la presqu'île du Cap Sicié, par le Professeur René MOLINIER.
Depuis bientôt 30 ans l'auteur poursuit des levés cartographiques au 1/20.000e des groupements végétaux dans le S-E. de la France. Actuellement sont levées notamment toutes les feuilles au 1/20.000e de la côte méditerranéenne entre le Rhône et Saint-Tropez. Le but de la communication présente est de faire connaître aux membres de la S.S.N.T.V. les principes appliqués dans l'élaboration des cartes et les principaux résultats obtenus en ce qui concerne les environs de Toulon.
Les cartes des groupements végétaux figurent les associations végétales constituant le tapis végétal de la région étudiée. Qu'est-ce que l'Association Végétale ? Si, aux hasards de la dissémination des semences, les espèces végétales peuvent un jour ou, l'autre atteindre n'importe quel point d'un territoire, il s'en faut qu'elles poussent partout où tombent ces semences. Elles ne se développent et ne se maintiennent que là ou elles trouvent des conditions de milieu favorables.
Si certaines espèces s'accommodent de conditions très variées, d'autres exigent des conditions parfois très précises. C'est pourquoi la flore halophile du littoral est différente de celle de l'intérieur, pourquoi des espèces particulières s'observent dans les fentes des rochers, dans les pelouses, les prairies, pourquoi la forêt de chêne vert a une composition floristique différente de celle de la forêt de Chêne pubescent etc... Ces espèces à amplitude écologique étroite sont donc révélatrices, caractéristiques du milieu, qui les porte ou de la végétation qui lui correspond ; partout où règnent des conditions semblables on peut s'attendre à rencontrer les mêmes espèces caractéristiques et, inversement, partout où se trouve une même association végétale doivent régner des conditions de milieu très voisines.
Les études géobotaniques ont conduit à penser que la végétation originelle de la Provence, calcaire et cristalline, comportait, sur le littoral, essentiellement une forêt de Chêne vert. Celle-ci s'est maintenue en quelques stations de plus en plus disséminées et se reconstitue lorsque l'action humaine cesse ou se ralentit dans son effort destructif ; l'Île de Port-Cros qui, grâce à l'action vigilante de M. HENRY notre très regretté confrère récemment disparu, jouit depuis de longues années de l'immunité contre les incendies, montre actuellement toute la puissance de reconquête du terrain par la Chênaie d'Yeuse.
La Chênaie de Chêne-liège a certainement été étendue par l'Homme exploitant le liège. Ce chêne, essence de lumière, ne prospère qu'en peuplements clairsemés et ne saurait supporter les taillis denses formés par le Chêne vert. Il n'a donc pu s'étendre que par suite de la destruction de la forêt de Chêne vert originelle et celle-ci tend à reprendre son ancien domaine. Ainsi la Suveraie est rare aux Îles d'Hyères où la Yeuseraie s'étend. Dans la presqu'île de Sicié les Chênes-liège ne persistent plus qu'à proximité des agglomérations : leur exploitation a cessé dans l'intérieur du massif où la Yeuseraie tend à s'étendre.
Très démonstrative est à ce sujet la carte de l'Isthme de Giens dont la formation ne remonte guère au-delà de quelques siècles avant notre ère. C'est le taillis de Chêne vert et non de Chêne-liège qui tend naturellement à s'emparer de ce substratum récent. La forêt de Chêne vert est donc bien le « climax » c'est-à-dire le terme extrême de l'évolution de la végétation sur le littoral des environs de Toulon.
L'action destructive de l'Homme a conduit à une évolution différente des associations végétales en Provence cristalline et en Provence calcaire. Sur les terrains cristallins, après la forêt originelle de Chêne vert ou la forêt de substitution avec le Chêne-liège, le maquis élevé à Bruyère arborescente et Arbousier s'est étendu ; détruit à son tour par les incendies répétés, il cède le terrain à des Cistaies puis à des pelouses rases riches en espèces intéressantes pour le Botaniste mais économiquement sans valeur. L'éviction des Chênes a favorisé l'extension des Pins, Pin maritime surtout et, sur les sables littoraux, Pin Pignon.
En terrain calcaire c'est la garrigue à Chêne kermès ou à Romarin et le Pin d'Alep qui ont remplacé le taillis de Chêne vert originel ; puis sont venues des « bauques » à Brachypodium ramosum, et le régime d'averses violentes caractéristiques du climat méditerranéen a conduit à la mise à nu des calcaires sous la forme de lapiaz ou d'éboulis stériles bien qu'ils abritent encore des espèces fort intéressantes pour les botanistes, par exemple l'Alyssum spinosum et le Brassica Robertiana des hauteurs dominant Toulon.
Les cartes présentées figurent avec précision l'aire occupée par ces diverses associations dans les régions étudiées des environs de Toulon. Elles donnent des indications intéressant la répartition d'un grand nombre d'espèces et seront très précieuses dans l'avenir pour préciser le sens de l'évolution du tapis végétal.
L'association végétale conçue comme la réaction naturelle de l'ensemble de la végétation à l'ensemble des conditions de milieu permet d'interpréter d'une manière rationnelle le problème capital des rapports de la Vie et du Milieu. Et l'on peut penser que cette connaissance permettra un jour une utilisation plus rationnelle des richesses naturelles, jusqu'ici exploitées comme si elles étaient inépuisables, ce dont on a de plus en plus de raisons de douter.
(Extrait du Bulletin N° 95 - Mai 1956).
Nouvelles additions à la flore du département du Var, par MM. René MOLINIER et Léon MERCURIN.
- Anacyclus radiatus Lois. - Abondant entre Lagoubran et La Seyne ; commun aux environs de Six-Fours, Sanary, Ollioules.
- Cheilanthes fragrans (L.) Webb et B. - Commun sur la presqu'île de Sicié, sous N.-D. du Mai, sur phyllades. Abonde sur les tufs calcaires un peu au Sud de Belgentier.
- Crataegus Azarolus L. f. ruscinonensis Gren. et Bl. - Surtout cultivée et rarement subspontanée dans le Var : St-Cyr : un gros pied à la Malissonne ; presqu'île de Sicié : plusieurs pieds dans le maquis à Erica arborea et Calycotome spinosa entre Talian et N.-D. du Mai, vers 250 m. d'altitude.
- Crucianella angustifolia L. - Cap Sicié : éboulis à Oryzopsis coerulescens sous N.-D. du Mai ; Gros Cerveau ; Baou de 4 Ouro.
- Hyparrhenia hirta (L.) Etapf. f. pubescens (Vis.) Maire et W. (Andropognon pubescens Vis). - Cap Sicié : sous la batterie du Peyras. Entre Saint-Cyr et le Caunet. St-Cyr-les-Lecques, au Port d'Alon.
- Lavatera maritima Gouan. - Cap Sicié : abonde sur les phyllades sous la batterie du Peyras.
(Extrait des Annales N° 9 - 1957).
ROBERT, botaniste Toulonnais, pionnier du reboisement du Faron, par A. ZACCARIE.
(...) Sa lettre de démission, adressée au Maire de Toulon le 10 octobre 1851, est un testament légué aux botanistes toulonnais. La voici in extenso :
« Monsieur le Maire,
« Je regrette infiniment que mes facultés ne me permettent pas de continuer une opération que j'aurais voulu accomplir et que j'aurais dû commencer il y a vingt ans. J'aurais aujourd'hui l'avantage de jouir du résultat. En effet, ne serait-il pas agréable de voir la montagne du Faron couverte de verdure au lieu de rencontrer le sol qui laisse à découvert des rochers arides. Indépendamment des graines mentionnées sur mes états de t'armée dernière, J'ai semé une quantité d'autres espèces que j'avais en réserve de ma dernière récolte au jardin botanique et à Saint-Mandrier, je suis certain que sur cette quantité quelques-unes prospèreront et se propageront d'elles-mêmes.
« Dans quelques années, les personnes qui s'occupent des végétaux seront surprises de trouver sur cette montagne, jadis aride, des végétaux tout à fait étrangers au sol. Cette nouveauté attirera l'attention des amateurs. C'est de cette manière que la colline de Saint-Mandrier se trouve ornée d'une grande quantité de végétaux appartenant presque tous à des contrées lointaines. Il m'a fallu longtemps pour me procurer des graines que j'ai acquises souvent à mes frais, que j'ai semées au jardin botanique et que j'ai ensuite transportées à Saint-Mandrier.
