La Seyne_sur-Mer (Var)   Histoire de La Seyne_sur-Mer (Var)
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du Tome III
Marius AUTRAN
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Images de la vie seynoise d'antan - Tome III (1990)
Jeunesse seynoise au plein air
(Texte intégral du chapitre)

Voir par ailleurs : Articles de presse avec photographies sur les colonies de vacances municipales :

Organisation, départs, retours, bilans
Nouvelles des différents colonies en cours de séjour
Cours de moniteurs
Camps d'adolescents
Centres aérés
Classes de neige
 


À travers les récits de nos ouvrages précédents Images de la vie seynoise d'antan, nous avons souvent rappelé les conditions de la vie précaire de nos anciens.

Même au début de notre siècle, une large couche de la population seynoise vivait dans l'indigence. La journée de travail des ouvriers était de 10 heures au moins et les salaires dérisoires. On connaissait la faim dans maints foyers.

Les logements n'étaient le plus souvent que des taudis sans eau courante, sans hygiène. La maladie faisait des ravages surtout chez les humbles frappés de rougeole, de typhoïde, de tuberculose, dont on mourait couramment, on ignorait les soins dentaires et en attendant les progrès de la science, la durée moyenne de vie était très inférieure à ce qu'elle est aujourd'hui et la mortalité infantile atteignait des proportions effrayantes.

Les municipalités ne disposaient que de faibles moyens pour aider leurs administrés à lutter contre les infortunes. Les malheureux recevaient de maigres secours en argent ou alors des bons de viande et de pain.

Des enfants manquaient parfois l'école, leur tenue laissant trop à désirer. Ils traînaient dans les rues, à peine couverts à la mauvaise saison d'où les rhumes, les toux nullement soignées et la tuberculose et la pleurésie qui s'en suivaient.

Dans la biographie de Saturnin Fabre, Maire de la Seyne de 1886 à 1896, il a été dit dans le tome II de notre ouvrage que beaucoup d'efforts avaient été déployés par la Municipalité qu'il présidait pour assainir la ville de La Seyne qui en avait bien besoin.

Les problèmes de la santé furent souvent l'objet de ses préoccupations et peu de temps avant l'expiration de son dernier mandat, il évoqua un jour au Conseil municipal un projet de colonies de vacances dont l'effet serait certainement bénéfique pour les jeunes Seynois les plus déficients. L'histoire des colonies de vacances seynoises commence là. L'idée en avait été lancée et serait sûrement devenue réalité avec Saturnin Fabre, si, hélas, les revers électoraux ne l'avaient pas rappelé à d'autres activités.

 

Tentative infructueuse

Quelques années s'écoulèrent et la délibération du 13 avril 1912 votée pendant le mandat de la Municipalité Jean Juès accorde le principe d'une subvention en faveur de l'œuvre des colonies de vacances (section de La Seyne). Il s'agissait d'un projet de création d'une colonie dite maritime à installer dans la forêt de Janas au quartier Mistre à l'initiative d'un comité de Marseille. La ville devait céder le terrain gratuitement à cet organisme et en contrepartie un contingent de jeunes Seynois devait bénéficier d'un séjour dans la forêt.

Une commission spéciale examina le projet plusieurs fois et de nombreuses objections furent soulevées, dont le danger des incendies de forêt. On en parlait déjà !

Néanmoins le 27 août 1913 une subvention de 200 F. fut votée. La discussion avec le comité de Marseille traîna en longueur, puis la guerre survint et la Municipalité d'alors avec Baptistin Paul dut se pencher sur des problèmes plus urgents : installation d'hôpitaux pour les blessés, secours aux familles, etc.

Après 1918, le fléau de la guerre éloigné, il fut alors possible à nos édiles de se consacrer à des œuvres de paix. En 1922, la création de structures en faveur de la jeunesse se posa sérieusement. La Municipalité présidée par M. Mazen, s'intéressa au fonctionnement d'un patronage laïque, dont nous dirons quelques mots plus loin et aussi d'une colonie de vacances.

 

La colonie des Moulières

Il ne fut pas question d'offrir des séjours vers la haute montagne, les moyens financiers étant hors de portée du budget communal. Alors on se contenta d'organiser des séjours de quelque trois semaines à Janas, non pas dans la forêt même mais à proximité et les anciens colons de l'époque ont souvenance de ce long baraquement situé en bordure de la route, face au lavoir des Moulières à l'entrée du lotissement Les Genêts.

Ce préfabriqué en bois accueillait une trentaine d'enfants d'âge scolaire dont le recrutement se faisait de préférence dans les familles les plus démunies. L'espace environnant, très ombragé par de grands pins parasols offrait aux moniteurs la possibilité d'organiser des jeux de plein air en toute sécurité, la route en ce temps-là n'étant guère fréquentée que par des piétons ou des cyclistes.

L'organisation de cette première colonie de vacances n'eut rien de commun avec les formes actuelles. Les règles de fonctionnement demeuraient très vagues, la législation des structures de loisirs pour la jeunesse n'était qu'au stade de la gestation. L'encadrement des enfants n'était pas composé d'un personnel spécialisé considérant la colonie de vacances comme une structure éducative.

Les adversaires de la Municipalité ironisaient quelque peu sur cette réalisation à caractère social, arguant du fait que les Moulières n'étant qu'à 4,500 km de La Seyne, le changement d'air n'était pas tellement évident. Et pourtant l'air vivifiant de la pinède de Janas n'était-il pas meilleur à respirer que les miasmes de la rue Carvin où pullulaient les mouches vertes sur les eaux grasses croupissantes restées entre les pavés après le rinçage des tripes de mouton que vendait M. Scotto ?

Les ruisseaux d'écoulement étaient à sec pendant tout l'été et le mince filet d'eau des fontaines ne pouvait suffire à chasser les odeurs pestilentielles qui flottaient dans toute la basse ville.

À l'air pur des Moulières s'ajoutait la qualité exceptionnelle de l'eau de ses sources où l'on pouvait puiser en abondance à condition de ne pas incommoder quelque lavandière irascible.

Cette première expérience de la jeunesse au plein air ne fut pas négative. Les enfants arpentaient les pentes intérieures de Sicié, de Bramas, du Bau rouge. La plage de Fabrégas toute proche avait leur faveur. Ils faisaient connaissance avec les richesses naturelles de leur terroir : la végétation, les roches, les animaux. Ils chantaient, jouaient, collectionnaient et généralement le séjour terminé, ils estimaient qu'il avait été trop court.

 

Le patronage laïque

Cependant, la Municipalité, désireuse de diversifier le caractère des œuvres sociales ouvrit peu après son élection en 1920 un patronage laïque. En fait, elle reprit un projet élaboré dès le début du siècle qui avait bien abouti à la construction d'un local magnifique détourné hélas ! de sa destination première puisqu'il reçut les premiers blessés de la guerre de 1914-1918.

Il n'est pas inutile, même si nous nous écartons du sujet un instant, de mémoriser cette structure sociale que fut le patronage laïque dont les services furent stoppés brutalement par sa destruction complète lors du bombardement du 29 avril 1944 et la mort d'une dizaine d'occupants.

La construction se composait d'une partie centrale (hall d'entrée - logement du concierge) et deux ailes symétriques où de grandes salles permettaient des activités diverses. Deux cours de récréation complétaient cet ensemble où jouaient des garçons et des filles séparés par un haut mur. Dans un coin de la cour sud une cuisine où se préparaient les repas du jeudi et ceux des périodes de vacances.

L'établissement fonctionna pendant une vingtaine d'années sous la direction de M. Chabriel avec des moniteurs, monitrices dont nous rappelons quelques noms au passage : Mlle Rouden, Mme Besson, Mlle Louise Gautier, MM Ponel, Bottero. La conciergerie fut assurée primitivement par M. et Mme Merle (grands-parents de Toussaint Merle) puis par M. et Mme Matha.

Après sa destruction en 1944, sur son emplacement arasé furent édifiées des constructions préfabriquées à usage scolaire qui accueillirent encore quelques enfants le jeudi sous la surveillance de Mlle Rouden et de M. Rocca. Par la suite, ce fut M. Paul Gaujac qui assuma le fonctionnement du patronage.

 

À Aups vers les montagnes

Revenons à nos colonies de vacances que la Municipalité Mazen désira améliorer. Nous entrions dans une période où les transports collectifs se développaient, ce qui permit à nos édiles d'envisager un transfert des colons seynois vers des régions montagneuses.

Le village d'Aups fut choisi en accord avec la Municipalité du lieu d'implantation et l'administration de l'Instruction publique, comme on disait alors, du fait de l'utilisation de locaux scolaires. La colonie des Moulières fut donc abandonnée, Aups se trouvant dans le nord du département et à 500 mètres d'altitude, on pouvait parler d'un véritable changement d'air pour les jeunes Seynois, ce qui eut pour effet immédiat d'apaiser la virulence des adversaires de la Municipalité d'alors. Certes, ce n'était pas encore la haute montagne à laquelle sans doute grands et petits rêvaient. Mais avant de la pénétrer, il faudrait se donner les moyens financiers, créer des structures collectives, former du personnel qualifié. Nous allons voir que tout cela se réalisera... vingt ans plus tard !

Que dire de la colonie de vacances d'Aups ? Les témoignages sont encore nombreux. Louis Meunier connut la première expérience et n'en fut pas tellement satisfait, exception faite pour la nourriture. " Nous faisions des marches interminables presque chaque jour. C'était le bon moyen pour des moniteurs sans formation aucune de nous faire dormir et d'éviter ainsi le chahut du dortoir. On jouait dans une cour très poussiéreuse et comme les douches n'existaient pas, notre toilette se faisait plutôt discrètement. Mes parents venus me voir un dimanche me trouvèrent dans un état lamentable et me firent une toilette rapide à la fontaine du village. Nous n'avions que peu d'activités à la colonie, les moyens matériels manquaient certainement à M. Lions, instituteur de l'École Martini, qui transmit ses fonctions à M. Valente, autre instituteur de la même école ".

Entre les années 1930 et 1938, des améliorations sensibles furent apportées à cette colonie d'Aups. Laissons parler notre concitoyenne Émilie Pons qui s'y trouvait dans cette période : " J'ai participé à la colonie d'Aups en 1938. Elle était installée dans les salles de classe où naturellement les lits de camp avaient remplacé les bancs d'écolier. M. Valente en était le directeur assisté d'élèves normaliennes de Draguignan. L'effectif atteignait la cinquantaine d'enfants et notre séjour dura trois semaines. L'emploi du temps était le suivant : lever 7 heures, toilette, déjeuner avec café au lait. Nous faisions ensuite des promenades à la campagne et des jeux de plein air. L'après-midi était généralement consacré à la sieste, au courrier, puis à des travaux manuels. Je me souviens d'avoir confectionné de petits objets avec de la lavande sauvage ramenée des collines environnantes. J'ai gardé un très bon souvenir de ce séjour extrêmement bénéfique pour ma santé et l'ambiance agréable que le personnel de direction avait su créer ". Nous pourrions multiplier les témoignages de ces enfants devenus depuis des grands-parents qui racontent sans doute à leurs petits-enfants ces souvenirs de jeunesse.

On sait ce qu'il advint de ces colonies de vacances municipales. Encore une fois, il nous faut parler de la guerre et de ses effroyables conséquences.

La Municipalité de M. Mazen, démocratiquement élue, fut chassée par le Préfet aux ordres du gouvernement de Vichy de sinistre mémoire et remplacée par une équipe qui se soucia fort peu des œuvres sociales. On ne parla plus des colonies de vacances.

Colonie de vacances - Aups 1938

Colonie de vacances - Aups 1939

La paix revenue

Les Comités de libération furent chargés de rétablir les institutions démocratiques dans la plénitude de leurs droits. À La Seyne, la Caisse des Écoles reconstituée prit en charge en grande partie les problèmes de la jeunesse dans leurs aspects les plus divers : amélioration de la santé d'une génération d'enfants qui avaient terriblement souffert des privations résultant de la guerre ; accroissement de leurs connaissances par la découverte des richesses de la nature ; développement de leurs activités physiques et manuelles ; apprentissage à la vie sociale... Autant d'aspects extrêmement profitables sans parler de l'aide concrète pour l'équipement en fournitures et matériel scolaires. Nous ne parlerons ici que des colonies de vacances, appellation qui disparut par la suite et remplacée par l'expression Centres de loisirs qu'il fallut distinguer entre Centre de loisirs avec hébergement (si les enfants étaient logés pendant la totalité de leur séjour) et Centre de loisirs sans hébergement suivant la formule des centres aérés où les enfants, après leur journée de plein air, regagnent leur domicile le soir. Nous reviendrons sur ces dernières formes d'organisation qui existent toujours à La Seyne pendant des vacances de longue durée.

Tous les projets ambitieux échafaudés par la Caisse des Écoles et la Municipalité allaient se heurter à des difficultés considérables, notre ville ayant été sinistrée à 65 %. Il fallait trouver des locaux convenables, du personnel compétent et surtout des crédits de fonctionnement.

La Municipalité élue après la Libération et présidée par le Docteur Sauvet avait désigné Pierre Fraysse comme adjoint à l'instruction publique. Tout plein d'heureuses initiatives, ce dernier proposa aux Fédérations laïques des départements de la Loire, de la Haute-Loire, de l'Ardèche, de la Lozère, des Hautes-Alpes, des Basses-Alpes, de l'Isère, des échanges d'enfants qu'il serait possible de loger dans des bâtiments publics, des écoles de préférence parce qu'on y trouvait des cours de récréation, une cuisine et un réfectoire. Ce n'était certes pas la solution idéale et les critiques allaient bon train, certains estimant que les enfants n'apprécieraient guère le fait de quitter une école pour se retrouver dans une autre. Par contre, il fallait bien admettre que les séjours à la montagne pour les uns, à la mer pour les autres apporteraient de grandes joies aux enfants dont la plupart dans cette période n'avaient pas voyagé beaucoup. Ainsi fut fait et dès le mois de juillet 1945, deux cents enfants purent bénéficier de vacances au plein air dans les Alpes : à Digne, Embrun, Autrans, Villard-Bonnot. Par la suite naquirent les colonies de l'Ardèche : Saint-Agrève, Lamastre, Silhac-Fontbonne, St-Julien Boutières, Le Cheylard, Entraigues, Desaignes, Vernoux, puis la colonie de Craponne-sur-Arzon en Haute-Loire, puis celle d'Apinac dans la Loire.

Vous comprendrez, ami lecteur, qu'il n'est pas possible de raconter par le menu tout ce qui a pu se passer dans chaque centre de vacances, de citer tous les participants à des titres divers (personnel de direction, encadrement des colons, personnel de maison et de cuisine, infirmiers, etc.), de dresser des bilans particuliers. Mais l'essentiel sera dit sur les structures qui ont duré le plus longtemps, sur les responsables dont le dévouement sans faille a duré beaucoup, quelquefois plus de vingt années, sur les charges parfois très lourdes assumées par les dirigeants avec courage et lucidité.