Robert
(Extraits des Annales N° 11 - 1959).
La végétation des collines formant le cadre montagneux de Toulon, par René MOLINIER.
(...) Du point de vue botanique cet ensemble de collines se répartit naturellement en deux groupes : collines cristallines (Cap Sicié, Colle-Noire, Maurettes), collines calcaires (Gros-Cerveau, Croupatier, Faron, Coudon, Mont Caume).
LA VÉGÉTATION DES MASSIFS CRISTALLINS
Le massif du Cap Sicié a fait l'objet d'une étude antérieure (MOLINIER René : monographies phytosociologiques. La Végétation de la presqu'île du Cap Sicié (Var). Bull. Mus. Hist. Nat. Marseille T. XVI, 1956).
On y retrouve, naturellement, la végétation des Maures : liseré littoral à Oléastre, Myrte, Lentisque (Oleo-Lentiscetum) (Cette brousse littorale à Oléastre, Myrte, Lentisque est particulièrement développée sur la presqu'île de Saint-Mandrier et dans l'île du Grand-Rouveau ; dans cette dernière, en particulier, on se croirait dans des îles plus méridionales, Minorque notamment où les peuplements de ce type sont très étendus), Chênaie climacique de Chênes verts (Quercetum ilicis), Chênaie dérivée de Chênes-liège (Quercetum ilicis suberetosum), diverses formes de maquis : à Arbutus Unedo et Erica arborea, à Erica scoparia et Lavandula Stoechas, à Cistes, à Calycolome spinosa avec, dans les clairières, la pelouse à Helianthenum guttatum, association riche de ses nombreuses petites annuelles.
La forêt de Chênes verts n'existe plus que dans quelques vallons entre Six-Fours et Notre-Dame-du-Mai, dans la forêt de Janas et autour de Fabrégas.
La forêt de Chênes-liège se cantonne sur la bordure Nord du massif mais des îlots en sont conservés plus au Sud, sur les pentes de Notre-Dame-du-Mai ; ils témoignent d'une plus grande extension antérieure de cette forêt en rapport avec l'action humaine qui tendait sans doute a favoriser le Chêne-liège ; la ruine progressive de l'industrie du liège doit désormais favoriser l'extension des Chênes verts au dépend des Chênes-liège, à moins que le rythme des incendies ne conduise à l'élimination de l'un et de l'autre au profit des maquis.
Le Massif en est d'ailleurs à ce stade ; la carte de la végétation que j'en ai dressée montre l'énorme développement des Bruyères et surtout du Calycotome. Les petits massifs de Six-Fours et des Playes, un peu plus au Nord, présentent les mêmes caractères.
Pointe avancée vers l'Ouest de la Provence cristalline, le massif du Cap Sicié présente des termes de transition vers, la végétation de la Provence calcaire. Ainsi, le Pin d'Alep y est presque aussi répandu que le Pin maritime, alors qu'il est étroitement cantonné sur la périphérie du Massif des Maures. Sous un climat local probablement déjà déficitaire en ce qui concerne l'humidité, l'Arbousier et la Bruyère arborescente, sans être rares, y sont nettement moins abondants que dans les Maures ; ces deux espèces se retrouvent jusque dans la région de Marseille, mais y sont très localisées, surtout sur des sables dolomitiques et dans des fonds de vallons (le maquis à Arbutus et Erica arborea forme ainsi, dans les vallons qui accidentent les pentes de la cuvette du Beausset, des liserés continus frangeant la brousse à Oléastre, Myrte et Lentisque qui en occupe étroitement le fond).
Le Calycotome spinosa a une répartition analogue ; extrêmement abondant sur Sicié, il est disséminé sur les reliefs calcaires et disparaît aux environs de Cassis.
La Bruyère à balais (Erica scoparia) atteint également, mais disséminée, les environs de Marseille.
Voici quatre espèces très représentatives de la Provence cristalline dont les aires locales de répartition présentent les mêmes caractères : diminution de densité et de fréquence, disparition progressive lorsqu'on passe du cristallin au calcaire en s'éloignant vers l'Ouest et le Nord ; elles soulignent le caractère de transition de la végétation du Cap Sicié ; elles soulignent en même temps le passage du climat chaud et relativement humide de la Provence cristalline au climat plus xérique de la Provence calcaire.
Notons encore la présence, sur le cristallin de Sicié, de la garrigue à Chêne kermès (Cocciferetum) association cependant éminemment calcicole ; on l'observe notamment dans la région du Brusc et surtout sur les collines de Six-Fours et des Playes, où les trois chênes à feuilles persistantes de la Provence : Quercus ilex, Q. coccifera et Q. suber sont réunis, très localement il est vrai.
Enfin on observe, sur les pentes Nord de Notre-Dame-du-Mai, quelques rares îlots formés par l'association éminemment calcicole à Romarin avec notamment Globularia alypum et Fumana thymifolia ; ces ébauches de garrigues à Romarin, ou à Chêne kermès, sont des irradiations de la végétation provençale calcicole vers la Provence cristalline qu'elles ne pénètrent que sur ses bordures. Dans cette région du Massif de Sicié les végétations propres à la Provence calcaire et à la Provence cristalline s'interpénètrent soulignant ainsi le caractère de transition de la végétation de ce massif.
Quant au reste de la végétation de Sicié, nous en retiendrons seulement les quelques détails qui suivent. À l'île des Embiez et près du Brusc existe une curieuse pelouse rase à Allium chamæmoly, et Romulea columnae que j'ai retrouvée en quelques points du littoral entre la Nerthe (près de Marseille) et Saint-Tropez, et qui est beaucoup plus étendue en Corse et aux Baléares. Dans les fentes des rochers est une association particulière avec notamment, ici, Phagnalon saxatile, Lavatera maritima, Oryzopsis coerulescens, Andropogon hirtum, Grammitis leptophylla, Cheilanthes odora ; seules les deux dernières de ces espèces se retrouvent en région calcaire.
(Extrait des Annales N° 12 - 1960)
Les cistes, par L. MERCURIN.
Sur la partie méridionale du département du Var, les cistes ont une très grande place parmi les arbustes qui peuplent les garrigues, les maquis et les bois.
Dès le mois d'avril et jusqu'au mois de juin inclus, leur abondante floraison se déroule sur de vastes étendues malgré la fragilité et la fugacité des pétales. Sur chaque plant, l'extrémité de presque tous les rameaux porte une inflorescence dont les boutons s'épanouissent avec une succession qui prolonge la floraison ; dans la luxuriance printanière les cistes sont les plus actifs et les plus persévérants.
Ces arbustes sont si répandus et parfois si envahissants qu'on les néglige et les méconnaît. Les quelques particularités que nous allons rappeler nous engageront peut-être à mieux observer les broussailles que nous maltraitons en frayant notre passage dans les garrigues les plus obstruées.
On a dénombré vingt-cinq espèces très nettes de cistes au pourtour de la Méditerranée, dans l'Europe méridionale et en Asie occidentale. On trouve en France huit à dix espèces suivant l'acceptation ou le rejet par les auteurs de différenciations peu discernables ou instables. Le Var possède trois espèces très répandues de l'Ouest à l'Est et deux espèces localisées dans l'Estérel ; l'une de ces dernières (le ciste crispé) présente quelques spécimens à Bormes, à La Londe et peut-être aux Sablettes de La Seyne, si le développement des constructions ne l'a pas éliminé.
Nous décrivons sommairement les deux cistes à fleurs pourpres et les trois espèces à fleurs blanches de notre région.
1. Le Ciste blanc (Cistus albidus L.), en provençal : Messugo blanco.
2. Le Ciste à feuillage crispé (Cistus crispus L.)
3. Le Ciste de Montpellier (Cistus Monspeliensis L.), provençal : Messugo negro.
4. Le Ciste à feuilles de sauge (Cistus salviæfolius L.), Provençal : Messugo tarebou.
5. Le Ciste ladanifère (Cistus ladaniferus L.). Provençal : Messugo cerviero.
Les cistes croissent souvent ensemble à deux ou trois espèces et s'hybrident facilement en pleine nature. Comme ils produisent des feuilles dissemblables, au printemps et en été, la découverte et la détermination des hybrides est malaisée. Les croisements peuvent être obtenus artificiellement. De 1860 à 1875 M. Ed. Borné a créé de très nombreux hybrides dont deux cent trente-quatre ont donné des graines. Le ciste ladanifère a produit des hybrides avec dix-sept autres. Le ciste à feuille de sauge peut se croiser avec l'Hélianthème à feuilles d'Halime. (Helianthemum halimifolium Willdenow). La plupart des types ainsi créés peuvent se croiser avec l'un des parents ou entre eux.
Cette extrême diversité doit nous engager à observer les cistes au cours de nos randonnées.
Nous avons vu que quelques espèces exhalent une odeur balsamique, parfois un peu rude, et exsudent une résine poisseuse par leurs feuilles. Ces émanations sont très actives en été. Dès l'Antiquité ce suc gommeux, sous le nom de ladanum (Ne pas confondre avec le laudanum extrait de l'opium) a été utilisé dans la composition d'encens, de parfums et de médicaments. Provenant de la Perse, l'usage s'est répandu dans le Proche-Orient et, particulièrement, en Grèce. L'emploi du ladanum s'est poursuivi depuis pour être abandonné, surtout médicalement, au dix-neuvième siècle.
La récolte la plus active s'effectuait dans 1'lle de Crête sur un ciste à fleurs rouges, le Ciste de Crête (Cistus cretica L.).
Dans les débuts, on se contentait de peigner les chèvres dont les poils avaient retenu la résine à travers les cistes. Plus tard, on a employé la méthode suivante : pendant les journées calmes de forte chaleur on passait en tous sens au-dessus des arbustes des sortes de râteaux pourvus de lanières de cuir ; il suffisait ensuite de racler ces lanières. La récolte d'un homme dans la journée atteignait le poids de 1 kilo environ.
Le ladanum, d'une consistance plus ou moins visqueuse et poisseuse, était enveloppé dans des peaux ou des vessies. Dans un deuxième procédé, on le séchait en bâtons plus ou moins roulés.
Sous ces deux formes, le produit passait dans le commerce. Le ladanum a été de tous temps falsifié à des degrés divers et parfois d'une manière excessive. Sur le lieu de la récolte, on y mêlait un sable noirâtre très ténu, indécelable à la vue. Les analyses ont donné jusqu'à 72 %. de sable alors qu'un produit honnête contenait jusqu'à 93 % de résine et produits volatils.
Presque tous les cistes à feuillage visqueux produisaient du ladanum, tels le Ciste ladanifère et le Ciste de Montpellier.
En Espagne, on procédait à des décoctions prolongées de la plante pour recueillir les sucs qui surnageaient.
La médecine a longtemps utilisé le ladanum combiné à divers éléments. On lui attribuait des vertus astringentes, toniques, vulnéraires, résolutives, émollientes, etc... On l'administrait soit par ingestion dans divers mélanges soit à l'extérieur en cataplasmes. Les recettes préconisées jusqu'au dix-huitième siècle étaient parfois dangereuses ou répugnantes ; le ladanum était associé à des ingrédients plus que douteux.
La pharmacopée enseignait même l'utilisation d'une petite plante parasite sur les racines de Cistes : le Cytinet hypociste (Cytinus hypocistis L.). C'est une brillante inflorescence entièrement rouge et jaune ; elle émerge du sol sans dépasser la hauteur d'un décimètre environ. Elle est dépourvue de toute odeur balsamique. On lui attribuait les mêmes propriétés médicales qu'au ladanum mais on y ajoutait dangereusement des cantharides.
Le ladanum brûle en dégageant une fumée abondante. On peut rendre les cistes en partie responsables de la rapide propagation des incendies qui dévastent les collines provençales. En été, sous le couvert de ces arbustes mêlés ou non à d'autres essences, l'air est immobile et la température plus élevée qu'aux alentours. Parfois, au-dessus de ces broussailles, par temps calme, le mouvement ascendant de l'air surchauffé est visible par une sorte de frissonnement que produit la réfraction des rayons visuels. Les fermentations végétales en air confiné peuvent déclencher des incendies. La destruction des granges par le feu se produisait avant l'utilisation de l'électricité aux courts-circuits néfastes. En particulier, les trèfles imparfaitement secs se détériorent rapidement sous une grande masse. Des phénomènes naturels d'électricité statique avec de petites étincelles crépitantes ont été souvent constatés par déplacements d'objets primitivement en contact. Dans un buisson, ce mouvement peut être provoqué par un animal. Ainsi les conditions d'un déclenchement spontané d'incendie peuvent être réalisées.
Ces considérations rendent plus désirables les débroussaillages si souvent recommandés.
BIBLIOGRAPHIE
(Extrait des Annales N° 14 - 1962).
Additions au Catalogue des plantes vasculaires du département du Var d'Albert et Jahandiez, par L. MERCURIN.
Au cours des herborisations de ces dernières années la section « Botanique » de notre Société a noté de nouvelles stations de plantes peu répandues et situé avec plus de précision des espèces communes mais non abondantes.
La liste que nous donnons ci-après peut compléter le catalogue des plantes vasculaires du département du Var par Abel Albert et Emile Jahandiez.
(Extrait des Annales N° 15 - 1963).
Nouvelles stations pour la flore du département du Var, par R. LOISEL et M. BARBERO
Diverses herborisations dans le département du Var nous ont permis de préciser la distribution de certaines espèces.
Il nous a paru intéressant de publier la liste des nouvelles stations, qui pourra compléter le catalogue d'Albert et Jahandiez ainsi que les diverses additions faites à ce jour.
(Extrait des Annales N° 17 - 1965).
La chartreuse de La Verne, commune de Collobrières (Var) (1170-1792), par Pierre GRIMAUD.
(...) Notons toutefois d'une manière générale que la dénomination du lieu « La Verne » a suscité diverses querelles quant à son origine.
(...) Diverses étymologies pour la plupart fort savantes ont été proposées quant à l'origine de ce nom. Ici comme dans beaucoup de cas semblables il paraît raisonnable de s'en tenir à l'humble mais solide usage populaire. « Verne » (en provençal « la Verno ») est le nom courant donné à l'arbuste : aulne glutineux (Alnus glutinosa).
Bien qu'on ne le rencontre guère aux alentours mêmes de la Chartreuse, les deux rives profondément encaissées du torrent de la Verne qui coule à ses pieds depuis le plateau de Lambert jusqu'au village de La Môle en sont abondamment garnies. D'où l'origine de l'appellation locale bien préférable à tant d'hypothèses tarabiscotées.
Le nom de La Verne se retrouve d'ailleurs dans de nombreux quartiers des Maures. Outre La Verne de Collobrières qui nous occupe, on note en effet :
Tous lieux caractérisés évidemment par leurs plantations de « vernes ».
A. Dauzat, dans son « Origine des noms de lieux » donne d'ailleurs la même conclusion quant à l'origine de nombreux « lieux dits » répandus dans toute la France.
(Extrait des Annales N° 18 - 1966).
Éléments biogéographiques de la flore du département du Var, par R. LOISEL et M. BARBERO.
- Astragalus tragacantha : (Carte n° 2). Le Cap Sicié et la plage de Fabrégas constituent les localités les plus orientales de cette astragale que l'on rencontre aussi dans les départements des Bouches-du-Rhône, de l'Hérault, de l'Aude et des Pyrénées-Orientales. Caractérisant l'Astragaleto-Plantaginetum subulatae (MOLINIER 1934), elle végète aussi en Sicile, Tunisie, Sardaigne et Corse.
- Statice girardiana : (Carte n° 5). La station des Sablettes près de La Seyne est la plus orientale de cette Plumbaginacée.
- Pennisetum longistylum Hoch., originaire d'Abyssinie, était signalé en 1908 dans la région de Fréjus, d'Hyères et de Carqueiranne. Il se trouve aujourd'hui à Reynier (près de La Seyne), sur les pentes méridionales du Mont-Faron et à Puget-Ville.