N'est-il pas vrai que les Directeurs sont les garants devant les familles et les organismes de tutelle de la bonne marche de leur colonie, de la santé de tous, de l'organisation des loisirs, de la renommée de leur ville d'origine. Certes ils sont aidés dans leur tâche par un sous-directeur, un moniteur-chef, un économe, un infirmier, une cuisinière, une lingère, mais ce sont eux les premiers responsables de tout.

Pendant le demi-siècle où il nous a été donné de suivre l'organisation des vacances au plein air de la jeunesse seynoise, nous n'avons jamais eu à déplorer des incidents vraiment dramatiques.

Évidemment dans une collectivité d'enfants, il n'est guère possible d'éviter de loin en loin une crise d'appendicite, une fracture de bras ou de jambe. Ce sont des incidents qui se sont produits dans les colonies seynoises comme ailleurs. Il faut rendre justice à nos directeurs qui ont toujours su prendre les meilleures initiatives, comme ils ont su arrêter des cas d'épidémie ou d'intoxication. Nous pouvons donc nous louer des services compétents des pléiades de directeurs émérites dont on trouvera les noms dans la suite de ces rappels historiques.

 

Les premières expériences d'après-guerre

Limitons-nous à deux exemples particulièrement significatifs de cette période de l'après-guerre où il fallait accomplir des prodiges pour organiser quoi que ce fut, compte tenu de la pénurie de locaux, de matériaux, de transport, de vêtements, de denrées alimentaires.

Le premier nous est offert par Mme Mathilde Ravestein institutrice honoraire qui assuma pendant 7 ans la direction de la colonie installée au Château Verlaque (Les Sablettes) et pendant 3 ans celle d'Apinac dans le département de la Loire.

Son témoignage nous apprend qu'elle débuta dans ses fonctions avec 90 petits montagnards pupilles de l'assistance publique descendus des Alpes et des Cévennes. La colonie fut possible grâce au concours de l'État-Major américain, qui prêta à la caisse des Écoles des toiles de tente, des marmites et une roulante.

NB. Voir par ailleurs (rubrique "forum" de notre site) : « Expérience au Château Verlaque d'après le cahier souvenir de Mathilde Ravestein » (extrait du livre de Paul Gaujac : C'était au temps des colos, 1990)

Le Château Verlaque à la fin des années 1940

Les véhicules de livraison marchaient encore au gaz de bois, l'essence étant rare, les tickets de rationnement étaient toujours en circulation. Aucune installation de douches dans le vieux château Verlaque. La plage n'était pas encore nettoyée de tous les barbelés installés par les Allemands en prévision d'un débarquement des alliés. Les marécages proches entretenaient des nuées de moustiques et pour compléter ce tableau plutôt sombre, ajoutons que les gavots descendus des Cévennes avaient leur tête habitée copieusement par les poux. On imagine sans peine les efforts inouïs consentis par la directrice et ses subordonnés pour parer à tous les inconvénients et assurer tout de même un fonctionnement convenable du séjour des enfants.

Les enfants de la montagne passèrent leurs matinées au bord de la mer que la plupart n'avaient jamais vue. Quel enchantement que cette découverte des beautés de la nature ! la plage, les roches, leur offraient des richesses : le sable, les algues, les coquillages... La sieste, la correspondance, les jeux, les excursions meublaient les après-midi. Ils n'ont pas oublié cette sortie sur l'Estérel et la plage du Dramont offerte par un amiral anglais qui avait prêté des camions à la colo.

Ainsi, quand fut organisé le dernier repas à la colonie, repas offert aux autorités locales, nous dit Mme Ravestein, nous n'avons pas oublié l'Amiral qui fut salué par les enfants au chant de God Save the King. Le dîner fut suivi d'une petite fête avec danses folkloriques, chants, jeux divers, pochettes surprises et feu de camp. Le chanteur J. Denain y prêta son précieux concours.

Les gavots de la montagne furent enchantés de leur séjour à La Seyne. Il en fut de même de ceux qui suivirent pendant 5 ans et enrichirent leurs connaissances par les choix d'activités variées que la colonie leur offrait. Pensez donc à la moisson de souvenirs que ces petits récoltèrent après avoir parcouru toute la côte varoise, visité les îles d'Hyères, assisté à un lancement de bateau (El Djezaïr), couru la forêt de Janas en tous sens. Pendant la même période, nos petits Seynois découvraient les Alpes à Digne, Embrun, Autrans, mais, il faut bien le dire dans des conditions d'un confort très relatif.

Le réseau des colonies de vacances s'étendit en raison de l'accroissement des effectifs qui passa à 380 en 1947 et à 480 en 1948. À La Seyne, il fallut utiliser l'École des Plaines, les préfabriqués de l'École des Sablettes et l'École François Durand (devenue Émile Malsert).

Le système des échanges s'amplifia et les jeunes Seynois furent accueillis à Vernoux, Le Cheylard (Ardèche), Mende (Lozère), Le Perron (Isère), Bouthéon (Loire), Langogne (Lozère), Le Mirail (Haute-Loire). Cette répartition dura une dizaine d'années avec quelques variantes par l'accueil de la Loire avec Apinac, de la Haute-Loire avec Craponne, Sainte-Agnès, col des Mouilles, Villard-Bonnot (Isère).

Il n'est pas possible d'entrer dans le détail du fonctionnement de chaque colonie, certaines n'offrant qu'un caractère secondaire en raison de leur durée très limitée. Nous insisterons sur les plus grands centres, ceux qui ont reçu la grande masse de la jeunesse seynoise et aidé le plus à son éducation, à sa formation, à son épanouissement. Nous évoquerons plus loin les buts et les résultats obtenus, mais pour l'instant, faisons connaissance avec les premières colonies alpestres par le témoignage de Michel Jauffret, le symphatique coiffeur de la rue Franchipani.

 

Les jeunes Seynois dans les Alpes

Michel Jauffret déclare : " De 1950 à 1953, je connus la colonie d'Embrun. Le départ s'effectuait de la Bourse du Travail où l'on avait rassemblé nos sacs de marin contenant notre trousseau. Je remarquai que celui de certains camarades était presque vide. La misère existait vraiment à La Seyne. Ce fut par le train que nous arrivâmes à Embrun où les anciennes casernes nous étaient réservées comme dortoirs et réfectoire.

Le moniteur Di Somma commandait mon équipe et nous emmenait tous les jours en promenade dans un jardin proche de la gare. On organisait alors des jeux de plein air, des compétitions sportives ou alors on allait barboter sur les bords de la Durance qui emportait de petits bateaux confectionnés à la colo. Sur les chemins du retour nous prenions beaucoup de plaisir à bousculer des camarades pour les obliger à piétiner les bouses de vache qui jalonnaient notre chemin. Avant de passer à table, on chantait " De la tour brune à la Durance ", une chanson écrite par le directeur, M. Boucaud, animateur infatigable qui nous emmena visiter les environs de la colo : le Mont Guillaume, Barratier, Savine et organisait des veillées, des séances de cinéma.

M. Boucaud que je retrouvai à Lancey en Isère, précisément au col des Mouilles en 1953 et 1954. Il avait alors comme économe de la colonie M. Bottero, instituteur bien connu à La Seyne. J'ai gardé de ces séjours des souvenirs inoubliables avec les visites du barrage de Génissiat, des lacs de Genève, du Bourget, d'Annecy. Ah ! je n'en finirais pas de vous raconter le plaisir que j'ai pris avec mes copains à édifier des barrages sur les torrents de la montagne, à chanter à la chorale malgré mes fausses notes, à construire des cabanes dans les sapinières, à participer aux festivités avec kermesse et fête de gymnastique qui se terminaient par une pyramide à plusieurs niveaux au sommet duquel flottait le fanion aux couleurs et aux insignes de La Seyne ".

Le jeune Michel Jauffret participa aussi à la colonie d'Apinac en 1956 et ses témoignages concordent parfaitement avec ceux de Mme Ravestein qui y fut directrice. Nous y reviendrons car ce centre de vacances mérite une mention spéciale.

À la lecture de ces derniers témoignages, on peut se faire une opinion sur l'extrême diversité des activités organisées par les responsables des colonies de vacances. On peut comprendre aussi l'enthousiasme débordant d'une jeunesse qui avait beaucoup souffert de la guerre. Nous l'avons dit dans la préface : dès la Libération nous avons assisté à la naissance d'un besoin nouveau. La législation du Front Populaire de 1936 avait facilité les voyages par les congés payés et l'appel de la mer et de la montagne avait été entendu. Puis la guerre avait tout brisé avec son cortège de misères, de souffrances, de privations. L'enfance, la jeunesse avaient terriblement souffert de la sous-alimentation et c'est pourquoi il était urgent de leur rendre la santé.

 

L'ambition des Municipalités de l'époque

Nous avons vu après les premiers témoignages cités plus haut, que la Municipalité présidée par le Docteur Sauvet avait pris très au sérieux le problème des colonies de vacances malgré les difficultés énormes d'organisation et d'équipement. En 1947, Toussaint Merle l'ayant remplacé à sa fonction de premier magistrat, il sut exploiter les compétences de ses collaborateurs pour continuer et surtout étendre le réseau des colonies de vacances municipales par le truchement de la Caisse des Écoles animée remarquablement par la regrettée Mlle Marie-Louise Rouvier, que remplaceront plus tard Robert Pastorino et Simone Ferrero. Que disions-nous à ce Conseil d'administration de la Caisse des Écoles auquel j'ai collaboré de 1945 à 1977 ? Quelles étaient nos ambitions pour la jeunesse au plein air ?

Il fallait penser d'abord à la santé des enfants, leur assurer un changement d'air, celui de la montagne en priorité, leur offrir une alimentation abondante et saine, les distraire mais aussi les instruire car les colonies de vacances bien conçues, bien dirigées ont un rôle éducatif considérable à jouer.

Les premiers témoignages nous ont montré éloquemment comment on peut instruire en amusant à condition de mobiliser des éducateurs ayant vraiment conscience du rôle pédagogique qu'ils ont à jouer. C'est pourquoi il fallut dès le début penser à la formation de cadres spécialisés pour les directions, l'économat, le monitorat. Les C.E.M.E.A. (Centres d'Entraînement aux Méthodes d'Éducation Active) affiliés à la Ligue de l'Enseignement organisèrent au plan national cette formation et la Caisse des Écoles de La Seyne ne fut pas en retard de son côté pour organiser des stages ouverts en priorité aux Seynois.

Les séjours des jeunes Seynois à Aups furent en quelque sorte l'archétype des premières colonies de vacances en ce sens que les horaires, l'emploi du temps, les activités avaient un caractère quelque peu rigoureux. Le réveil, les repas, les promenades, la sieste, le goûter... Tout cela était minuté et les moniteurs et leurs équipes avaient peu d'initiative. Ils exécutaient fidèlement ce que le directeur avait fixé la veille. Au fil des années, les méthodes évoluèrent et en liaison avec les programmes scolaires, on se pencha sur l'étude du milieu. Les enfants pouvaient apprendre par le regard et aussi les explications de leur moniteur, ce qu'est un col, une plaine, un vallon, une falaise, un relief tabulaire, un pic, etc. Cet enseignement était vivant et non plus exclusivement livresque.

Avec la géographie, il y avait aussi la géologie, la botanique, l'histoire, à découvrir. Des moniteurs avertis surent exploiter les trésors de la nature et soulever l'enthousiasme de leurs équipiers au point que certains se livrèrent avec passion à des collections de plantes ou de roches.

D'autres leur enseignèrent des activités manuelles : confection d'objets divers avec de la lavande, des pommes de pin, des écorces d'arbre, des brins d'osier.

Il faut dire aussi que toutes les colonies ne se prêtent pas aux mêmes activités. Là, il y a une piscine (comme à La Motte Saint-Martin), ailleurs il existe des terrains, où l'on peut jouer au volley-ball (Apinac par exemple) ou alors les bois environnants sont propices à des jeux de piste ou à la construction de cabanes.

Le temps est-il pluvieux pendant plusieurs jours ? Alors il faut s'organiser pour passer le temps agréablement tout de même. Les travaux manuels ne sont pas à négliger avec le plâtre, la peinture, le raphia, la corde,... et les jeux d'intérieur, les cartes, les dominos... et la musique et la danse... et la lecture... et le chant choral... et l'art dramatique pour les plus grands ? Le beau temps est revenu ? Alors on s'en ira cueillir les myrtilles (comme à Craponne ou Apinac), les fraises (à Bellecombe), les champignons (cèpes et girolles à la Motte-les-Bains) sans oublier les escargots géants. Et l'on reprendra les activités sportives interrompues, les rallyes, le ping-pong, le volley-ball, le football. Et l'on se retrouvera le soir autour d'un feu de camp en chantant, aux veillées où des comédiens joueront des saynètes ou des sketchs... Et puis les enfants couchés sous la surveillance d'un moniteur de service, le directeur réunira ses moniteurs pour préparer les activités de plus haut niveau : les fêtes ou la kermesse auxquelles sera invitée la population et si les recettes le permettent, on organisera de grandes excursions en autocars : des circuits qui feront découvrir à nos jeunes des lieux pittoresques, des barrages, des châteaux, des cours d'eau, des sites à caractère historique.

Ces énumérations sont suffisamment significatives pour comprendre que d'une manière ou d'une autre les enfants trouvent à satisfaire leurs goûts et qui sait, si après avoir touché à tout ne jaillira pas une étincelle génératrice d'une vocation bénéfique pour leur avenir ?

La colonie de vacances c'est tout ça. Ce n'est pas seulement l'air pur, des repas copieux, une alimentation de qualité. C'est aussi le choix entre des activités d'une extrême diversité. C'est aussi la nouveauté totale dans une vie quotidienne sans les contraintes familiales et scolaires, au contact d'êtres humains différents que l'on apprend à connaître avec leurs défauts et leurs qualités. La colo, c'est aussi l'apprentissage de leur vie sociale.

Les multiples aspects de la vie des colonies de vacances que nous venons d'évoquer nous amènent à parler des problèmes complexes de leur organisation.

 

Un service spécial de la Caisse des Écoles

À partir de 1950, quand le nombre des départs en colo dépassa les 500, il fallut organiser au sein de la Caisse des Écoles un service spécial qui eut fort à faire pour satisfaire les besoins de la jeunesse au plein air car d'année en année les structures prirent des formes nouvelles : camps d'adolescents, centres aérés, classes de plein air, classes de neige, etc. Nous y reviendrons plus loin dans le détail.

Les départs en colonies de vacances occupent du personnel pendant des mois. Il faut prévoir un budget, préparer les locaux, effectuer les travaux d'entretien, organiser les transports, prévoir l'encadrement plusieurs mois à l'avance (directeurs, directeurs-adjoints, économes, personnel sanitaire, cuisinière et femmes de services, lingères, etc.), établir les dossiers d'inscriptions, exiger un trousseau, passer les visites médicales, maintenir le contact avec les familles, envoyer du personnel sur place pour recevoir les colons et l'encadrement dans les meilleures conditions, tenir une comptabilité, régler les dépenses... Abrégeons cette énumération car il y a toujours des affaires imprévues : des accidents, des sanctions à prendre, des malades graves à faire rentrer dans leur foyer.