(Extrait des Annales N° 18 - 1966).
Participation de la Société aux manifestations organisées en vue de la Protection de la Nature, par le Dr ANDRÉ.
Les 15 et 22 novembre se sont déroulées dans les environs de Toulon, deux journées de reboisement auxquelles ont participé la municipalité toulonnaise, la direction des Eaux et Forêts, et de nombreuses sociétés culturelles de la ville. Dans la forêt de Janas, à La Seyne, 700 pins et eucalyptus furent replantés le 15 sur une zone récemment incendiée. Au sommet du Faron, près d'un millier de volontaires, et parmi eux de nombreux élèves des écoles, etaient réunis le 22 pour planter les 300 pins d'Alep, pins laricio, et Eucalyptus gunnii, fournis par l'Office National des Forêts. Ce même soir, le colonel BESSON et M. RAFANEL, organisèrent une causerie sur la vie et la protection des oiseaux et projetèrent, salle Mozart, de nombreuses diapositives qui obtinrent un franc succès.
(Extrait du Bulletin N° 191 - Novembre-Décembre 1970).
Excursion du 21 mars 1971 à Tamaris (jardin exotique de Michel Pacha), par le Dr ANDRÉ.
C'est sous une pluie battante que nous nous trouvions réunis, en ce premier jour de printemps, devant la propriété de M. le Comte de PIERREDON qui avait bien voulu nous permettre de visiter le jardin exotique créé par son aïeul, Michel-Pacha, dans les années 1880. Il avait délégué pour cette visite M. Maurice TOMASI dont l'amabilité fut extrême et que nous remercions très vivement.
Michel-Pacha avait dirigé la construction des quais de Constantinople et des phares de l'Empire ottoman. Revenu au pays natal, il fit oeuvre de philanthrope, et parmi de nombreuses réalisations, aménagea la corniche de Tamaris qui lui rappelait la Corne d'Or, et où il réunit, dans un parc, de nombreux arbres exotiques.
Une véritable palmeraie associe une centaine de Phoenix (dactylifera et canariensis) aux Chamaerops et aux Pritchardia. Nous retiendrons surtout d'elle un Cocotier du Chili (Juboea spectabilis) au tronc puissant. Le plus bel élément du jardin est un Camphrier du Japon (Cinnamonum camphora) haut d'une douzaine de mètres, qui a proliféré et donné de multiples rejets ; il est spectaculaire et plus puissant que les deux autres reconnus à Saint-Mandrier et Hyères.
Du maquis de mimosas, pittosporées, eucalyptus, émergent de magnifiques cèdres. Mais notre curiosité a été surtout éveillée par la présence de deux arbres touffus, à feuilles persistantes, très vertes, lancéolées, piquantes, alternes, non distiques, longues de plusieurs centimètres, qui nous paraissent être des Podocarpus macrophylla (conifère de la famille des taxacées.) et qu'il conviendra de revoir avec leurs fruits.
(Extrait du Bulletin N° 193 - Mars-Avril 1971).
Une opération de reboisement de la forêt de Janas, les 14 et 28 novembre 1971, et du Faron le 21, s'est effectuée dans d'excellentes conditions. À Janas, 100 eucalyptus et 500 pins ont été mis en terre. Au Faron les 80 eucalyptus plantés l'an dernier ayant donné des mécomptes (sol trop calcaire, entretien difficile) ont été remplacés par des cèdres et des pins d'Alep, et un complément de plantation a été effectué. Nous félicitons l'Office National des Forêts, l'U.S.A.L. Var, et tous ceux qui ont participé à ces journées (particulièrement M. Pierre BRESSY), pour leurs efforts et leurs réalisations.
(Extrait des Bulletin N° 197 - Novembre-Décembre 1971).
La végétation du massif cristallin des Maurettes (Var), par P. MOUTTE.
(...) le massif des Maurettes présente un intérêt phytogéographique, car il n'est distant que de quelques kilomètres des collines calcaires du cadre montagneux de Toulon.
Les conditions climatiques générales établies sur ces deux ensembles voisins sont peu différentes. Le gradient général d'accroissement de température et d'humidité existant sur le littoral de Marseille vers Nice subit de très faibles écarts de Toulon vers Hyères : le Cap Sicié et Toulon reçoivent en moyenne 700 mm d'eau de pluie par an, Hyères et les Maurettes sont guère plus arrosées (800 mm environ) ; les deux zones sont soumises à l'effet asséchant du mistral qui ne faiblit que plus à l'Est sur le littoral (côtes à l'Est du Lavandou) où l'humidité atmosphérique et les pluies augmentent.
Il sera donc intéressant de bien noter les changements apparus qualitativement ou quantitativement dans la composition du tapis végétal selon que l'on sera, dans cette zone (Toulon-Hyères) à climat quasi homogène, sur substrat calcaire ou non : la végétation des collines calcaires nord-toulonnaises a été étudiée par Molinier René (1960) qui a également décrit (1956) celle couvrant le Cap Sicié, massif cristallin fermant à l'Ouest la rade de Toulon. Les comparaisons entre ces deux ensembles et celui des Maurettes nous permettront peut-être de savoir quels sont, parmi certains changements observés dans la végétation entre la Provence calcaire et la Provence cristalline, ceux qui sont imputables aux seuls facteurs édaphiques ou aux seuls facteurs climatiques.
(...) Autour des replats terreux colonisés par le climax, les fentes des rochers du Fenouillet portent un groupement permanent et que semblent caractériser localement Phagnalon saxatile et Oryzopsis coerulescens ; près du relevé précédent les rochers d'exposition SW, lisses, tout bariolés de lichens, présentent dans leurs fentes verticales la flore suivante : (pente 30 à 50°).
ainsi que : Nardurus Lachenalii, Antirrhinum orontium et Briza media : 1.2 ; Dactylis glomerata, Trifolium arvense, Silene quinquevulnera et Pistacia lentiscus : +.
Phagnalon saxatile et Oryzopsis coerulescens rapprochent plus ce groupement de celui des fentes de rochers exposés au Sud décrit par Molinier René sur silice au Cap Sicié (1956) que de l'association à Buffonia Willkommiana et Linaria galioides décrite par Loisel (1968-70) (...).
Le maquis à Calycotome épineux existe sur les coteaux d'adret autour du Mont Fenouillet, parcourus il y a cinq à six ans par un violent incendie ; il s'agit d'un maquis où l'Arbousier est assez rare, la Bruyère arborescente encore présente et les Cistes déjà nombreux ; le tout piqueté de Chênes-liège protégés de l'incendie par leur épaisseur de liège, mais qui ont souffert par brûlure du feuillage ; un tel maquis à Calycotome pourrait être, au cours de la régression de la suveraie par incendie, un stade de transition entre le maquis haut, voire même la suveraie sèche, et les Cistaies. Ce type de maquis a déjà été décrit par René Molinier (1956) au Cap Sicié, et nous le connaissons de nombreux autres points des Maures, notamment des adrets entre la Garde Freinet et Grimaud, où il est sous Chênes-liège. (...).
Les cistaies. Si l'ampleur et la localisation des Cistaies ne nous ont pas surpris, par contre leur composition floristique, comparée à celle des autres cistaies des Maures, nous est apparue très originale par sa richesse en espèces réputées calcicoles, telles le Romarin, le Chêne kermès et le Brachypode rameux, sur un substrat essentiellement privé de calcaire. Déjà René Molinier (1956) avait effectué la même constatation au Cap Sicié (...).
Il est intéressant de constater que le Cap Sicié et Port-Cros sont des zones où passe l'isohyète de 700 mm, et que les Maurettes, où ces espèces sont plus abondantes sur les crêtes et en adret qu'en ubac, ne reçoivent pas plus de 800 mm d'eau par an, et sont également soumises au mistral (...).
L'originalité de certains de ces groupements a été soulignée en ce qui concerne la présence en leur sein d'espèces réputées, à tort sans doute, comme calcicoles. La présence du Romarin, du Chêne kermès et du Brachypode rameux au milieu d'une végétation strictement liée à la silice nous oblige donc à chercher dans les facteurs climatiques l'explication de leur plus grande abondance dans les massifs cristallins de l'Ouest des Maures (Cap Sicié, Maurettes, Port-Cros) que dans le reste du massif et je pense que les faibles précipitations locales et la sécheresse de l'air en sont la cause. Il y a donc, ainsi que l'a souligné fortement René Molinier à propos des mêmes constatations effectuées au Cap Sicié, à revoir les notions de plantes calcicoles et calcifuges ; ceci ne peut se faire que si les aires de répartition des espèces sont connues, et montre l'intérêt de la cartographie détaillée de la végétation.
(Extrait des Annales N° 23 - 1971).
Variétés entomologiques et botaniques.
M. COLAS signale la recrudescence d'activité de la section entomologique, passée de 14 à 21 membres. Il présente à cette occasion un bel insecte noir d'Amérique du Sud, friand de bananes.
Il signale d'autre part l'existence à La Seyne, quartier Brémond, d'un lentisque géant de 12 m. de haut et 2 m. 30 de tour, qu'il y aurait intérêt à protéger, et qui serait en voie d'être classé grâce à M. HUGONNET, délégué de la municipalité de La Seyne à l'environnement.
(Extrait du Bulletin N° 205 - 4e trimestre 1973).
Essai d'inventaire des plus beaux et plus vieux arbres varois, par le Docteur Louis ANDRÉ.
Lentisques
Pistacia lentiscus est une espèce très répandue en Provence où il ne dépasse généralement pas les dimensions d'un arbuste. Or, un exemplaire remarquable, à fleurs femelles, mérite d'être cité et protégé. Situé au quartier Brémond, à La Seyne, au bord du chemin de Carrière, il mesure 8 m de haut environ, 2 m 50 de circonférence. Son feuillage touffu et son port penché le signalent au passant. Il a été étayé par les soins de la municipalité, mais, parasité par un polypore, il paraît avoir un avenir bien compromis.
Peupliers
Chacun de nous est sensible au charme des peupliers, dont les feuilles légères frissonnent au moindre vent et dont les jeux de lumière ont tenté bien des peintres. L'espèce « tremble » (P. tremula) présente ces caractéristiques au plus haut point, et nous choisirons, parmi ses plus remarquables exemplaires, les deux centenaires de Sillans, domaine du comte de Castellane, jumelés le long du chemin de la cascade.
L'espèce pyramidalis, ou peuplier d'Italie, est encore plus ornementale avec son port en fuseau et sa taille qui atteint 30 m dans la forêt de Janas à La Seyne, autant et plus à Sauvebonne près du pont du Réal Martin, ou à Ramatuelle près de l'orme « de Sully ».
Platanes
Pl. acerifolia est banal sur nos routes et avenues, mais il s'y présente parfois sous une apparence qui soulève l'admiration. Les Excurs Toulonnais citent, pour le Var, 30 de ces arbres dont la circonférence dépasse 4 m.
La palme revient à celui de Barjols, place de l'Hôtel de Ville. C'est « le plus gros de France » (Jahandiez), avec ses 9 m 15 de tour à 1 m du sol et 12 m 25 à la base.
Retenons parmi les plus de 7 m de tour celui de Besse au bord du lac, et parmi les plus de 6 m ceux de Pignans, Lorgues et Varages. Aussi majestueux paraissent ceux de Belgentier, près des tanneries Arnaud, dans leur cadre XVIIIe. Toulon en possède une magnifique collection, avenue Lagane (7 m), boulevard Fisquet, avenue du Jonquet, jardin Janvier...
Plus intéressants à connaître que leurs mesures seraient leurs dates de plantation. Nous faisons remonter ces « très gros » à la deuxième moitié du XVIIIe siècle, car la date d'introduction de l'arbre en Provence serait de 1754. Ceux du cours Louis Blanc à La Seyne dateraient de 1774 (L. Baudouin).
Camphriers
Arbre exotique par excellence, Cinnamorum camphora a réussi à s'implanter en quelques rares exemplaires dans la région.
Le plus majestueux est celui du jardin du comte de Pierredon, à Tamaris, ex-jardin Michel-Pacha, créé dans les années 1880. Haut d'une quinzaine de mètres, il a donné de multiples rejets qui pourraient permettre sa propagation. Nous lui avons trouvé un tour de 3 m 10, en mai dernier, avec M. Mercurin.
Citons pour mémoire celui de l'ancien Hôpital de la Marine, à Saint-Mandrier, dont il conviendrait de retrouver la date de plantation, et celui du jardin du Lycée Agricole d'Hyères.
(Extrait des Annales N° 27 - 1975).
Un gland inhabituel. M. Raymond NARDI transmet à la Société, de la part de M. Guy COLAS, l'observation faite, dans la forêt de Janas, de quelques exemplaires d'un chêne chevelu que l'on pourrait, à première vue, considérer comme Quercus cerris L. Un gland de ce chêne, présenté en séance, est remarquable par l'originalité de sa cupule, de 6 à 7 cm de diamètre sur 5 à 6 de haut, couverte d'écailles longues, linéaires et tortillées, et qui pèse, sèche, 35 à 40 grammes.
Il s'agit plutôt, cependant, de Q. Aegilops Mill. - Q.Velani Oliv., dont il n'existe que de rares pieds en Provence (signalé à Évenos et à Grasse).
Extrait du Bulletin N° 215 - 3e et 4e trimestres 1976).
NB. Nous avons retrouvé une mention plus ancienne de cette espèce particulière de chêne dans un compte-rendu d'excursion en forêt de Janas (9 février 1936) de la Société d'Histoire Naturelle de Toulon.
Une dizaine de membres ont parcouru les bois de Janas, près La Seyne, et sont revenus par le chemin qui longe la falaise depuis le cap Sicié jusqu'à l'anse de Fabrégas. Le groupe a retrouvé la station de Quercus aegilops, le Chêne Velani. M. Jahandiez a pu réunir les précisions suivantes sur cet arbre:« Ce chêne remarquable originaire d'Orient, de Grèce et du Sud de l'Italie, aurait été introduit, de semis, dans la forêt communale de La Seyne en 1850 par l'inspecteur des forêts Vincent qui participa si largement aux reboisements du Faron où il introduisit aussi cette espèce une dizaine d'années plus tard, et que nous avons vue sur les crêtes en 1914. Avant ces dates, le Q. aegilops a été cultivé au jardin botanique de la Marine à Toulon d'où il fut transporté en 1849 à celui de St-Mandrier.
« Ce chêne a été confondu quelquefois avec le Q. Cerris L. « qui existe spontané dans l'Ouest et l'Est de la France. Ces deux arbres possèdent des feuilles caduques ou marscescentes et sensiblement différentes, mais c'est surtout leur fructification qui permet facilement de les distinguer.
« Dans le Q. aegilops les cupules très grosses atteignent souvent 4 à 6 cm. et plus de diamètre, elles sont couvertes d'écailles longues de 15 à 20 mm., larges de 3 à 4 mm. ; le gland ombiliqué dépasse à peine d'un tiers la cupule, plus large que longue.
« Le Q. Cerris possède des cupules hémisphériques, larges de 2 à 3 cm., hérissées d'écailles étroites, molles, presque filiformes, étalées ou recourbées ; le gland dépasse d'une moitié la cupule.
« Les larges cupules du Q. aegilops, riches en tanin, sont l'objet d'un commerce assez important sous le nom de Vélanèdes, nous en avons vu, il y a longtemps, des centaines de sacs sur les quais de Smyrne; on les utilise pour la tannerie et la teinture en noir. Ses glands sont consommés en Grèce et en Asie-Mineure, de même que ceux du Q. ilex L. var. Ballota DC, en Espagne et dans l'Afrique du Nord, ils entrent aussi, torréfiés, dans la préparation du Racahout, en mélange avec du sucre et du chocolat ».
(Extrait des Annales N° 20 de la SHNT, pp. 19-20 - 1936).
Excursion du 16 décembre 1979 dans la presqu'île de Sicié, par M. MARVILLE.
Ce jour-là, un groupe de sociétaires parcourut le massif cristallin du Cap Sicié, partant de Six-Fours et rentrant par La Seyne. Une route en corniche facilite l'accès de la presqu'île. Il faisait frais, mais assez beau, et l'on put à loisir observer les schistes verts et les phyllades qui constituent ici les roches dominantes.