   
Réunion du personnel d'encadrement (15 mai 1970)
On reconnaît : Mlle Marie-Antoinette Desaix, MM. Jean-Louis Frencia, Étienne Jouveanceau, Philippe Giovannini, Marius Autran (debout), Maurice Paul
Les personnels d'encadrement « fin prêts » pour les départs de 1970

Tout cela explique la nécessité où se trouvait la Municipalité de renforcer fréquemment le personnel de la Caisse des Écoles, laquelle n'avait pas seulement à s'occuper des vacances. Les effectifs scolaires qui s'élevaient à 2.000 en 1947 passèrent à 6.000 en 1960 et 11.500 en 1972.

Parallèlement, les départs en colonies de vacances connurent une progression semblable. Voici quelques chiffres significatifs :

1945 : 200 départs 1966 : 1138 départs
1947 : 347 départs 1967 : 1243 départs
1952 : 550 départs 1968 : 1258 départs
1959 : 770 départs 1970 : 1134 départs + 40 (2 camps d'adolescents)
1962 : 1000 départs 1972 : 1228 départs + 40 (2 camps d'adolescents)
1965 : 1065 départs

Au terme de notre étude en 1980, ces chiffres étaient dépassés compte tenu des départs en camps d'adolescents et des enfants inscrits dans les centres aérés.

 

Répartition des colonies de vacances entre 1947 et 1957

Les douze années qui suivirent la fin de la guerre furent surtout consacrées à réparer les désastres, à La Seyne comme ailleurs. On sait que notre ville avait particulièrement souffert et les crédits de reconstruction faisaient grandement défaut.

Dans ces conditions, sur les conseils de la Ligue de l'Enseignement et de la Fédération des Œuvres Laïques, les municipalités d'après-guerre soucieuses d'organiser les vacances d'une jeunesse qui avait bien pâti des émotions et des restrictions de toutes sortes, s'orientèrent vers des échanges d'enfants en utilisant des locaux scolaires. C'était la solution la moins onéreuse. Et c'est pourquoi, comme nous l'avons écrit au début de ce récit, la Municipalité de la Libération avait offert des écoles et des cantines aux Fédérations laïques de l'Ardèche, de la Loire et de l'Isère en échange de quoi les jeunes Seynois pourraient partir à la montagne. Les séjours du début étaient de 45 jours. Nous verrons par la suite que leur durée sera réduite de manière à organiser deux contingents (juillet et août) et satisfaire un plus grand nombre de demandes.

Ce furent généralement des bourgades et des villages qui reçurent nos enfants dans leurs écoles, entre 1945 et 1965 dans les départements de la Lozère, de la Loire, de la Haute-Loire, de l'Ardèche, de l'Isère, des Basses-Alpes, des Hautes-Alpes. Pendant ces vingt années, de nombreux changements s'imposèrent soit par insuffisance de confort, soit par le mépris de certaines municipalités que les œuvres sociales laissaient indifférentes, soit même par hostilité des populations à la venue d'enfants de l'école laïque. L'air de la montagne ne pouvait suffire à tout. Certaines colonies, à l'usage, présentèrent des inconvénients et il fallut les abandonner. Durant vingt ans, on compta 20 centres de vacances mais la moitié à peine furent utilisés de façon durable, de telle sorte que nous ne ferons que les citer, leur histoire trop brève ne méritant pas de longs développements.

Dans les localités suivantes : Le Perron (Isère), Digne (Basses-Alpes), Autrans (Isère), Mende (Lozère), Langogne (Lozère), Bouthéon (Loire), Le Mirail (Hte Loire), Villard Bonnot (Isère), Bouthéon (Isère), Sainte-Agnès (Isère), St-Julien Boutières (Ardèche), la Caisse des Écoles n'organisa qu'un, deux ou trois séjours. Par contre nous pourrons nous étendre sur les autres qui ont duré de 6 à 26 ans.

 

Le Cheylard (Ardèche)

Cette bourgade de 3000 habitants. environ, sise sur les bords de l'Eyrieux, affluent du Rhône, à 430 m. d'altitude, accueillit des petits Seynois presque sans interruption entre 1948 et 1963, dans les locaux confortables du cours complémentaire où pouvaient se loger un contingent de 76 enfants (54 filles, 22 garçons).

Les gorges de l'Eyrieux avec leurs cascades envahies des frondaisons d'une végétation éternellement verte étaient visitées chaque jour par les colons heureux de barboter dans l'eau belle, de pique niquer sur les prés fleuris, de récolter l'osier abondant utilisé pendant les après-midi après la sieste pour confectionner des objets de vannerie : abat-jour, corbeilles à pain. On travaillait aussi le raphia, le rotin. Les excursions nombreuses permirent aux enfants de découvrir des paysages magnifiques. Qui ne parlait pas au retour du Mont Gerbier-de-Jonc et des sources de la Loire, du courant impétueux du Rhône, du petit train départemental qui longeait l'Eyrieux vers Saint-Agrève.

Les petits colons de cette époque, âgés aujourd'hui de 40 ou 50 ans n'ont pas oublié l'histoire de cette petite chèvre qui eut beaucoup plus de chance que celle de M. Seguin. Imaginez un jour d'excursion alors que la colo embarquée sur le petit train, équivalent du macaron de la côte varoise d'antan, remontait vers Saint-Agrève. À quelque cent mètres en avant de la motrice, un troupeau de chèvres vint à traverser la voie. Coup de sifflet ! Un jeune chevrier inquiet hâte sa troupe, mais toute la gent caprine n'obéit pas. La dernière bête reste au beau milieu de la voie ferrée et regarde venir le train. Elle ne veut rien entendre des injonctions de son maître. Le conducteur de la motrice trouva le moyen de freiner sa machine et de l'arrêter à quelques mètres de l'animal. Certes, tous les enfants n'avaient pas pu voir la biquette effrontée qu'il fallut tirer par les cornes pour laisser passer le convoi. Cette histoire revenait souvent dans les conversations des colons et faisait même l'objet de polémique. À celui qui louait le conducteur d'avoir sauvé la vie à la chèvre, un autre répliquait : " Tu parles ! Il n'a pas eu grand mérite, le " macaron " marchait au pas d'un promeneur, il n'a pas eu longtemps à freiner ! "

Cette colonie de vacances donna beaucoup de satisfaction à nos jeunes qui en ont gardé de bons souvenirs. Parmi ceux qui en assurèrent le bon fonctionnement, nous n'avons pas oublié les services de : Mlle Rosenblatt, M. et Mme Bosc, de M. Rakinski, économe, de la douce Mme Garel, la cuisinière.

 

Craponne et Apinac

Ces deux localités reçurent des colons seynois en 1950, dans des conditions pas très confortables, il faut bien le dire et dans l'ambiance d'une population généralement hostile à l'école laïque. Sises à quelques kilomètres l'une de l'autre, séparées par la limite administrative entre les départements de la Loire et de la Haute-Loire, elles présentaient des avantages certains du point de vue sanitaire avec des altitudes de 940 m., des paysages de verdure saisissants, des sapinières magnifiques, un relief de plateau propice à de longues promenades à travers des pâturages où retentissaient de loin en loin les mugissements lourds et prolongés des bœufs et des vaches.

Logés dans des écoles vétustes, d'un confort très relatif, ces deux centres de vacances furent tout de même utilisés six fois à Craponne et douze fois à Apinac. Les débuts y furent difficiles. Jugez plutôt par ces faits rigoureusement authentiques.

Dès le lendemain de son arrivée à Craponne, il fut impossible aux directeurs d'y acheter du lait pour les enfants. Et pourtant il y avait des centaines de vaches laitières dans le village. Les paysans prétextaient qu'ils n'avaient pas assez de lait pour en vendre, et pourtant les bidons de ramassage attendaient le collecteur au bord des routes. Un habitant du village finit par avouer que les gens ne voulaient pas nourrir les enfants de la laïque. Sans se décourager, l'économe de la colonie prit sa voiture et put acheter du lait à quelques kilomètres à la ronde. Les enfants tenus au courant d'un tel fait se promirent de relever le défi à leur manière.

Au cours d'une sortie en forêt, ils saccagèrent de beaux sapins pour construire des cabanes. Mieux encore ! Ils capturèrent des poules vivantes laissées en liberté à qui ils arrachèrent les plus grosses plumes de la queue pour confectionner des costumes de peaux- rouges. Vous devinez l'effet produit chez les paysans des environs. Des plaintes furent déposées en mairie à la suite de ces incidents et le Maire eut beaucoup de mal à faire admettre à ses administrés que la colonie de vacances était une source de rapports pour la commune et que les commerçants n'en étaient pas mécontents. Peu à peu les difficultés s'aplanirent, mais il fallut beaucoup de diplomatie de la part des responsables. Pendant ce temps, à Apinac des incidents semblables se produisaient, une équipe de colons qui jouaient paisiblement entendit une paysanne les traiter de mécréants alors qu'ils ne faisaient rien de mal. Alors, nous a rappelé l'un des intéressés, nous lui avons piétiné son champ de luzerne le lendemain pour nous venger.

Colonie de vacances d'Apinac (1952)
(Photo fournie par Rémy Pergoux)

Colonie de vacances d'Apinac (1957)
(Photo fournie par Serge Malcor)

Comme à Craponne, dans ce petit village de 200 habitants, on n'aimait pas non plus la colonie laïque de La Seyne, les catholiques fervents, poussés par un sectarisme outrancier, créèrent des obstacles à son fonctionnement. L'alimentation en eau était défectueuse et le Maire ne faisait pas grand-chose pour l'améliorer. Tout au début, sous la direction de Mme Ravestein, il fallut ravitailler la colonie en eau par des camions-citernes en provenance de Saint-Étienne et cela deux fois par semaine par des pompiers qui parcouraient 130 km entre l'aller et le retour. Pour économiser l'eau, on décida de laver le linge au bord de la rivière toute proche, à genou, comme les lavandières d'antan, à un endroit facile d'accès où les enfants allaient barboter presque chaque jour. Hélas ! ils eurent la surprise désagréable, un beau matin, de trouver le rivage infesté d'ordures et de tessons de bouteilles. À l'évidence, il s'agissait d'un acte de malveillance.

Autre motif d'incident : le corbillard ! Tous les enfants qui ont fréquenté la colonie d'Apinac vous parleront du corbillard municipal remisé dans un hangar, sans fermeture, attenant au bâtiment scolaire. Pensez aux garnements de la colo ! Quelle aubaine pour les cow-boys simulant une attaque de diligence ou un enterrement. En l'absence de la directrice, des chenapans organisèrent un jour des obsèques dans la cour de l'école. Rien ne manquait : un colon trépassé allongé sur le véhicule et couvert d'un drap mortuaire, l'attelage composé de garçons robustes précédé d'un prêtre affublé d'une chasuble de fortune agitant un encensoir confectionné avec une boîte de conserve. Une équipe chantait des cantiques d'où s'échappaient beaucoup de noms terminés en us, mais je n'écrirai pas lesquels. Suivait la famille éplorée séchant ses larmes en étouffant des sanglots, soubresauts de rires éclatants.

Quand le curé apprit l'exploit de nos jeunes bouffons, il entra dans une colère folle, porta plainte auprès du Maire et exigea la fermeture de la colonie. Il n'obtint pas gain de cause, s'étant heurté à l'opposition des commerçants qui servaient une clientèle équivalente à la moitié de la population du village.


Colonie d'Apinac

Ne quittons pas encore cette colonie d'Apinac célèbre à plus d'un titre. Au cours d'une de mes visites, le professeur Triquet qui la dirigea après Mme Ravestein, me conduisit un jour dans la plaine au hameau de Leignec. " Préparez-vous, me dit-il, à voir quelque chose de vraiment curieux ", me laissant dans l'expectative. Il arrêta sa voiture à quelques mètres d'une petite église sur la porte de laquelle figurait une inscription manuscrite. " Lisez ! Lisez ! " me dit M. Triquet, et je lus à haute voix " Liste des familles devant venir en aide à M. le Curé ". Suivaient des noms de familles... et de marchandises :

semaine du - - au - - 2 douzaines d'œufs - M. Untel
semaine du - - au - - 2 pains de beurre - M. -
semaine du - - au - - 1 poulet - M. -
semaine du - - au - - 5 kg de pommes de terre - M. -

etc. une douzaine de noms suivaient...

Les colons et leurs moniteurs avaient découvert avant moi que les formes de la dîme persistaient en ces lieux... Et pourtant les temps de la féodalité étaient déjà loin. Cela se passait il y a seulement trente ans ! Inutile de décrire les activités de cette colonie de vacances, qui malgré ses inconvénients, a laissé des souvenirs impérissables dans la jeunesse seynoise. En témoignage cette coupure de journal qui rajeunira nos colons et moniteurs d'une trentaine d'années.

NB. De nombreux autres articles de journaux de cette époque (sur les colonies d'Apinac, de Desaignes, du Touvet, du Cheylard, de Presles,...) sont accessibles dans la rubrique suivante de notre site : http://jcautran.free.fr/archives_familiales/ecrits_divers_marius_autran/presse_locale/presse_locale.html#5 . Des compléments d'informations sur la colonie d'Apinac figurent également dans la rubrique "forum" de notre site. Voir à : http://jcautran.free.fr/archives_familiales/forum/enseignement_et_ecoles.html#44


À Desaignes, dès 1950

À partir de 1950 et pendant dix-sept ans, ce village pittoresque de l'Ardèche de 1750 habitants, d'une altitude moyenne de 500 mètres, reçut en période estivale une centaine d'enfants âgés de 6 à 8 ans, des petites filles surtout.

Ils y connurent le ravissement et la quiétude au sein d'une population de vieille souche rassemblée autour des ruines d'un château féodal ; des bâtiments d'école confortables bien équipés à tous les points de vue, une cuisine modernisée, une cour de récréation très ombragée par de grands marronniers et qui offraient aux enfants des moyens de jeux dont les balançoires et le manège étaient les plus séduisants.

Les plus jeunes enfants méritaient des attentions spéciales. Aussi les monitrices ne les quittaient pas des yeux. Les jours de mauvais temps une salle de jeux d'intérieur accueillait ce petit monde et du théâtre Guignol, animé par une monitrice avisée s'élevaient des tempêtes de piaillements aigus... et l'on chantait et l'on racontait des histoires-.

Le beau temps revenu, c'étaient les promenades dans les prés d'un vert qu'on ne connaissait pas à La Seyne. Au lendemain de son arrivée, une petite fille fut tellement surprise à la vue d'une immense prairie qu'elle confia à sa monitrice : " J'écrirai à maman qu'il y a beaucoup de persil à Desaignes ".

Tout près du village, les monitrices, emmenaient leurs équipes qu'on appelait les petits soldats, les petits bateaux, les coccinelles, jouer à la Sapinière, ou au bord d'une paisible rivière, le Doux, dont l'eau claire murmurait entre les galets.