Aussi intéressante est la végétation de cette zone en hiver, en majeure partie constituée d'espèces à feuilles persistantes : Pins d'Alep, chênes verts et chênes lièges parmi les arbres, sumacs, arbousiers et bruyères multiflores chez les arbustes. Près du sol, le fragon, la fougère capillaire noir, le crithme maritime, la lavatère maritime, la roquette de mer. On ne peut que déplorer les trop nombreuses zones de « mort bois » sur les lieux dévastés par les incendies. Ce fut une sortie agréable, à renouveler à la belle saison.
(Extrait du Bulletin N° 225 - 1er trimestre 1980).
Les Eucalyptus de la région de Toulon, par François PAILLER.
(...)
EUCALYPTUS MAC ARTHURI Den et Maiden.
Arbre de 12 à 14 mètres originaire du sud-est de l'Australie à écorce persistante grisâtre.
Les feuilles juvéniles opposées, sessiles, largement obtuses à la base sont étroitement lancéolées au sommet, larges de 5 à 15 mm, elles sont caractéristiques de l'espèce.
Les feuilles adultes alternes pétiolées légèrement falciformes sont larges de 1-2 cm - longues de 15-20 cm.
Les fruits petits, 6 mm, presque sessiles sont groupés 3 à 7 sur un pédoncule de 5-12 mm anguleux.
Il a été implanté à titre expérimental sur plusieurs hectares aux environs de Pierrefeu, au plateau de Lambert ; on peut en voir de beaux exemplaires dans l'ancien arboretum du Ravin des Caunes, ainsi qu'à la maison forestière de Janas.
(Extrait des Annales N° 32 - 1980).
La fleur du mois : la Lavatère maritime, par M. PAILLER.
Le printemps ayant daigné faire son apparition, en cherchant l'Euphorbe arborescente dans les falaises de Sainte Marguerite, M. PAILLER a pu dénicher la fleur du mois, la Lavatère maritime (Lavatera maritima Lin.), intéressante à plus d'un titre : elle est, en effet, considérée comme rare en France, cantonnée le long du littoral méditerranéen et en Corse, et dans le Var on ne la trouve qu'aux environs immédiats de Toulon, surtout au Cap Sicié ; sa fleur, très belle vue de près, ne se remarque guère.
Cette plante appartient à la famille des Malvacées dont sa fleur, blanc-rosé maculé de pourpre, présente toutes les caractéristiques : 5 pétales et, au centre, une colonne formée de la soudure des filets de nombreuses étamines, recouvrant l'ovaire et renfermant le style qui émerge au-dessus des étamines où il épanouit plusieurs stigmates filiformes, un calice à 5 lobes doublé d'un calicule à 3 divisions ; le fruit est formé de nombreuses carpelles en forme de galette autour d'un axe central saillant et conique.
Le genre Lavatera n'est représenté en France que par 6 espèces, toutes dans le Var, dont 3 arborescentes (L. arborea, olbia et maritima).
La famille des Malvacées comprend un millier d'espèces dont les genres Hibiscus, Abutilons et les Mauves ; la plante la plus importante en est le Cotonnier (du genre Gossypium de la tribu des Hibiscées) ; parmi les Mauves, deux sont connues pour leurs propriétés émollientes : la Guimauve (Althaea officinalis) et la Mauve commune (Malva silvestris).
Parmi les familles voisines des Malvacées (de l'ordre des Malvales), il faut citer le monstrueux Baobab africain (Adansonia digitata) de la tribu des Bombacacées, sans commune mesure avec notre discrète et délicate Lavatère des falaises les plus sauvages de la région toulonnaise.
(Extrait du Bulletin N° 229 - 2e trimestre 1981).
La flore des environs de Toulon vue par GEORGE SAND, et illustrée par l'herbier Léon MERCURIN, remarquable exposition botanique organisée dans la grande salle du Muséum jusqu'en mars 1982 par M. RISTERUCCI, Conservateur. Elle a été inaugurée le 24 novembre par M. ARRECKX, maire de Toulon et Ie Dr TRUCY, en présence de M. MERCURIN lui-même, devant une nombreuse assistance où notre Société et l'Académie du Var étaient largement représentées. Comme le conte avec beaucoup de verve, dans le catalogue de l'exposition, M. JEAN, de l'Académie du Var, George Sand, convalescente d'une grave maladie, séjourna plus de deux mois à Tamaris, en 1861 ; de ce séjour et des promenades faites dans la région, elle tira deux romans : « Tamaris » (1862) et « Confession d'une jeune fille » (1865), dans lesquels la romancière, excellente botaniste, cite très souvent plantes et arbres significatifs de notre région ; ces plantes sont illustrées par une soixantaine de belles planches d'herbier réalisées par M. MERCURIN et les arbres par des photographies remarquables du même botaniste ; il appartenait à M. R. NARDI, de l'Académie du Var, de retracer les grandes heures et les grands noms de la Botanique à Toulon depuis plus d'un demi-siècle, ainsi que la carrière exemplaire de M. MERCURIN, entré dès 1927 à la Société d'Histoire Naturelle de Toulon et aujourd'hui encore membre de notre Société qui en fut l'héritière ; éminent botaniste, correspondant du Muséum d'Histoire Naturelle, il a réalisé des milliers de planches dont 4 000 se retrouvent dans différents musées de France. Le botaniste et l'orateur furent chaleureusement applaudis.
(Extrait du Bulletin N° 230 - 3e et 4e trimestres 1981).
La Coronille à rameaux en forme de joncs, par M. PAILLER.
La sècheresse exceptionnelle qui dure depuis la mi-décembre dans notre région n'a guère favorisée les grandes floraison (amandiers, mimosas) ; cependant M. PAILLER et le groupe botanique ont pu voir début février les premières fleurs de Coronilla juncea L. (Ginesto fero en provençal) à Port d'Alon, au Gros Cerveau et sur les pentes du Faron, alors que sa floraison n'est prévue dans les Flores qu'en mars.
Cette Coronille en forme de jonc doit retenir notre attention car il s'agit d'une véritable espèce provençale ; hors du Var, on ne la trouve que dans les deux départements côtiers voisins et aussi sur tout le pourtour ouest du bassin méditerranéen. Elle semble avoir une préférence pour les collines calcaires du sud du département de La Cadière à Hyères et au Luc (Jahandiez), la station la plus importante étant au Cap Sicié, au-dessous de N.-D. du Mai, aux côtés de Lavatera maritima, bien qu'il s'agisse d'un terrain non calcaire.
Coronilla juncea est un sous-arbrisseau (moins d'un mètre) remarquable par ses rameaux verts, arrondis et effilés semblables à des joncs, caractéristique de l'espèce (juncea = en forme de jonc) ; les feuilles caduques sont épaisses, courtes, linéaires à 2 ou 3 paires de folioles dont une terminale. Les fleurs petites d'un beau jaune vif sont groupées de 5 à 10 en couronne, caractéristique du genre (corona = couronne), au sommet d'un pédoncule plus long que la feuille située à sa base ; l'organisation florale est celle des papilionacées soit 5S + 5P + (5 + 5) E et 1 carpelle ; le calice est court à 5 dents, dont 2 supérieures soudées ; la corolle, comme celle des pois de senteur, comporte un étendard, 2 ailes et une carène courbe à bec pointu, soit 5 pétales dont les onglets égaient la longueur du calice ; les étamines au nombre de 10, sont du groupe « diadelphes », c'est-à-dire que les filets de 9 sont soudés en un tube fendu sur le côté laissant libre la dixième ; le style surmonte un carpelle unique avec un ovaire supère et libre.
Le fruit est une gousse, caractère de toute la famille des papilionacées et de l'ordre des Légumineuses ; il est pendant, arqué, composé de 2 à 7 articles quadrangulaires se séparant à maturité en laissant échapper des graines obliques, lisses, noirâtres non albuminées.