Tout le monde pouvait y barboter à souhait et l'on quittait toujours à regret ce rivage enchanteur qui offrait aux enfants une jolie petite plage. Ce fut là qu'un jour une monitrice ordonna à son équipe au sortir du bain : " Tous sur la grève ! ". Un bambin dit alors : " Qu'est-ce que c'est la grève ? ". La monitrice posa la question à tout son groupe : " Qui peut me donner la réponse ? ". C'est alors que le petit Guy a répondu : " La grève ? c'est quand il n'y a pas de télé ! ". Il arrivait que sur le chemin du retour, on s'attardait de longs moments pour admirer la source César et aussi le sabotier creusant avec sa gouge dans les tronçons de noyers ou de frênes.

Ce fut à Desaignes que des centaines d'enfants virent des vaches pour la première fois. Ils apprirent autrement que dans les livres ce qu'était la vie à la ferme avec les troupeaux obéissant au chien du berger ; avec les charretées de foin cahotant sur les chemins, avec ses vaches énormes mugissantes aux mamelles gonflées de lait. Que de souvenirs attachants ont rapporté nos petits enfants seynois de cette modeste bourgade que ses habitants appelaient Desagnes et que nous n'allons pas quitter sans vous parler du personnel d'élite qui anima cette colonie de vacances pendant 17 ans.

Des directrices comme Mmes Cotsis, Muroni et surtout Mme Poncet, qui assuma cette responsabilité pendant plus de dix ans, qui entoura les jeunes enfants des soins les plus attentifs. Peut-être certains d'entre eux se souviennent-ils des algarades qui éclataient entre la cuisinière Mme Bonnabel peu enthousiaste pour les règles de la diététique et Mme Poncet respectueuse des conseils du corps médical. " Eh ! bé, vous leur faites manger des carottes râpées ", disait la cuisinière. " Ils préféreraient des raviolis avec un bon jus de daube ! Vous partez toujours des vitamines, qu'es acco ? les vitamines ! Il les mangeront pas vos carottes râpées ! " Alors Mme Poncet, calmement lui répondait : " Moi, je vous dis que toutes les filles mangeront les carottes ". Elle ne se trompa point parce qu'elle avait pris la précaution avant le repas, de dire avec force persuasion que les carottes faisaient venir de beaux yeux à celles qui en mangeraient.

L'économat de la colonie fut assuré pendant 17 ans par M. Argaud, personnalité locale qui cumulait à Desaignes les fonctions de directeur de l'école et la charge de pasteur protestant. Il effectua son travail à la perfection, sut obtenir de la Municipalité locale toutes les améliorations souhaitables au bon fonctionnement de la colonie connue pour sa renommée d'organisation et de modernité : sa cuisine surtout dotée de tous les engins de travail les plus perfectionnés : machine à éplucher, à laver la vaisselle, découpeuse à pain électrique qui emplissait de tranches régulières une corbeille en un temps record. Toute fière, Mme Bonnabel disait partout, à Desaignes comme à La Seyne : " Ici, nous sommes les plus forts : nous avons la guillotine ".

 

Dix ans à Silhac-Fontbonne

Entre 1954 et 1964 fonctionna dans ces hameaux de l'Ardèche une colonie pour fillettes âgées de sept à dix ans, installée dans un centre ménager agricole dirigé par Mme et M. Brunel.

On la considérait alors comme le joyau des centres de vacances de la région.

Situé à 40 km de Tournon-sur-Rhône, en bordure du plateau de Vernoux, Fontbonne est un site admirable que les peintres ont souvent fixé sur leurs toiles ; entouré d'une couronne de verdure, faite de feuillages de hêtres, de sapins et d'érables, au centre d'une cuvette traversée par la Dunière, le hameau et son terroir sont des lieux qui ont vraiment une âme et leur emprise sur l'enfance seynoise y fut considérable et tellement marquante que l'immense majorité des fillettes demandaient à y retourner chaque année.

L'établissement, à 600 m. d'altitude, répondait aux exigences d'une véritable colonie sanitaire. Il ne manquait de rien. Les bâtiments entourés de jardins fleuris de pervenches, de pieds-d'alouette, de dahlias, d'hortensias, étaient équipés confortablement... Des fleurs, il y en avait partout : autour des dortoirs, sur les fenêtres, devant le réfectoire, autour des terrains de jeux, un réfectoire qui ressemblait surtout à une salle de restaurant avec sa cuisine ultra moderne où l'on préparait les mets les plus délicats.

La colonie était bien gardée par trois chiens qui reconnaissaient les étrangers et les tenaient en respect. M. Brunel leur avait appris à connaître tous les enfants et le personnel de service. Tous pouvaient compter sur leur vigilance pour assurer leur sécurité.

Ils avaient tout de même leur jour de congé car leur maître les emmenait de temps à autre à la chasse et il n'était par rare qu'il en revint avec un beau lièvre dans son carnier.

M. Stauffer, instituteur de l'École Martini, dont une génération de Seynois a gardé les meilleurs souvenirs, fut pendant dix ans le directeur-adjoint de M. Brunel. Il ne quittait pas des yeux les 94 fillettes âgées de sept à dix ans dont il avait la charge pour les activités. La colonie disparaissant sous les fleurs, il n'avait pas cherché bien loin pour désigner ses équipes. Toutes portaient des noms de fleurs : Les coquelicots, Les jonquilles, Les gentianes, Les tulipes, Les violettes, Les myosotis, Les muguets,... Comme c'était charmant tout ça !

Et quand on quittait la colo, on découvrait des lieux féeriques d'une forêt avec ses multitudes d'espèces végétales, ses hautes fougères au pied desquelles on s'enfonçait dans la mousse épaisse et moelleuse. On faisait des pique-niques dans ces coins idylliques qui s'appelaient La Combette, Les Charderies, Chante-coucou. Quoi de plus enivrant que les parties de cache-cache à travers les buissons, que les cueillettes des myrtilles d'où l'on revenait la figure embarbouillée, que les récoltes de cèpes et de girolles dont la cuisinière Mme Roure, aidée de son adjointe Huguette Verdier, sauraient tirer parti par des omelettes succulentes.

Et il en fut ainsi pendant dix ans pour le bonheur des centaines de fillettes devenues mamans et qui parlent toujours de Fontbonne avec la même flamme.

Ce fut avec bien des regrets que les séjours de cette colonie furent abandonnés ainsi que ceux de Desaignes. Nous entrions dans une période de réorganisation nécessitée par un transfert de colonies dans un seul département, celui de l'Isère pour les raisons que nous allons définir plus loin.

Passons rapidement sur d'autres centres de vacances de l'Ardèche utilisés entre 1950 et 1960 de façon temporaire et irrégulière : ce fut le cas pour Saint-Agrève, Lamastre, Entraigues, Vernoux, Saint-Julien Boutières. Leur altitude moyenne variait de 400 m. à 600 m., exception faite pour Saint-Agrève qui s'élevait à 1.050 m. Installées pour la plupart dans des locaux scolaires confortables, elles permirent à des centaines de jeunes Seynois d'y faire provision d'un air très pur et de connaître les régions magnifiques des Cévennes et du Vivarais avec des foules de curiosités géographiques et historiques comme la voie romaine de Vernoux, le moulin de Margier, le château de Retourtour, la ferme de la Bouchette, le mas de Saramont, le Mézenc, le Gerbier-de-Jonc d'où l'on pouvait découvrir les Alpes dauphinoises.

Remercions au passage les animateurs de ces centres de vacances comme : M. et Mme Léopardo, M. Boucaud (instituteur), M. Triquet (professeur), M. Weingand (professeur d'éducation physique), M. Huiart (directeur de l'école de plein air), MM. Delaire, Bottero (économes), M. et Mme Chandanson.

Avant le regroupement d'ensemble des colonies de vacances en Isère une expérience fut tentée dès 1954 par la location de locaux à Bellecombe, hameau dépendant de la commune de Chapareillan (Isère).

 

Bellecombe

Cette expérience fut très positive à tous égards : le site, comme son nom l'indique est ravissant. Du hameau perché à 750 m. d'altitude, on découvre l'immense vallée de l'Isère et il est même permis les soirs de beau temps de voir le Mont Blanc rosir à l'horizon oriental. Des roches imposantes, de la verdure partout, un torrent tumultueux qui se cache sous une végétation puissante de chênes, de frênes et d'érables.

On est ici au pied du fameux Mont Granier dont le relief tabulaire fait penser au Mont Coudon. Face au Mont Blanc, cette hauteur de 1940 mètres est ce qui reste d'un massif bien plus important qui s'effondra au Moyen Age et ensevelit un village entier sous des épaisseurs de roches éboulées de plusieurs centaines de mètres.

La colonie fut installée dans une vieille école désaffectée que la Municipalité entreprit d'améliorer et de transformer. Elle l'avait louée pour une durée de vingt ans à la ville de Chapareillan, le montant du loyer étant dérisoire.

Pour accroître la capacité d'accueil des locaux, deux grandes toiles de tente avaient été fixées dans l'ancienne cour de l'école et les enfants au nombre d'une soixantaine s'y trouvaient mieux logés qu'à l'intérieur des vétustes locaux scolaires.

Leurs activités extrêmement diverses leur procuraient des joies sans cesse renouvelées : promenades, jeux de plein air, excursions vers le col du Granier à pied avec pique-nique à l'ombre des sapins. Tout le vocabulaire de la montagne appris à l'école, pouvait illustrer concrètement : les étudiants moniteurs expliquaient les cols, les monts, les vallées, les glaciers, les névés, les torrents, les failles, etc. Au cours d'excursions plus longues, nos jeunes enfants découvrirent Chambéry, Annecy et son lac, Val d'Isère, Chamonix,... Que de souvenirs accumulés ! Que de choses à raconter au retour !

Même en été, on pouvait s'arrêter à proximité des neiges éternelles. Ah ! cette neige, rarissime au bord de mer, on pouvait la palper, la pétrir et, bien entendu, en faire des projectiles.

Le lendemain des randonnées lointaines on reprenait des forces à l'ombre épaisse des tilleuls et des marronniers qui cachaient les ruines d'un château féodal. Les équipes se regroupaient. Elles portaient des noms évocateurs de l'aventure : Les cow-boys, Les brigands, Les aventuriers,... où se distinguaient les amoureux de l'exploit : ceux qui n'hésitaient pas à descendre à travers les cascades du torrent pour aller coincer les truites blotties sous les roches. Il fallut l'intervention du directeur pour assurer la protection des nids d'oiseaux.

Yves Bernard aimait raconter l'un de ses exploits qui l'avait amené à découvrir un nid de jeunes mulots à la tête énorme. " Je n'ai pas osé les tuer ! alors je les ai ramenés à la " colo " et mon équipe les a élevés au biberon ! ".

Les enfants jouissaient d'une grande liberté à Bellecombe. Déjà vers 1957 on y pratiquait le réveil libre et on y prenait son petit déjeuner par petits groupes. Il y régnait une ambiance paternelle et les moniteurs respectaient le désir des enfants au seuil de la journée. " Et si on allait aux myrtilles ? Ou alors aux champignons ? " D'autres préféraient, surtout si le temps était maussade, se livrer à des activités d'intérieur, confectionner des médaillons en plâtre, des objets en raphia qu'on serait fier de montrer aux parents au retour de la colo.

Nous allions oublier de vous parler des baignades à la piscine de Chapareillan où l'on se rendait à pied. Ces jours-là le directeur apportait un repas à proximité du village. Après le bain, le casse-croûte était vite dévoré et l'on rentrait dans l'après-midi, tranquillement par la route du Granier peu fréquentée en ce temps-là par les automobiles.

A Bellecombe (juillet 1963) : Mlle Mireille Barbet, M. Bosc (directeur)
A Bellecombe (juillet 1963) : Mlle Françoise Mistral, M. Michel Ravoux

Rendons hommage à tous ceux et celles qui assurèrent le bon fonctionnement de cette structure de vacances pour la jeunesse seynoise : à Mme et M. Bosc, instituteur de Bandol, à M. Guiseppi, professeur et surtout à Paul Corrotti, directeur du collège de La Londe, et à son épouse qui assura l'économat de la colonie, à toutes les équipes de moniteurs et du personnel de service qui surent créer la bonne entente et la joie ; que tous soient remerciés pour leur dévouement à la cause sacrée de l'enfance.

La colonie de Bellecombe fut donc une expérience positive. La meilleure preuve c'est qu'elle a duré presque trente ans. Elle fut la plus demandée par les garçons de 12 à 14 ans. Au hasard de nos rencontres, les premiers colons devenus des papas de quarante ans n'arrêtent pas de raconter leurs souvenirs de ce coin de l'Isère où ils vécurent si heureux.

A Bellecombe (1970)

"Camp d'ados" à Bellecombe (1970)

"Camp d'ados" à Bellecombe (1974)


Des transferts nécessaires

Après plus de 10 ans d'expérience sur les échanges d'enfants et de locaux scolaires, la Municipalité Toussaint Merle décida de créer des structures municipales gérées par du personnel seynois.

Après le passage des colons de l'Ardèche ou de la Loire, il fallait souvent déplorer des dégâts : robinets cassés, placards fracturés, graffitis sur les murs, etc. Si la remise en ordre n'était pas assez rapide, alors s'élevaient avec juste raison les protestations du corps enseignant. Les mêmes problèmes se posaient dans les colonies de la montagne. Alors, dans ces conditions, mieux valait que chacun restât chez soi.

Autre raison qui poussa la Municipalité et la Caisse des Écoles à quitter le département de l'Ardèche : le climat. Certes l'air pur des Cévennes et du Vivarais avait été bienfaisant, mais les colons avaient parfois à souffrir des vents froids et irréguliers qui balayaient les plateaux de Saint-Agrève et de Craponne. Il n'était pas rare d'enregistrer des températures voisines de 0°.

Le climat des Alpes ne présentait pas des inconvénients de ce genre. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si l'Isère est le département de France qui compte le plus grand nombre de colonies de vacances pour les enfants.

De plus, la mise en place des colonies de l'Ardèche et de la Loire nécessitait des transports assez longs par des routes très sinueuses.

Enfin, pour assurer un fonctionnement idéal des centres de vacances, il fallait acheter des propriétés bâties confortables, utilisées au maximum, même en dehors des périodes de vacances, cette opération permettant aussi d'enrichir le patrimoine communal.

Pour assurer une meilleure gestion de l'ensemble, les immeubles ne devaient pas être trop éloignés les uns des autres.

Il fallait accroître au maximum leur capacité d'accueil sans dépasser un effectif d'une centaine par colonie et en réduisant la durée des séjours de 45 jours à 30 il serait possible de satisfaire un plus grand nombre de demandes des familles.

Le tableau comparatif qui suit témoigne de l'engouement des parents à faire profiter leurs enfants d'une œuvre des plus salutaires. Que de fois ne fut-il pas démontré par des statistiques officielles que la santé des petits Seynois s'améliorait d'année en année et qu'après des séjours d'un mois à la montagne, ils étaient mieux armés pour affronter les rigueurs de l'hiver. Autre aspect non négligeable pour les familles : la modicité des frais de participation. Ajoutons qu'avec le développement de la législation sociale, la participation de la Sécurité Sociale, les bons vacances octroyés par les Comités d'Entreprises et la Caisse d'Allocations Familiales, les gens les plus démunis obtinrent finalement des vacances gratuites pour leurs enfants.

 

Presles (Isère)

En 1957, la Municipalité fit l'acquisition de deux fermes et de trois hectares de prairies y attenant sur un plateau de verdure à 1050 m. d'altitude. On y accède par une route en lacets qui se détache des gorges de la Bourne à quelques kilomètres de Pont-en-Royans, on traverse le hameau du Fâ de Presles avant de découvrir les bâtiments de la colonie et les quelques fermes où vivent une dizaine d'habitants.

Ces rares constructions avaient été édifiées à la Libération et remises à des propriétaires paysans ayant échappé miraculeusement à la barbarie allemande, qui avait fait régner la terreur dans tout le massif du Vercors en incendiant les fermes, en massacrant les habitants par centaines : femmes, enfants, vieillards et surtout jeunes gens soupçonnés d'aider les maquisards.

De nombreux survivants horrifiés à la vue de ces spectacles atroces où ils virent périr des êtres chers, refusèrent de se réinstaller sur les lieux des massacres de l'armée allemande. Voilà qui explique que des constructions absolument neuves, en belles pierres blanches, furent mises à la vente pour des prix dérisoires.

La Municipalité de La Seyne ne rata pas l'occasion. Entre les deux bâtiments principaux à usage de ferme et séparés de cent cinquante mètres environ, on édifia un troisième bâtiment plus modeste aménagé spécialement en infirmerie, sanitaire et lingerie.

Les immenses greniers transformés en dortoirs et chambres individuelles ; les rez-de-chaussée convertis en cuisine et salles de restaurant permirent d'accueillir dès la première année un contingent de 93 enfants sous la direction de M. Boucaud, instituteur à La Seyne et de Mme Boucaud assurant l'économat. Rappelons au passage le nom de Boisard, instituteur de La Seyne également, qui fut le compagnon fidèle de M. Boucaud pendant 7 années consécutives à Presles et qui assura avec brio les fonctions de moniteur-chef.

Colonie de vacances de Presles (1970)

Nous reviendrons plus loin sur les personnels d'encadrement : moniteurs, femmes de service, etc. qui assurèrent un bon fonctionnement de ce centre de vacances qui dure depuis plus de trente ans.

Quand les enfants et leurs moniteurs mirent pied à terre sur ce plateau où l'on comptait les familles sur les doigts d'une main, ils ne cachèrent pas une certaine inquiétude en déclarant : " Nous sommes vraiment dans le bled ! ". Effectivement la localité la plus proche était Pont-en-Royans mais... à 12 km. On n'aurait pas l'occasion d'y aller souvent.

Avec sa façon persuasive, M. Boucaud expliqua à tous qu'ici à Presles on était en sûreté à tous les points de vue : l'air était pur, la pollution était à la ville. La nourriture abondante et choisie et cela pour un prix dérisoire et les amusements ne manqueraient pas, mais il fallait les organiser. À Presles, on ne connut pas la lassitude ni la mélancolie. " C'est vrai ! disait le directeur, ici il n'y a pas de cinéma, il n'y a pas de dancing ! Vous verrez ! Vous ne manquerez pas de spectacle ".

Certes tout au long de la journée les enfants se livraient à des jeux de plein air, à des promenades, à des compétitions ou à des activités manuelles. Des moniteurs et des monitrices avisés leur apprirent à aimer ce pays magnifique où la nature offre tant de dons aux sens du voyageur : torrents qui bouillonnent, plaintes des cascades se mêlant à celles des clarines de vaches, forêts profondes semées de fraises parfumées, relief gigantesque et chaotique.

Le soir tout le monde se retrouvait à la veillée : on y écoutait de belles histoires. N'y avait-il pas des moniteurs comédiens, pitres, chanteurs ?

On jouait des comédies, on y faisait du théâtre d'ombres, des projections de diapos... et puis un jour la colo fut dotée d'un poste de télévision... comme si on était au cinéma ! Et avec les tourne-disques et les cassettes, on ne craignait pas de s'ennuyer à Presles... et très souvent, au moins une fois par semaine, c'était le bal que M. Boucaud ouvrait toujours avec enthousiasme, ce qui ne l'empêchait pas de vérifier si les moniteurs de service étaient bien à leur poste de surveillance dans les dortoirs. On y fit aussi du théâtre de plein air. Rappelez-vous, les anciens ! N'aviez-vous pas transporté des centaines de pierres plates que vous aviez disposées en gradins semi-circulaires dans un creux de terrain situé entre les deux bâtiments principaux de la colonie ?

Il fallut beaucoup d'efforts pour donner une place à chacun, mais l'ensemble rappelait si bien le théâtre antique d'Arles qu'on l'appela sérieusement le théâtre romain.

La colonie fut considérée comme un modèle d'organisation parmi les 496 colonies du département de l'Isère. Citons au passage les noms du personnel d'encadrement qui en assura le bon fonctionnement pendant plusieurs décennies : M. et Mme Boucaud ; MM. Triquet, Bottero, Frencia, Boisard, René Allons.

Colonie de vacances de Presles (1970)

Le hameau de Presles en Isère, c'est une facette de trente ans dans l'histoire de La Seyne... et elle n'est pas terminée, du moins l'espérons-nous !

Que de souvenirs attachants habitent aujourd'hui les têtes grisonnantes de toute une génération de Seynois et de Seynoises qui n'oublieront pas le rôle éminent de M. Boucaud et de son épouse qui animèrent admirablement ce centre de vacances de Presles... M. Boucaud que nous avons connu à l'École Martini dès la fin de la guerre, puis dans les colonies de vacances à Embrun comme moniteur, puis au col des Mouilles, à Saint-Julien-Boutières, à Apinac comme directeur... M. Boucard, à qui la Municipalité a remis la Médaille d'honneur de la ville après ses 25 années de présence au service des œuvres sociales municipales.

Sa forte personnalité ne doit pas nous faire oublier celle de ses meilleurs collaborateurs et de ses successeurs qui mirent tout leur cœur à la réussite et au bon fonctionnement du centre de Presles.

 

Nouvelle structure nécessaire : les cours de moniteurs

En 1958 le nombre de colons avoisinait les 700 répartis en 9 colonies. Un encadrement de 80 moniteurs et monitrices était nécessaire et les Seynois étaient minoritaires. La Municipalité décida alors d'ouvrir des cours municipaux de formation dont la direction fut confiée à Paul Gaujac. Il s'agissait essentiellement de cours pratiques intitulés par exemple : une journée normale à la colonie, l'organisation des jeux, des excursions, la promenade et l'étude du milieu, la discipline, le secourisme, les fêtes et kermesses, les travaux manuels, etc.

NB. Pour d'autres photos et articles de presse sur les cours de moniteurs, voir la rubrique suivante de notre site : http://jcautran.free.fr/archives_familiales/ecrits_divers_marius_autran/presse_locale/presse_locale.html#6

Ces cours ouverts chaque samedi permirent un meilleur recrutement parmi les jeunes Seynois, mais il fallut néanmoins en appeler de l'extérieur. Ils fonctionnèrent régulièrement jusqu'à la création de l'O.M.A.S.E. (Office Municipal de l'Action Socio-Éducative), en 1974, sous la direction de Daniel Hugonnet.

En collaboration avec les C.E.M.E.A. (Centres d'Entraînement aux Méthodes d'Éducation Active) et les Francas (Francs et Franches Camarades), l'O.M.A.S.E. visait beaucoup plus haut avec la naissance d'autres structures dont il sera question plus loin.

Les C.E.M.E.A. (1) - Au centre : MM. Paul Gaujac et Daniel Hugonnet
Les C.E.M.E.A. (2)

Exemple de carnet du moniteur de colonies de vacances distribué lors de la formation suivie à La Seyne-sur-Mer en 1961
(Pages de couvertures et quelques pages intérieures à titre d'exemples)


La découverte du Touvet (Isère)

Le deuxième séjour des colonies de vacances de 1958 s'achevait et après sa visite à Bellecombe, la délégation de la Caisse des Écoles que je conduisais était sur le chemin du retour. Le temps était lourd. Nous étions à quelque 25 km de Grenoble et nous avions soif. Sans plus attendre, à la traversée du premier village venu, un café nous accueillit.

À peine avions-nous pénétré dans la salle enfumée, qu'une voix s'éleva parmi les joueurs de cartes : " Tiens ! Voilà les Seynois ! " J'eus de la peine, à travers la tabagie, à dévisager le personnage qui nous interpellait. " Ah ! c'est toi ! " dis-je à un vieux camarade chargé depuis longtemps de surveiller la colonie de Bellecombe. Il se nommait Eugène Peyron. Son nom restera attaché à l'histoire de nos colonies de vacances et nous reviendrons sur les services éminents qu'il rendit par la suite à la ville de La Seyne.

- " Vous arrivez au bon moment " nous dit-il " et il faut faire vite ! "
- " Mais de quoi s'agit-il " lui dis-je ?
- " Il y a ici même au Touvet une propriété superbe à vendre et ce serait pour vos colonies de vacances une affaire extraordinaire. Il faut y aller voir tout de suite ".

Le soir tombait. Nous étions pressés de rentrer à La Seyne mais sur les insistances de Peyron, il nous fallut l'écouter, le suivre, nous faire présenter aux propriétaires : de braves vieux, pliés sous le poids des ans : Mme et M. Finas ; elle âgée de 70 ans et lui de 90 ans, désireux de se retirer à Chambéry où travaillaient leurs enfants.

M. Finas nous dit sa déception de ne plus pouvoir entretenir ses biens où il avait vécu si heureux avec son épouse. La conversation ne dura pas longtemps. D'un regard circulaire, nous eûmes tôt fait de voir les deux hectares de prairie, un potager, une vigne superbe, deux grands bâtiments : maison de maître à trois étages, maison de ferme avec écurie, étable, cellier... et toutes les dépendances : caves, remises, etc., une grande cour avec un bassin circulaire alimenté par une eau de source fraîche et abondante, une allée de marronniers gigantesques, des magnolias, des arbres fruitiers, des noyers, bref des richesses naturelles en tout genre.

Je fus personnellement séduit dès l'abord et je le fus bien davantage quand Mme Finas répondit à ma question. Quel sera votre prix ? Presque timidement elle bredouilla : " Nous voudrions bien en tirer quatre millions ! ". Il s'agissait de millions anciens et nous étions en 1958 ! Nous n'avions pas le temps de discuter plus longtemps et en faisant nos adieux à ces braves gens, je leur dis : " Vous n'aurez pas longtemps à attendre notre réponse ! " Et nous voilà partis au comble de la joie.

Le lendemain je prévenais de bonne heure Toussaint Merle de la perspective de cette bonne affaire. Il désigna le jour même une délégation de techniciens, pour vérifier de plus près l'état des constructions et quelques jours plus tard le secrétaire général de la Mairie, M. Bender faisait signer aux Finas une promesse de vente. Avant la fin de l'année commencèrent les premiers travaux d'aménagement.

J'allais oublier de dire que la transaction avec les propriétaires se fit finalement pour un montant de 3.750.000 AF. Nous étions en 1958, il est vrai. Quand on lira plus loin tout le parti que la ville put tirer de cette acquisition, on conviendra qu'elle fut une très bonne affaire pour la collectivité seynoise.

À ses débuts, la colonie du Touvet accueillit 80 enfants et donc 160 en deux séjours. Une altitude moyenne, une sécurité absolue, aucun voisinage désagréable, des espaces verts, des ombrages frais, des lieux d'excursions prestigieux, un ravitaillement aisé et fort divers,... en somme toutes les conditions étaient réunies pour une réussite des vacances de la jeunesse seynoise.

Nous n'entrerons pas dans le détail des activités organisées par un personnel d'élite qui sut intéresser admirablement les jeunes Seynois et Seynoises à tous les aspects de la vie montagnarde. Tous ceux et celles qui ont appartenu aux équipes ainsi nommées : Les alpinistes, Les vautours, Les cerfs, Les lutins, peuvent porter témoignages des heures inoubliables passées au Touvet. Tous ont en mémoire les noms des organisateurs, des animateurs comme MM. Triquet et Beretta, Minetti, Bosc, Dravet, etc.

Le Touvet (1974)

NB. Voir par ailleurs (rubrique "forum" de notre site) : « Souvenirs de l'ancienne colonie du Touvet, son devenir après 1990 et des photos de la propriété actuelle (2011) », et « Localisation de l'ancienne colonie du Touvet à partir de photos aériennes actuelles (2013) »


Le château de la Motte Saint-Martin

L'acquisition des propriétés de Presles et du Touvet et la location à bail de la colonie de Bellecombe permit à partir de 1958 des séjours à la montagne pour 450 enfants, soit les 2/3 des contingents prévus pour 1960.

Pour satisfaire l'accueil de la totalité des enfants en Isère et en finir avec le système des échanges, une nouvelle acquisition était nécessaire.

Sur les conseils du Service départemental de la Jeunesse et des Sports du département de l'Isère, la Caisse des Écoles alla visiter le château de La Motte Saint-Martin, immense construction entourée de 5 hectares de bois et de prés, sise au pied du Vercors entre la Mûre et la Drac.

Rappelons ici ce que nous écrivions au lendemain du 12 mai 1962, date de l'acquisition, car la délégation qui visita les lieux comprit tout le parti que l'on pourrait en tirer même s'il n'était pas possible d'occuper la totalité des bâtiments en raison de leur vétusté.

" Quand le touriste, au sortir de la ville de la Mûre, laisse sur sa droite la route de Vizille et de Grenoble et s'engage sur celle de La Motte, il découvre un paysage d'une rare beauté ".

La route qui serpente sur près de 10 kilomètres le conduit dans une vallée où coule un torrent limpide, le ruisseau de Vaux qui se jette dans le Drac, affluent de l'Isère. En amont du confluent, à quelques kilomètres, tout près du hameau de la Motte-les-Bains, s'élève le château que la ville de La Seyne vient d'acquérir.

Situé au pied du Vercors dont les poètes ont chanté la beauté riante et verdoyante, à une altitude de 700 mètres, le château que surplombe le Mont Eynard (1713 m.) domine des jardins en terrasses, de vastes prairies et un bois épais que sillonnent de nombreux sentiers.

Le château de La Motte Saint-Martin (Isère)

L'origine de la construction remonte au XIe siècle. Les premiers occupants en furent les comtes d'Alban, puissants féodaux qui possédaient d'immenses domaines dans cette région de l'Isère. Le château connut des combats meurtriers au moment des invasions sarrasines ; plus tard les guerres de religion. Après bien des vicissitudes, il fut détruit en partie et en 1844, sur ses fondements, un établissement important fut érigé, véritable hôtel de cure pour la guérison des rhumatismes, des luxations et des fractures en raison de la qualité des eaux chaudes du sous-sol environnant.