Notre coronille appartient donc à la famille des Papilionacées dont nous avons déjà eu l'occasion, dans la description d'autres espèces, de signaler l'importance numérique dans le monde et surtout l'intérêt économique, ainsi que la toxicité de certaines espèces à certains moments de leur développement ; signalons simplement que le genre coronille ne compte lui que 50 espèces surtout méditerranéennes (9 en France et 4 dans le Var) et qu'il est également toxique.
(Extrait des Annales N° 35, fascicule 1 - 1983).
Présentation en diapos de quelques plantes rares, par MM. HERVÉ et PAILLER.
M. HERVÉ, bien qu'entomologiste, fait aussi de la botanique et a réuni dans un petit parc privé de Vert-Côteau, appartenant à son frère, plusieurs espèces méditerranéennes intéressantes ou rares qui ont prospéré et se reproduisent naturellement et il les a photographiées aux divers stades de leur évolution. M. PAILLER nous commente ces diapos concernant trois espèces :
(...)
Urgina maritima Baker, une sorte de grande scille, si rare dans le Var qu'elle n'a pas été revue depuis longtemps dans la seule station connue des Sablettes à La Seyne.
(Extrait des Annales N° 35, fascicule 2 - 1983).
Sortie botanique en forêt de Six-Fours du 17 mars 1985, par M. FERLIN.
Trois participants à cette sortie de dix kilomètres peu favorisée par un mistral violent et froid qui interdisait le chemin des crêtes ; laissant les voitures près du ruisseau de Roumagnan (alt. 155 m), le groupe emprunta vers le nord un tracé rouge et vert qui l'amena au centre aéré de Janas ; de là, un tracé jaune et bleu permet d'atteindre la batterie de Peyras où l'on déjeuna au soleil et à l'abri du vent ; le sol était tapissé d'Orchis longibracteata dont quelques-uns semblaient vouloir fleurir ; poursuivant sur le tracé, notre groupe retrouva la route du Brusc.
La floraison semble pénible : un seul exemplaire d'orchidée en fleur : Ophrys sphegodes ; parmi les plantes communes, ont été relevées : Cardamine pratensis (abondante), Erodium romanum, E. malacoïdes, Geranium molle, Lobularia maritima, Crepis sancta,... et, dans la forêt, Anemone hortensis, Viola canina.
(Extrait des Annales N° 37, fascicule 2 - 1985).
Le Calicotome épineux, par M. PAILLER.
Calicotome spinosa (L.) Link., ou cytise épineux) est un modeste arbuste de notre région, connu sous le nom d'Argieras ; il est très épineux et peut rendre, là où il prolifère, le maquis impénétrable.
En mai, sa belle floraison jaune d'or est une des belles parures de nos maquis, en particulier dans les Maures où elle voisine avec celle semblable de Genista candicans ; sa fleur présente une particularité remarquable, peu commune chez les Papilionacées et n'existant que dans le petit genre Calicotome : son calice se rompt en travers par le milieu au moment de sa floraison, sans ouvrir ses sépales.
En phytosociologie, le Calicotome spinosa constitue, avec le Myrta (Myrtus communis L., Nerto en provençal) une espèce caractéristique d'une « association des broussailles thermophiles » ou Calicotomo-Myrtetum de Guignochet ; cette association est bien représentée dans notre région, surtout dans l'ouest du Var (Loisel) ; c'est une espèce typiquement méditerranéenne dont l'aire, peu étendue, est localisée au pourtour ouest du bassin méditerranéen et à ses îles ; en France, il pousse surtout sur les lieux arides, non calcaires, du Languedoc, Roussillon et Corse il est commun dans la Provence cristalline et rare dans celle calcaire ; ainsi, dans le Var, on le trouve surtout dans les massifs des Maures et de l'Estérel, et, dans notre région, au Fenouillet, Giens, la Colle Noire, Cap-Sicié, Le Beausset et le plateau de Tourris. Il se fait de plus en plus rare vers l'ouest à l'approche de la limite des Bouches-du-Rhône ; plus à l'est de notre département, il est remplacé par le petit ajonc provençal (Ulex parviflorus), appelé aussi « Argieras » en provençal, ce qui peut prêter à confusion, car lui aussi est épineux, à petites fleurs jaunes ; mais il n'appartient pas au même genre et a des habitats et un aspect différent : Ulex parviflorus est un petit ajonc touffu, de 50 cm, à petites feuilles linéaires et épineuses et poussant en Provence calcaire.
Le genre Calicotome a été créé par Link (du grec : kalux = enveloppe et tomein = couper) pour évoquer la rupture du calice à la floraison et c'est Linné qui a donné à notre espèce le nom latin de spinosa (épineux) conservé par Link ; le mot « Calicotome » s'orthographiait avec un y dans les anciennes flores (ce qui est logique étymologiquement : le u grec donnant y en français), mais dans les nouvelles flores (Guignochet, Molinier, Coste, Vilmorin), il prend un i, sans doute par décision du Comité du Code International de la Botanique.
Le Calicotome spinosa est donc un arbrisseau de 1,50 à 2 m dont les rameaux striés et divariqués sont terminés par une forte pointe brune très acérée. Les feuilles à 3 folioles ont un pétiole mince, aplati, plus long que les folioles : celles-ci, entières, obtuses, sont glabres au-dessus avec des poils appliqués au-dessous.
Les fleurs, petites, d'un beau jaune d'or, sont solitaires ou fasciculées par 2 ou 4 sur un pédicule 2 à 3 fois plus long que le calice et muni à son sommet d'une bractée appliquée à la base du calice ; la fleur présente l'organisation caractéristique des Papilionacées, dont le type bien connu est le pois de senteur.
Le fruit est une gousse de 30 à 40 mm, glabre, luisante mais noire à maturité, dont la suture supérieure est plus épaisse et un peu ailée et elle contient de 4 à 8 graines orbiculaires. La pièce la plus curieuse est le calice ovale, tubéreux, à trois dents dont, au moment de la floraison, les sépales ne s'ouvrent pas ; comme on l'a vu plus haut, le calice se rompt par le milieu et la partie supérieure est rejetée par l'épanouissement des pétales, particularité difficile à observer.
Notre Calicotome spinosa appartient à la grande famille des Papilionacées qui compte à peu près 10 000 espèces réparties en 350 genres, sur presque tout le globe ; en France, on compte 350 espèces pour 41 genres et dans le Var, 212 espèces pour 36 genres ; le genre Calicotome ne compte que 3 espèces :
- Calicotome intermedia (Presl.), en Afrique du Nord seulement,
- Calicotome villosa (Link), sur le pourtour de l'ouest de la Méditerranée, présent en Corse, mais non en France continentale,
- Calicotome spinosa (L) Link, sans intérêt économique mais qui participe avec le genêts, les cistes, cytises et lavande Stoechas à la belle parure printanière du massif des Maures.
(Extrait des Annales N° 39, fascicule 2 - 1987).
Le Ginkgo (ou Ginkyo) biloba, par M. PAILLER.
Faute de fleurs, en raison de la sécheresse persistante, M. PAILLER nous présente un feuillage d'automne, celui du Ginkgo biloba qui se pare d'une splendide couleur jaune en octobre à Toulon.
Selon J. Brosse (Atlas des arbres de France et d'Europe), il s'agit d'un arbre extraordinaire, un fossile vivant, seul représentant de la grande famille des Ginkgoacées de l'ordre des Ginkgoales, apparu au Permien mais dont toutes les autres espèces ont apparemment disparu ; le Ginkgo, lui-même, remonte au Jurassique moyen (150 M° d'années) et n'a dû probablement sa survie que grâce aux prêtre bouddhistes qui le cultivaient dans les bois sacrés autour des temples en Chine (le nom est chinois) et au Japon où le médecin botaniste allemand E. Kaempler le découvrit en 1690 ; on le retrouve en 1727 à Utrecht, puis en Angleterre où un pépiniériste J. Gordon le mit en culture, en 1768 à Vienne (Autriche) et en 1780 un riche amateur de Montpellier, M. de Pétigny, aurait acquis le premier Ginkgo planté en France pour la somme (énorme) de quarante écus (d'où son nom d'arbre aux quarante écus), peut-être s'agit-il de celui du Jardin des Plantes de cette ville cité par Mme Vignon ? En 1814, le seul pied femelle vivant en Occident se trouvait à Genève, signalé par M. de Candolle, le botaniste suisse.