Hélas ! à la suite de travaux hydrauliques effectués non loin des sources, les eaux chaudes disparurent, ce qui entraîna ipso facto la ruine de l'établissement. Alors le château devenu hôtel se transforma en maison de repos, avec salons confortables, ascenseurs dans les deux ailes.

Quelques années après, une nouvelle mutation en fit une colonie de vacances utilisée par le Comité d'entreprise de l'usine Renault. Pendant longtemps la construction ne fut guère améliorée et même l'entretien fut bien négligé. Quand la municipalité en fit l'acquisition, l'ensemble des bâtiments de style Renaissance, très agréables au regard n'était utilisable qu'à 60 %.

Des 120 fenêtres qui s'ouvrent sur les façades extérieures, l'oeil découvre des pentes boisées de sapins, des cascades écumantes, des pâturages éternellement verts limités dans le lointain par les hauteurs bleues du Dévoluy et du Vercors.

À l'intérieur du corps des logis, une vaste cour ombragée avec au centre un bassin, un jet d'eau, des rocailles, une statue. L'aile nord comporte des salles de restaurant immenses avec cuisine spacieuse au rez-de-chaussée. Après des travaux d'amélioration, les normes de sécurité respectées surtout pour les réseaux électriques et les issues de secours, il fut possible dès le mois de juillet 1962, de loger dans cette structure imposante 240 enfants en deux séjours (juillet et août).

Dès lors, les échanges avec les départements du Centre furent supprimés et les transferts prévus quelques années auparavant réalisés.

Les premiers contingents de jeunes Seynois installés à la Motte Saint-Martin (appelée aussi La Motte-les-Bains plus anciennement), furent dirigés par M. Gaujac, M. et Mme Culioli, M. et Mme Mazocchi, Mlles M.-A. Desaix, M. Corfdir, M. Frencia, Mme Cotsis, M. Laurent Galy.

À la piscine de La Motte Saint-Martin (Isère) - 1970

À la piscine de La Motte Saint-Martin (Isère)

NB. Voir par ailleurs (rubrique "forum" de notre site) plusieurs témoignages sur l'ancienne colonie de vacances de La Motte : « Photos du château de La Motte-Saint-Martin » (2006), Témoignage de M. Laurent Galy « Colonie de vacances de La Motte » (2007), Témoignage de Mme Pierrette Maccioni « Colonie de vacances de La Motte - Paul Gaujac » (2012) ».

 

Le premier camp d'adolescents

La formule des vacances pour enfants de 6 à 14 ans était une réussite démontrée d'année en année par la croissance des effectifs. Nous parlions au début d'un véritable phénomène de société qui avait gagné tout le pays après la guerre, et pris une extension considérable au point que le législateur dut s'en mêler sérieusement. Les municipalités, les amicales laïques, les syndicats, les associations, les comités d'entreprises furent autorisés à organiser des colonies de vacances et la prolifération de ces structures de loisirs pour la jeunesse eut des incidences multiples sur la vie du pays avec les déplacements massifs d'enfants et de leur encadrement de la mer vers la montagne et vice-versa, l'occupation de locaux adéquats ou même leur création, les problèmes d'intendance, de sécurité, etc. etc.

Les ministères de la jeunesse et des sports de cette période enthousiaste durent prendre à bras le corps, l'organisation des loisirs de la jeunesse à l'échelle nationale.

D'autres besoins apparurent pour les familles vivement intéressées par les départs à la montagne extrêmement bénéfiques pour les enfants. Il faut dire aussi en toute franchise que la colo c'était aussi un repos réparateur pour les parents, une plus grande liberté pour quelques semaines, une détente surtout pour les familles nombreuses. À telle enseigne que, chaque année, les séjours terminés pour ceux des enfants atteints par la limite d'âge, des parents disaient : " Mais enfin, pourquoi ne pas les prendre jusqu'à 15 ans ? " Quand la question m'était posée, je répondais ironiquement : " Pourquoi pas jusqu'au service militaire ? ". Il fallait bien convenir cependant qu'un sérieux problème se posait pour cette jeunesse adolescente livrée à elle-même pendant les mois de juillet et août.

Alors naquit l'idée d'organiser des vacances spéciales pour elle. Il fallait trouver d'autres formules, d'autres moyens, d'autres motivations et surtout former un encadrement adéquat sachant diriger et conseiller adroitement ces jeunes de 14 à 17 ans désireux de connaître des horizons nouveaux, de satisfaire un besoin d'évasion et une meilleure connaissance de la vie collective. La première expérience de ce genre fut tentée en 1966 avec un groupe d'adolescents de La Motte Saint-Martin à laquelle participèrent une quinzaine de jeunes gens désireux de faire du camping.

Ils se fixèrent à proximité de la colonie des enfants dans les bois environnants. Nous tenions à les savoir près d'un refuge assuré, pour le cas exceptionnel où la tempête aurait mis à mal leur installation.

La vie au camp d'ados, comme ils disaient, n'a rien de commun avec la colonie de vacances. Tout le monde doit travailler à la réussite de la vie collective en apportant son travail, ses goûts, ses aptitudes.

Il faut apprendre à monter sa toile, à organiser une randonnée, à préparer un menu, à faire des achats, à faire la cuisine, à équilibrer un budget. Tout cela n'est pas incompatible avec la pratique des activités de loisirs aussi diversifiées que possible : la lecture, la musique, le sport, la photographie, le chant choral, le travail manuel et pourquoi pas l'art dramatique ?

Cette première expérience fut une réussite. Le contingent fut recruté parmi les anciens colons, les plus assidus, les plus disciplinés. La participation au camp d'adolescents apparaissait comme une récompense.

Il fallait trouver un personnel d'encadrement qualifié. La chose fut aisée avec des gens d'expérience comme Frencia, directeur du camp, des instituteurs ou élèves professeurs comme Bertolotto, Liprandi, Perez, M.-F. Gaudy, titulaires d'un diplôme spécial pour les camps d'adolescents.

L'un des premiers "camp d'ados" (1969)

"Les ados" : départ pour l'île des Embiez
Images de la sortie aux Embiez

Les problèmes financiers ne furent pas des moindres à régler. La municipalité augmenta sa subvention à la Caisse des écoles, la Caisse d'allocations familiales accepta également de participer à l'achat du matériel de camping (10.000 F à l'époque). Ces aides permirent de limiter les frais des participations familiales dont le montant atteignit 150 F pour un séjour de trois semaines, alors que d'autres organismes exigeaient 450 F pour la même durée.

Les parents étaient tenus régulièrement au courant de la vie quotidienne de ce premier camp d'ados. La presse rendit compte en ces termes du succès de cette entreprise après sa visite au camp :

" Nous avons trouvé des jeunes gens intéressés, optimistes, enthousiastes et cela malgré le mauvais temps du début. Le séjour s'est dérouté sans incident notable. Les jeunes Le Moigat, Pougès, Leroux se sont révélés comme d'excellents cuisiniers, battus paraît-il par le jeune Sillard spécialiste de daubes succulentes ".

Alors que Boggero faisait des lessives impeccables, que Pépino toujours sur la brèche, rendait des services inestimables à tout le monde.

Sans pouvoir les citer tous, disons que nos jeunes gens se sont montrés corrects, disciplinés, dévoués. Ils ont ainsi assuré la bonne marche du camp, ce dont nous les félicitons vivement. Les camps d'adolescents se succédèrent et dans la décennie qui suivit, la Caisse des écoles puis l'O.M.A.S.E. dont nous allons parler plus longuement s'efforcèrent de varier les formules. Le camp fixe devint un camp itinérant avec retour périodique à une base de départ. Cette expérience se réalisa à Bellecombe.

Si au camp de La Motte Saint-Martin, les ados étaient pris en subsistance par l'économat de la colonie, il n'en fut pas de même par la suite, et le camp devint tout à fait autonome, mais aussi plus coûteux.

Une expérience ravissante fut celle entreprise en 1973 par Daniel Hugonnet qui dirigea le camp de Pietranera en Corse du Nord. Vingt-cinq jeunes gens, garçons et filles découvrirent un littoral différent du nôtre et une population particulièrement accueillante.

D'autres expériences suivirent dont il serait bien long de résumer toutes les péripéties : camp itinérant de Bellecombe, de Haute-Loire, etc.

En 1978 fut inaugurée une nouvelle expérience : le tour des Cévennes à bicyclette. Bernard Jourda aime à raconter comment l'équipe des ados fixée dans un village de la Loire, devint l'animatrice des fêtes votives.

Revenons au point de départ du premier camp d'adolescents pour ajouter quelques mots sur une structure nouvelle qui naquit dans la même période, disparue aujourd'hui, dont les souvenirs vivaces ont marqué une génération des anciens de notre ville.

 

L'hôtel Beauséjour

Ne quittons pas le château de La Motte Saint-Martin avec son hameau qui connaissait chaque été une animation considérable, avec sa piscine que les jeunes Seynois fréquentaient chaque jour, avec sa colo, son camp d'ados, et même dans une certaine période son École de plein air. Oui ! l'École de la Dominante qui y fit des séjours sous la direction de M. Huiart. Ne quittons pas toute cette jeunesse au plein air sans vous parler d'une acquisition faite par la municipalité dirigée par Toussaint Merle : L'hôtel Beauséjour, situé à moins de 100 m. du château, établissement dont la ville devint propriétaire en 1963 et qui rendit des services éminents... non pas aux jeunes mais aux anciens Seynois. Pendant vingt ans, des centaines de personnes âgées vinrent goûter le charme des séjours à la montagne, la fraîcheur des ombrages, le repos absolu de ce havre de paix et de bonheur où rien ne manquait : une nourriture choisie, des distractions variées : concours de boules, de cartes, concerts, télévision, excursions, visites aux colonies de vacances des environs,... Tout cela par l'organisation magistrale de Camille Dutto, conseiller municipal, aidé et quelquefois remplacé par d'autres personnalités particulièrement dévouées comme : Félix Canebier, Armande Paganelli. Saint-Martin a connu pendant vingt ans et plus, une activité fébrile à la saison d'été. Si l'on tient compte des deux séjours de colons, des séjours répétés des vieux travailleurs, du personnel de service, des dizaines de moniteurs de la colo, on a pu compter jusqu'à 600 personnes, jeunes ou anciens qui peuplaient et animaient ce coin magnifique de l'Isère à la belle saison.

Et cette rencontre annuelle de l'enfance et des personnes âgées, c'était quelque chose d'émouvant. Quand on savait à la colo qu'un contingent de vieux papas et de vieilles mamans devait arriver on se préparait à les accueillir par des ovations, des chansons, des spectacles.

Les Anciens à l'Hôtel Beauséjour

À leur descente de l'autocar, les enfants leur faisaient une haie d'honneur, puis on aidait les handicapés à transporter leurs bagages jusque dans leur chambre.

Des enfants réclamaient des nouvelles de La Seyne. Le jour de son arrivée à l'hôtel Beauséjour, le père Rouvière, personnage bien connu des Seynois, déclara en mettant pied à terre :

- " Il nous est arrivé un drôle de tour aujourd'hui ! "
- " Et quoi donc ? ", lui demanda-t-on.
- " Et bé, figurez-vous qu'en traversant les villages, des gens s'arrêtaient, montraient du doigt notre car et se mettaient à rire aux éclats. Une fois, deux fois, trois fois ! Alors au cours d'un arrêt, ayant signalé le fait au chauffeur, celui-ci s'en émut et fit le tour du véhicule pensant découvrir peut-être une inscription saugrenue sur la carrosserie ".
- " Pardi ! ", s'exclama-t-il, " J'ai compris ! J'ai oublié d'enlever le panneau ! ".
- " Quel panneau ? "
- " Le car que j'ai pris à La Seyne pour La Motte avait ramené la veille des colons du 1er contingent et sur le pare-brise on pouvait lire en grosses lettres " TRANSPORT D'ENFANTS " ".
- " C'était à croire pour de bon ", disait le père Rouvière " que nous étions tous retombés dans l'enfance ! ".

 

L'école à la neige : nouvelle formule d'enseignement

Les responsables de l'Éducation nationale au plus haut niveau, les défenseurs de l'École laïque, École fondamentale de la République, ont toujours cherché à améliorer la qualité de l'enseignement, à créer des méthodes nouvelles, à adapter la pédagogie à la modernité, à réformer, à harmoniser en fonction des progrès accomplis dans une société en voie de développement rapide comme la nôtre.

On sait que les municipalités ont de lourdes responsabilités en matière d'éducation. Nous avons montré abondamment dans notre Histoire de l'École Martini que les conseils municipaux d'après la guerre n'ont pas failli à leurs tâches et qu'ils ont su répondre aux besoins nouveaux.

N'était-ce pas une nouveauté que la création de l'École de plein air de la Dominante ? Une école spécialement réservée aux enfants déficients et retardés pour raisons de santé. Ce fut d'ailleurs la première expérience de ce genre dans le Var. Nous évoquions plus haut les séjours effectués par le sympathique M. Huiart à la tête des classes de plein air, en Ardèche (Vernoux), en Isère (La Motte Saint-Martin). Nous les appelions les classes vertes.

Puis les maîtres de l'enseignement imaginèrent les classes de neige. En quoi consistait cette innovation ?

À installer des classes de cours moyen dans des locaux à usage scolaire pour y recevoir un enseignement normal durant les matinées, mais à une altitude suffisante pour avoir une bonne neige à skier pendant les après-midi.

Une première expérience de ce genre fut tentée en 1967 à Ornon-en-Oisans (Isère), les enfants et leurs maîtres ou maîtresses étant pensionnaires à l'hôtel du Taillefer. Nous parlerons plus loin des problèmes financiers. Une seule classe avait été aménagée et pendant tout l'hiver, trois ou quatre classes pouvaient se succéder. Cette expérience fut une réussite, malgré les hésitations de quelques familles à se séparer de leurs enfants, ce que d'ailleurs elles n'étaient pas tenues de faire.

Classe de neige 1968 à Ornon, sur la route de Briançon.
Les filles de la classe du cours moyen de l'école des Sablettes étaient toutes à leur joie.

Il fallut, avant d'amplifier ces créations nouvelles apporter aux parents des explications faciles. La municipalité s'exprimait ainsi au moment de cette innovation : " Des esprits chagrins, peu enclins à s'adapter à la modernité estiment inutiles de telles institutions coûteuses et sans profit pour les enfants. Quelle erreur ! ". La municipalité, attentive au progrès sous toutes ses formes, s'efforce de convaincre les parents d'élèves et les enseignants des bienfaits que les classes de neige apportent aux enfants. Certes, ils apprendront la pratique d'un sport nouveau pour eux et passionnant : le ski. Mais ce n'est pas le but essentiel recherché.

Les effets bénéfiques au point de vue sanitaire ne sont-ils pas reconnus par les plus hautes instances médicales ? Ils sont indiscutables. Quelle aubaine pour les poumons de respirer pendant quelques semaines un air sans poussière et sans gaz nocif... Les savants n'ont-ils pas démontré qu'une meilleure oxygénation sanguine du cerveau entraîne un meilleur fonctionnement des cellules nerveuses et facilite la compréhension ? Nombre d'enfants accomplissent des progrès étonnants en orthographe et en calcul après un séjour en classes de neige. Pourquoi n'écouterions-nous pas les médecins, les psychologues qui nous expliquent qu'un séjour prolongé à la neige, l'hiver surtout, est souvent le déclenchement des mécanismes psychiques fructueux pour l'intelligence et la mémoire ?