Ce fameux Ginkgo est bien représenté à Toulon en particulier au Jardin de la Ville qui en possède six exemplaires dont quatre fort beaux ; on relira avec intérêt l'article du Dr ANDRÉ, « Le jardin public de Toulon », paru dans nos Annales n° 17 (1965), p. 68-69, qui fait état de ces six arbres, signale qu'un seul sur les six produit des fruits et note que Le Graverend, dans un article de la « Revue Horticole » de 1959, passant en revue les plus beaux arbres de France, y fait figurer le Ginkgo du jardin de Toulon, celui de la pelouse 14, avec 2,04 mètres de tour à 1 mètre du sol ; le Dr ANDRÉ, en 1965, lui donne 2,40 mètres et la pelouse 14 ayant été aménagée en 1863, ce Ginkgo serait plus que centenaire ; il existe d'autres Ginkgos dans la région de Toulon, au Jonquet (propriété privée) et au jardin de l'École des Apprentis Mécaniciens à Saint-Mandrier, ex-hôpital maritime où, notons-le, en 1849-1850, furent replantés 114 arbres enlevés du Jardin de la Marine Royale lors de sa transformation en jardin public (Dr ANDRÉ, ibidem).
Ce qui fait l'intérêt botanique du Ginkgo, c'est son mode de reproduction en rapport avec son archaïsme : il n'y a pas de fleur, au sens habituel du mot, sur cet arbre et, alors que, pour la fécondation chez les Gymnospermes et les Angiospermes, le grain de pollen tombant sur le stigmate de la fleur femelle germe en émettant un tube pollinique qui, à travers le style, vient au contact du sac embryonnaire de l'ovule où il libère le gamète mâle, chez le Ginkgo, le grain de pollen tombe directement sur le sommet de l'ovule nu où se trouve une chambre pollinique pleine de liquide dans lequel le gamète mâle muni de cils spéciaux (anthérozoïdes) nage vers le gamète femelle.
Le Ginkgo biloba doit son nom à Linné, ginkgo étant probablement son nom chinois qu'Emberger écrit Ginkyo (= abricotier d'argent, selon Thommen, 1949), le qualificatif de biloba évoquant la forme de certaines feuilles divisées en deux lobes égaux.
C'est un grand arbre, atteignant 30 mètres de hauteur, de croissance lente, au tronc droit ; l'écorce est gris-brun avec des fissures longitudinales. Les feuilles sont caractéristiques de l'espèce : long pétiole, limbe étalé en forme d'éventail, incisé sur les bords plus ou moins irrégulièrement et parfois divisé en deux lobes égaux par un sinus médian ; elles sont de taille variable, de couleur vert-clair devenant jaune d'or en automne et elles sont caduques.
Le Ginkgo est dioïque (chaque arbre étant soit mâle soit femelle) ; les inflorescences mâles ont l'aspect de petits chatons jaunes de 6 à 8 cm portant de nombreuses étamines constituées de deux sacs polliniques au bout de courts pédoncules ; les inflorescences femelles sont formées de petits rameaux à deux branches terminées par un ovule nu, enchâssé dans une sorte de bourrelet annulaire et surmonté d'une chambre pollinique.
Le fruit ressemble à une mirabelle : c'est une fausse drupe dont la pulpe devient jaunâtre à maturité, répandant une odeur nauséabonde ; le noyau assez gros à coque mince contient une amande comestible à goût de pignon.
D'après Emberger, l'ordre des Ginkgoales fait partie d'un groupe de Préphanérogames (plantes vasculaires qui ont un ovule ne formant pas de graine) ; ce groupé comprend deux sous-groupes :
- les Ptéridospermes divisés en trois ordres dont un seul n'est pas éteint : celui des Cycadales avec une seule famille, les Cycadacées, comprenant 9 genres et 85 espèces environ encore vivant dans les zones plus ou moins chaudes du globe : un spécimen se trouve au Jardin de la Ville (Dr ANDRÉ, ibidem) ;
- les Cordaïtes, divisés en deux groupes : celui des Cordaïtales complètement éteint et celui des Ginkgoales qui n'est plus représenté que par la famille des Ginkgoacées avec une seule espèce : Ginkgo biloba.
Le Ginkgo biloba est souvent planté comme arbre d'ornement et cultivé par les pépiniéristes pour obtenir plusieurs variétés décoratives, appelées « cultivars » ; il s'est révélé peu sensible à la pollution atmosphérique. Mais, ces dernières années, l'arbre a pris une certaine importance économique à cause de ses propriétés thérapeutiques déjà connues des Chinois qui utilisent toujours les feuilles en emplâtres et décoctions contre les engelures, la tuberculose... ; la pharmacologie moderne a permis d'isoler des feuilles une série de flavonoïdes actifs sur la tonicité veineuse et sur la microcirculation (cérébrale, en particulier) et peut-être sur les virus ; les extraits sont présentés en gélules (Ginkor, Tanakan, Arkogélules) ou en gel cutané.
(Extrait des Annales N° 40, fascicule 4 - 1988).
Additions à la flore du Var, par François PAILLER.
1) Espèces d'origine étrangère pouvant être considérées comme naturalisées, ou en voie de naturalisation dans le Var
(...)
Eucalyptus globulus Labillardière. Originaire de Tasmanie, le plus commun dans le Var ; introduit en 1804 au jardin botanique de la marine à Toulon, est bien acclimaté dans l'est du département où il prospère sur les terrains siliceux. Au Cap Sicié, à La Seyne, à Six-Fours, au Cap Brun, dans la plaine du Pradet, à Carqueiranne, Hyères : au Palyvestre, à Giens, Porquerolles, Bormes, etc.
Eucalyptus Gunni Hook. Originaire d'Australie et de Tasmanie. Bien acclimaté. Plus petit, mais plus résistant aux gelées que les autres espèces ; il est cultivé par les pépiniéristes pour son feuillage juvénile décoratif ; il en existe quelques exemplaires dans les parcs et jardins de Toulon ; il a été planté par les services forestiers sur une parcelle de 2 hectares au cap Sicié, sur plusieurs aires dans les Maures : 35 hectares au plateau Lambert, 9 hectares à Pignans, 2 hectares près de Collobrières.
2) Stations nouvelles pour le Var d'espèces rares ou peu communes
(...)
Astragalus monspessulanus L. Cap Sicié, à la Batterie Basse (Garbolino).
Bupleurum opacum Lange, qui devient Bupleurum Baldense Turra [= B. opacum Césati] Lange [= B. aristatum Coste]. FF. f 2. Guigt et Vilm. Massif du cap Sicié : route de Notre-Dame de Bonne Garde, à 500 mètres de la chapelle (Garbolino, 1988).
Coronilla juncea L. Versant sud des falaises de Notre-Dame du Mai (cap Sicié) ; Baou de 4 Ouro ; Gros Cerveau près de la station de pompage du canal de Provence ; Port d'Alon ; Montrieux près du ruisseau.
Lavatera maritima Gouan. Fabrégas : sentier littoral du cap Sicié (Garbolino).
Torilis heterophylla Gussone. Devient une ssp de Torilis arvensis (Huds.) Link. ssp. Heterophylla (Guss) Thell. Forêt de Janas, départ du sentier vers la chapelle (Garbolino).
(Extrait des Annales N° 41, fascicule 3 - 1989).
(Extrait des Annales N° 42, fascicule 4 - 1990).
(Extrait des Annales N° 46, fascicule 2 - 1994).
Compléments à la Flore du Var (Ptéridophytes et Spermatophytes), par L. DELVOSALLE.
(Extrait des Annales N° 46, fascicule 4 - 1994).
(Extrait des Annales N° 47, fascicule 1 - 1995).
(Extrait des Annales N° 48, fascicule 2 - 1996).
(Extrait des Annales N° 49, fascicule 1 - 1997).
(Extrait des Annales N° 49, fascicule 3 - 1997).
(Extrait des Annales N° 52, fascicule 2 - 2000).
(Extrait des Annales N° 52, fascicule 4 - 2000).
Retour à la page d'accueil du site
jcautran.free.fr
|
Jean-Claude Autran 2023