Hôtel Beauséjour - Classes de neige municipales

Par la suite les contingents à la neige se succédèrent à Ornon-en-Oisans sans interruption de 1967 à 1974. Parmi les pionniers de cette nouvelle formule d'enseignement citons au passage des animatrices municipales comme Mlles Scaronne et Negroni (Panchita), des membres de l'Enseignement comme Mlle Vial, Mme Lanata, M. Guintini.

L'implantation de classes de neige à Ornon avait été bien choisie à une altitude raisonnable de 1100 m., des pentes douces, des locaux confortables mais d'une capacité d'accueil limitée. La Municipalité voulut voir plus grand, acheta un terrain en vue de construire quatre salles de classe, une cuisine, des dortoirs au pied même d'un remonte-pente existant.

 

Saint-Bernard du Touvet

Ce fut sur les conseils de notre ami Eugène Peyron, Premier Adjoint au Maire du Touvet que la ville de La Seyne entra en pourparlers avec la société Brun et son comité d'entreprise pour l'acquisition d'une colonie de vacances en Isère.

La superficie approchait 1 hectare. Les bâtiments existants pouvaient recevoir 65 enfants et cela immédiatement, la colonie étant entièrement équipée en matériel de literie et de cuisine.

Le site était incomparable. À une altitude de 950 m., le village de Saint-Bernard-du-Touvet où la colonie était implantée, dominait la vallée du Grésivaudan. On l'aurait dit accrochée au flanc du massif de la Chartreuse qui fait face à celui de la Belledonne aux cimes, neigeuses presque toute l'année. La station Saint-Michel située à moins d'un kilomètre du village avec son hôtel et un remonte-pente qui frayait son chemin à travers la sapinière offrait également aux enfants des promenades, des possibilités de jeux de pistes. Il n'était pas interdit de penser à l'aménagement de classes de neige dans le futur. Le Maire de Saint-Bernard, un jeune instituteur, avait reçu mission du Préfet de l'époque de tout faire pour la résurrection du village qui se mourait depuis quelques années. L'implantation d'une colonie de vacances nouvelle et peut-être de classes de neige ultérieurement était certainement l'un des moyens de redonner vie à des sites merveilleux qui n'étaient jamais qu'à un 1/4 d'heure de voiture de la grande vallée de l'Isère.

L'acquisition de cette propriété par la municipalité seynoise eut lieu le 31 décembre 1971. L'année suivante, après quelques travaux de réfection, la colonie de vacances fut officiellement inaugurée sous la présidence de M. Giovannini, assisté de plusieurs adjoints et des personnalités locales et en présence de la population des campagnes.

La première direction de la colonie fut assurée par M. et Mme Antoine Bertolotto dont la tâche fut compliquée par la participation de nombreux adolescents. Les noms d'autres responsables comme Messieurs Schaeffer, Allons, Bourilhon, resteront attachés au bon fonctionnement de cette structure de la jeunesse seynoise au plein air. Le beau projet de classes de neige, inscrit au VIe plan ne reçut jamais la subvention promise. Il fallut donc s'orienter vers une autre solution qui consista à installer le chauffage central dans la colonie du Touvet, laquelle ne se trouvait qu'à un quart d'heure d'autocar des remonte-pentes de Saint-Michel et de Saint-Hilaire adossés à la Chartreuse.

Deux salles de classes furent aménagées et il fut alors possible d'utiliser la colonie presque toute l'année avec les vacances d'été, des classes vertes au printemps, les classes de neige durant l'hiver.

Prenons un seul repère pour l'année 1975. Il fut possible de recevoir 5 classes représentant 106 élèves en deux séjours en provenance des écoles Léo Lagrange (M. Bertrand), Ernest Renan (Mlle Dalmas), Toussaint Merle (Mme Lanata), Maurice Thorez (Mme Jubelin).

Depuis cette époque les passages des cours moyens en classes de neige se sont succédé sans interruption et il serait bien long d'énumérer les enseignants volontaires qui ont contribué au succès de cette innovation pédagogique ; qu'ils en soient ici remerciés.

"Camp d'ados" à Saint-Bernard du Touvet (1974)
Debout, à droite : M. Antoine Bertolotto

 

L'O.M.A.S.E.

En 1973, sur la proposition de Daniel Hugonnet, fut mis en place l'Office Municipal de l'Action Socio-Éducative (O.M.A.S.E.) dont l'un des objectifs principaux était la formation spécifique d'animateurs et d'animatrices pour les centres de vacances et de loisirs.

Cette structure avait des ambitions d'un plus haut niveau, elle se proposait également la formation des personnels nécessaires à l'impulsion d'associations à caractère éducatif dont nous ne pourrons donner ici que des exemples limités par souci de ne pas déborder les problèmes de la Jeunesse au plein air, thème central de notre relation. À l'organisation primitive des cours de moniteurs municipaux fut substituée l'aide aux mouvements comme les C.E.M.E.A. (Centre d'Entraînement aux Méthodes d'éducation Active) et F.F.C. (Francs et Franches Camarades). Puis, l'O.M.A.S.E. étendit son emprise sur la formation directe de secouristes, de réanimateurs et de surveillants de baignade.

Les animateurs impulsèrent des foyers de quartier comme le club des jeunes du Foyer Toussaint Merle (Mille clubs), comme le centre social et culturel du quartier Berthe, comme l'Amicale Seynoise des Adolescents (A.S.A.) qui donna à ses membres les possibilités d'organiser leurs loisirs en cours d'année et aussi des séjours pendant les vacances longues et courtes, avec des activités diversifiées pour garçons et filles (ski, spéléo, vélo, etc.), les groupes ne dépassant pas la vingtaine. En 1973, cette amicale découvrit la Corse du Nord et fut accueillie par la Municipalité de Pietranera pendant trois semaines.

Dès sa constitution, l'O.M.A.S.E. enregistra 187 inscriptions aux cours municipaux et 62 stagiaires en février et Pâques de formation C.E.M.E.A. et 22 stagiaires de formation F.F.C. Les centres aérés qui fonctionnèrent dans cette période reçurent 65 enfants aux vacances de février et 70 enfants aux vacances de Pâques.

Sans développer davantage le rôle de l'O.M.A.S.E., on peut dire qu'il fut une heureuse initiative en faveur de la jeunesse au plein air.

 

Les centres aérés

Ces nouvelles structures furent mises en place vers 1974. À ce moment-là, la ville était propriétaire de 4 centres de vacances avec hébergement, qui remplaça celle de colonie de vacances : Presles, Le Touvet, La Motte Saint-Martin, Saint-Bernard du Touvet. De plus, depuis 1953, elle louait la vieille école de Bellecombe (commune de Chapareillan). Elle pouvait dans les années 1970 héberger plus de 1200 enfants.

Et cependant, des centaines d'autres ne partaient pas à la montagne, soit parce qu'ils s'adaptaient mal au climat, soit parce que les parents ne voulaient pas s'en séparer. Il faut dire aussi que beaucoup de gens n'avaient pas les moyens de partir en voyage avec leurs enfants, ce qui est encore vrai aujourd'hui.

Alors, la Municipalité et la Caisse des Écoles s'orientèrent vers la création des centres aérés appelés aussi centres de loisirs sans hébergement. La première expérience eut lieu à l'école de plein air de la Dominante, richement équipée en matériel et structures de jeux, avec les instituteurs Stien et Guglielmi.

Un service de cars prenait les enfants à proximité de leur domicile le matin à 8 h. 30 et les ramenait chez eux vers 17 h. 30, le repas de midi étant pris au centre. Comme à la colonie de vacances, sous la direction de moniteurs spécialisés, des activités variées leur étaient proposées. Les sorties en forêt de Janas ou au bord de la mer étaient fréquentes.

Cette formule ne laissa pas indifférentes de nombreuses familles au point qu'il fallut créer d'autres centres qu'on ouvrit pendant les petites vacances de l'hiver, puis les vacances de Pâques et bien sûr pendant les grandes vacances de l'été.

Après l'école de plein air, l'école Toussaint Merle, le groupe scolaire Léo Lagrange (Les Sablettes), le groupe scolaire Jean-Jacques Rousseau (Les Plaines), furent utilisés à partir de 1979. Nous avons retenu pour cette année-là le nombre de 394 inscriptions pour les centres aérés. Le montant des participations familiales était très abordable : 130,00 F pour les vacances de Pâques ; 260,00 F pour les vacances de l'été.

 

Des aspects parfois décevants

Depuis le début de ce récit nous avons mis en relief la volonté des élus communaux en collaboration avec la Ligue de l'Enseignement et ses filiales, de réaliser des structures de vacances pour l'enfance et la jeunesse seynoise. Le bilan sur lequel nous reviendrons dans la conclusion a été impressionnant surtout dans les trente dernières années.

Mais il ne serait pas juste de négliger pour autant de parler des aspects négatifs, des difficultés énormes qu'il fallut vaincre pour atteindre les objectifs fixés surtout dans la période d'après-guerre où le ravitaillement laissa longtemps à désirer. Avec les tickets de rationnement les économes et les cuisinières durent faire des prodiges pour assurer aux enfants une alimentation correcte.

Dans des installations précaires, le matériel de literie ne fut pas du meilleur confort. Le savon de qualité manquait pour les lessives. Les cuisines de l'époque ne disposaient d'aucun engin mécanique. Et malgré tous les inconvénients, les enfants étaient tout de même heureux. Puis survinrent les difficultés financières, l'inflation galopante, alors que notre pays ne pouvait se dépêtrer de ses guerres coloniales. Les administrateurs des colonies de vacances connurent des problèmes dramatiques pour équilibrer leur budget de fonctionnement. Organiser des centres de vacances et les faire vivre devenait une véritable prouesse.

Mieux encore ! Dans les années de la guerre froide, les pouvoirs de tutelle, à qui la couleur politique de la Municipalité, dirigée par Toussaint Merle, ne plaisait guère, dressèrent de sérieux obstacles à ses réalisations, par exemple en lui imposant un budget d'office, marqué par une amputation sensible des crédits à caractère social.

La Caisse des Écoles devenait insolvable et l'on vit même son Président de l'époque Alex Peiré partir un beau jour dans les départements de la Loire et de l'Ardèche, payer lui-même les fournisseurs des colonies sur son compte bancaire personnel.

Les difficultés et les déceptions ne vinrent pas toujours des problèmes administratifs. Elles furent aussi le fait de l'ignorance ou du mauvais esprit de parents qui protestaient contre l'augmentation des participations familiales et pourtant ! Elles furent bien minimes. Dans cette période, elles s'élevaient à 80 F pour un mois de séjour. Sans commentaire !

L'attitude de certaines familles irritait parfois le personnel de direction. Celles par exemple qui volontairement réduisaient le trousseau exigé pour le séjour à la montagne espérant que le directeur de la colo se débrouillerait pour le compléter ; celles qui accumulaient les retards dans le paiement des séjours malgré toutes les facilités financières accordées.

Il fallut dans une certaine période refuser des inscriptions au départ à la montagne si le séjour de l'année précédente n'avait pas été réglé. Certes ce ne furent que des cas isolés, mais il est toujours désagréable pour les organisateurs d'en venir à des mesures répressives.

Dans les années 1960, le nombre des immigrés augmenta sensiblement dans notre ville. Ils furent accueillis fort courtoisement, comme partout ailleurs, et comme le furent autrefois les Arméniens, les Italiens, les Grecs,... les familles maghrébines bénéficiaient des mêmes avantages sociaux que les Seynoises. Mais quand on apprit que dans les cantines scolaires ou les colonies de vacances que les petits arabes refusaient de manger le jambon (parce que leur religion l'interdit), on s'en prit à l'économe, à la cuisinière, au directeur parce que les enfants avaient mangé d'autres aliments en échange.

- " C'est inadmissible ! ", disaient certains parents ! " Puisque le jambon ne leur convient pas, y a qu'à leur donner rien d'autre, ou alors il faut pas les prendre à la colo ".

D'autres incidents surgirent avec la découverte de quelques poux dans les chevelures crêpées. Fort heureusement, le service social et les assistantes sanitaires employèrent les grands moyens et tout rentra dans l'ordre rapidement. Que de drames obscurs se jouent dans les petites têtes d'enfants, alors qu'il serait si simple de leur inspirer confiance dans la vie et dans la vie de famille d'abord. Et que dire alors des parents qui ne se dérangeaient même pas à l'annonce d'un accident survenu à leur enfant ?

Il faut bien admettre que la maladie ou l'accident frappe partout, à la maison comme à la colonie de vacances. Rendons hommage au passage au sang-froid et à l'esprit d'initiative des directeurs, du personnel infirmier quand se produisirent des accidents avec fractures et luxations, des risques d'épidémie (oreillons, rougeole), qu'il fallut juguler dans les délais les plus brefs, des crises d'appendicite entraînant une opération d'urgence.

Par contre, il nous faut déplorer l'indifférence de certaines familles, très peu nombreuses heureusement, qui attendaient sans trop d'inquiétude le bulletin de santé de leur enfant transmis par le directeur.

Comment ne pas comprendre l'immense réconfort qu'un enfant couché sur un lit d'hôpital aurait pu recevoir du sourire de son papa ou de sa maman ? Incroyable ! mais vrai ! Par ces derniers exemples, vous serez convaincu que les sentiments maternels ne sont pas ressentis avec la même intensité par tout le monde.

Mme Ravestein, directrice de la colonie du Château Verlaque en 1946 nous a rapporté le fait suivant : " À la suite d'un accident de la route, un enfant de la colonie fut transporté à l'hôpital de Toulon, sans connaissance. " Traumatisme crânien ", avait dit le médecin. La famille originaire de l'Isère fut prévenue immédiatement. L'enfant demeura dans le coma pendant quatre jours. Nous étions à son chevet nuit et jour. Vous devinez notre inquiétude. Au quatrième jour, il ouvrit les yeux, sortit de sa léthargie et s'écria : " Où suis-je, qu'est-ce que je fais ici ? ". On le réconforta, on le dorlota et quelques jours après il reprit sa place à la colonie, les médecins ayant déclaré que tout danger était écarté ".

Il fut entouré de l'affection de tous... sauf de celle de ses parents qui ne se manifestèrent point malgré les appels des dirigeants de la colonie. Abominable... et pourtant vrai ! Qu'il nous soit permis d'évoquer aussi l'attitude de certains parents qui relevaient de la plus grande insouciance pour ne pas dire inconscience. Jugez plutôt par ces quelques exemples significatifs.

Chacun sait qu'au retour des contingents, les familles attendaient avec impatience l'arrivée des autocars et de leurs précieuses cargaisons. On savait bien par la correspondance comment le séjour s'était écoulé, mais on languissait de revoir les petits.

Auraient-ils changé beaucoup ? Leur visage serait-il basané ? Ils en auraient des choses à raconter ! Le soir de l'arrivée, c'était la fête à la maison. Tout à coup un grand cri s'élevait dans la foule. Les voilà ! Ce n'était pas encore le moment des étreintes et des embrassades. Les moniteurs faisaient l'appel, on rentrait à l'intérieur de la Bourse du travail où chacun recevait ses bagages puis, à l'appel de leur nom, les parents venaient accueillir leur progéniture et tout le monde baignait dans la joie. Hélas ! Il y eut souvent des parents absents et des petits enfants bien déçus de ne pas les voir à l'arrivée. Alors toutes maternelles, les assistantes sociales rassemblaient les petits oubliés dans un coin de la grande salle de la Bourse et essayaient de justifier le rendez-vous manqué. Que de fois ne fallut-il pas ramener les enfants à leur domicile, à des parents ébahis qui s'écriaient : " Ah çà, par exemple ! Nous avions oublié tout à fait le jour de ton retour ! ". Il se trouva même un père retardataire qui osa dire un jour au directeur de la colonie : " Vous ne pourriez pas me les garder encore quelques jours ? Je suis en train de blanchir ma maison en ce moment et je ne peux pas les recevoir maintenant mes deux filles ! ". Deux jolies petites poupées qui sanglotaient dans les bras d'une monitrice révoltée.

Comment se peut-il que des parents puissent avoir un tel comportement dans de telles circonstances ? Quelle indignité quand on se rend coupable de telles humiliations infligées à des enfants ! Que de fois, assistant à la distribution du courrier quotidien, à la colonie, n'avons-nous pas vu des enfants se tenir à l'écart, cachant leur profonde déception, sachant bien que leurs parents ne leur feraient pas la joie d'une correspondance ?

 

Des aspects très positifs et conclusion

Nonobstant les nombreuses difficultés qu'il fallut vaincre, les incompréhensions des uns, l'ignorance des autres, on peut affirmer que les œuvres de la jeunesse au plein air avec toutes leurs variantes ont été un succès pour les municipalités seynoises.

Parvenu au terme de cet historique qui a voulu mémoriser le véritable phénomène de société que furent les nécessaires vacances de la jeunesse, quelques réflexions s'imposent. Notre reconnaissance ira d'abord vers nos édiles qui ont parfaitement compris le rôle éminent qu'ils pouvaient jouer dans ce domaine.

Au congrès de Reims de 1934, la Ligue de l'Enseignement avait inscrit à l'ordre du jour : Les œuvres de vacances, leur organisation, leur contrôle. On a pu constater au début de notre texte que les préoccupations de nos municipalités furent bien antérieures. Les Seynois savent que la première École de plein air, les premières Classes de neige ont fonctionné grâce à l'initiative de la Municipalité dirigée par Toussaint Merle.

Dans une société civilisée, tout doit être fait pour assurer aux individus qui la composent le droit au travail, au savoir, à la santé, au repos.

Nos anciens ont lutté pendant des siècles pour obtenir des conditions de vie meilleures dans une société où l'homme a été trop souvent un loup pour l'homme... ce qui ne doit pas nous faire oublier que leurs combats ont des prolongements dans la société actuelle.

Nos édiles comprirent de bonne heure que les œuvres pour la jeunesse au plein air, dans toute leur diversité, sont certainement l'un des moyens les plus efficaces pour la solution de ces problèmes humanitaires.

Ils ont su associer à leurs projets ambitieux des personnels dévoués et compétents, qu'il s'agisse du personnel d'encadrement (directeurs, directeurs-adjoints, économes, moniteurs-chefs, moniteurs, monitrices), le plus souvent originaires de l'Enseignement public ; du personnel de maison (cuisinières, lingères, femmes d'entretien) ; du personnel sanitaire,... des gens très scrupuleux qui ont accompli leur tâche correctement et pour des salaires bien modiques.

Que tous soient remerciés pour leur contribution efficace à la réussite des oeuvres municipales.

Nos élus ont su collaborer dans la bonne entente avec les organisations laïques spécialisées dans la défense des droits de l'éducation et de l'enfance comme les F.F.C. et les C.E.M.E.A. que nous avons citées plus haut.

Autre bilan positif et non des moindres : l'acquisition par la ville d'importantes propriétés dans le département de l'Isère. La commune de La Seyne a vu son patrimoine foncier s'enrichir considérablement et permis l'accès à la montagne en toutes saisons de milliers d'enfants et d'adolescents qui en sont revenus mieux armés pour lutter contre la maladie.

Venant en complément du travail scolaire, les activités très diversifiées, la découverte concrète de milieux nouveaux avec la botanique, la géologie, la géographie, la pratique de travaux manuels, d'activités artistiques,... ont permis à notre jeunesse seynoise, d'enrichir considérablement ses connaissances dans une foule de domaines.

Il nous reste quelques remarques à faire avant de conclure ce récit. Nous avons traité ici essentiellement des centres de vacances municipaux, de leurs réalisations, de leurs créations nouvelles, parce que nous les avons connus mieux que d'autres. Mais nous ne voulons pas sous-estimer d'autres initiatives dont les jeunes Seynois furent bénéficiaires.

Citons au passage quelques exemples tous dignes d'éloges. Le Comité d'entreprises des C.N.I.M. organisa pour les enfants des personnels un centre de vacances au château de Laval à Gréoux-les-Bains. D'autres jeunes Seynois furent admis à la colonie départementale de l'O.D.E.L. ; aux vacances organisées par la S.N.C.F. et l'E.D.F...

NB. Voir (dans la rubrique "forum" de notre site) quelques compléments d'information sur cette colonie de vacances des F.C.M. à Gréoux.

Il n'était pas possible de parler de tout et de tout le monde dans cette brève relation.

Comme nous l'avons fait pour notre historique du sport et de l'enseignement, nous avons arrêté nos études aux années 1980 parce que cette date marque, à notre avis, un apogée dans les solutions aux grands problèmes de l'enfance et de la jeunesse qui se sont posés avec acuité après la deuxième guerre mondiale.

Nous n'aurons garde de terminer sans avoir une pensée émue pour les disparus qui ont oeuvré avec ferveur au succès des centres de vacances, des gens admirables, revêtus de la plus grande probité et animés du plus grand dévouement comme Pierre Fraysse, Alex Peiré. qui présidèrent aux destinées des oeuvres sociales scolaires, des administrateurs d'une grande qualité comme Marie-Louise Rouvier, Robert Pastorino, appelé familièrement Bob ; des directeurs et directrices de colonies de vacances comme Mme Poncet, M. Boucaud, M. Triquet, M. Corotti, M. Sajhau.

Il nous reste à espérer que les souvenirs charmants de la montagne, de la forêt, de la neige demeureront vivaces dans la mémoire de nos enfants et adolescents devenus depuis des citoyens chevronnés et que les oeuvres de la jeunesse au plein air se poursuivront dans les meilleures conditions possibles.

 




 
Liste des personnels de direction, économat, cuisine, lingerie, et des présidents successifs de la Caisse des Écoles depuis 1945

Directeurs

Mmes : Arlette BERBUDEAU, COTSIS, MURONI, PONCET, Mathilde RAVESTEIN

Mlles : Marie-Antoinette DESAIX, ROSENBLATT
MM. René ALLONS, Bernard ARGIOLAS, Antoine BERTOLOTTO, BORDA, BOSC, Barthélemy BOTTERO, Albert BOUCAUD, BRUNEL, BRYÈRE, Émile CAGNON, CAMPERGHE, CORFDIR, Paul COROTTI, CULIOLI, J.-P. DEFERRARI, DELANOIX, Jean DRAVET, DUTERTRE, Jean-Louis FRENCIA, Paul GAUJAC, G. GIRAUD, GUISEPPI, Désiré HUIART, LÉOPARDO, MAZOCCHI, ORCIER, RINALDI, ROCCA, SAJHAU, SANGERMA, J.-C. SCHAFFER, Eugène STAUFFER, Robert TRIQUET, VATINET, Marc VUILLEMOT, WEINGAND.

Économat

Mmes BOSC, BOUCAUD, BRUNEL, CAGNON, CORROTTI.

MM. ARGAUD, BERETTA, BORDA, Barthélemy BOTTERO, CULIOLI, M. GIRAUD, OLMETA, RAKINSKI, SANGERMA.

Cuisine

Mmes ABBEL, ALLARD, ATTANASIO, BARDIN, BONNABEL, BRAGLIA, CASTINEL, CIABATTINI, CILETTI, COLOMBON, DURAND, ESPAGNOL, FALCOZ, FIERONI, FISSOLO, GALLIAN, GAREL, KUSTERLÉ, MAGRINO, MERENDA, MORGANA, PAYA, PICOT, PISANI, PRÉAUBERT, ROUZAUD, RUFFATO, SAUVAGE, VIALE

MM. GAYTÉ, RICAGNO.

Lingerie

Mmes : JARDET, POURQUIER.

Présidents successifs de la Caisse des Écoles depuis 1945

Pierre FRAYSSE
Alex PEIRÉ
Marius AUTRAN
Étienne JOUVENCEAU




 

Liste des directeurs, économes, monitrices, moniteurs, infirmières, cuisinières dans les 9 colonies de l'année 1961


Cette liste a pu être presque complètement reconstituée grâce au reportage effectué par M. Pierre CAMINADE au cours du mois de juillet 1961, qui avait donné lieu à une série d'articles très complets dans Le Petit Varois - La Marseillaise du 26 juillet au 2 août 1961 (voir à : Colonies de 1961)

Le Touvet : MM. Robert TRIQUET (directeur) ; BERETTA (économe) ; Mlles Simone GONZALES, Simone RICHARD, Rosette GAMBA, Michèle SANNA, Denise SOULAGES, Janine MOUNIANA (monitrices) ; Mlles Marie BATTAGLINO, Yvette PAGNI, Andrée FERNANDEZ, Christiane COLOMBON (aide-monitrices) ; Mlle GUÉRILLON (infirmière) ; Mmes VIALE, DOVER (cuisinières) - Enfants : 74 filles - Altitude : 275 m.

Bellecombe (séjour de juillet) : M. GAUJAC (directeur) ; M. OLMETTA (économe) ; Mlles Michèle MASSELLO, Francette MENESGUEN, PIERRON, Evelyne LAFUY, FAYOLLE (monitrices) ; MM. HASCOËT, Alain OLIVA, FAYOLLE (moniteurs) ; Mme PANTALACCI (cuisinière) - Enfants : 60 garçàns - Altitude : 750 m.

Bellecombe (séjour d’août) : M. Paul CORROTTI (directeur) ; Mme CORROTTI (économe), MM. --- CORROTTI, Marcel CORROTTI, Jean-Jacques BALLESTER, Georges AILLAUD, Bernard CHEVALLIER, Jacques ? (était de La Cadière-d'Azur) (moniteurs) ; Jean-Claude AUTRAN, Michel RAVOUX, Alain PONCET (aide-moniteurs)

Presles (séjour de juillet) : M. Albert BOUCAUD (directeur) ; Mme BOUCAUD (économe) ;
(manque le journal du 28 juillet 1961) - Altitude : 1050 m.

Presles (séjour d’août) : ???

Apinac : M. GANACHAU (directeur) ; M. GIRAUD (économe) ; M. J.-P. GANACHAU (moniteur-chef) ; MM. Jean FAVRE, Armand CONSTANT, Claude MARIN, Roger LEDIC, Marcel VIALA, BORGNA, GASIGLIA (moniteurs) ; M. Roland MEUNIER (aide-moniteur) - Enfants : 65 garçons - Altitude : 940 m.

Lamastre : M. BOSC (directeur) ; M. AMATO (économe) ; Mlle DEUGIS (infirmière) ; Mme AGUZOU, Mlles MACCIOCCU, GIRAUD, HUVER, Annie BOUTEAU, BERENGUIER, CAMOIN, AICARDI, DERDERIAN, BASILICO, GUEUZUMIAN, GIOVANNETTI (monitrices) ; Mlles BERENGER, VERCELLINO, Marcelle JARDIN (aide-monitrices) ; Mme CAYATTE (cuisinière) - Enfants : 96 filles - Altitude : 400 m.

Fontbonne : MM. BRUNEL et Eugène STAUFFER (directeurs) ; Mme BRUNEL (économe) ; Mlles VENOTTI, FRACCHIA, DONIKER, TERRIER, CAMPELLONE, ORSINI, AILHAUD, SIAS, EUCALIPTO (monitrices) ; Mlles ROUVE, VERDIER (cuisinières) - Enfants : 77 fillettes - Altitude : 600 m.

Desaignes : Mme PONCET (directrice) ; M. ARGAUD (économe) ; Mme GUILLOT (infirmière) ; Mmes et Mlles PRÉVOT, Janine BÉRENGER, VAN DEL VIEST, Marcelle ALLÈGRE, Michèle TESSEYRE, Maryse LÉONI, Marie-Antoinette DESAIX, Hélène FILIPPI, Liliane MARTIN, Rose GIFFON, Lucette STAUB, Elisabeth DENTZ, Roselyne URVOY (monitrices) ; Mme CARBANARO (cuisinière) - Enfants : 96, dont 25 filles - Altitude : 470 m.

Le Cheylard : Mlle ROSENBLATT (directrice) ; M. RAKINSKI (économe ; Mlle AUBERT (infirmière) ; Mlle Andrée CONEFERO (monitrice-chef) ; Mlles SOUMARE, CAMIER, Jackie CONEFERO, SILVY, BRUZZICHESSI, MORI, Francine CONEFERO, MEUNIER (monitrices) ; Mlles LEBEUZE, AGU (aide-monitrices) ; Mmes ALLARD, THOS (cuisinières) - Enfants : 73 filles - Altitude : 430 m.

Antraigues : ??? (manque le journal du 2 août 1961)



 

Planning des séjours des différentes colonies de vacances municipales de l'année 1947 à l'année 1970 (archives Marius Autran)


NB. Le chiffre 1 ou 2 indique le nombre de séjours d'été. On a pu passer de 1 à 2 (c'est-à-dire 30 jours en juillet + 30 jours en août) au début des années 1960 dans les colonies qui étaient des propriétés de la ville de La Seyne





 
Autres documents photographiques (mal identifiés) en rapport avec les centres de vacances de La Seyne (archives Marius Autran)
Ici, un lavage de voitures est proposé (quai Hoche et avenue Louis Curet) par le "camp d'ados" pour accroître leur budget
De quel camp s'agit-il ? En quelle année ?
Lieu et date non identifiés. Photo de la même série que celles de la sortie aux Embiez mentionnée ci-dessus ??
Moniteurs ou ados ? Sous un marronnier. Serait-ce à Bellecombe ?? Au Touvet ?? Quelle année ?

Est-ce un camp d'ados ? Peut-on reconnaître le village au-dessus ? Quelle année ?

Fête ? ou cours de moniteurs ?? Quel lieu et quelle année ?
La légende au verso est « Les 55 participants ». A quoi ? Quelle année ?
« Expression libre » : s'agit-il de travaux d'écoles ? ou de classes de neige ?




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