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du Tome II
Marius AUTRAN
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Images de la vie seynoise d'antan - Tome II (1988)
Vieilles pierres seynoises
(Texte intégral du chapitre)

 

 

À la vue de ce titre, le lecteur pensera de prime abord que nous avons voulu simplement vénérer, dans le cadre étroit d'un culte passéiste, les vieux monuments, les anciennes structures administratives, économiques, religieuses ou autres que nos ancêtres se donnèrent depuis la naissance de notre cité.

Cela dans le but de montrer à la génération présente les mérites de ceux qui ont lutté courageusement contre l'adversité, amélioré leurs conditions d'existence et transmis aux autres un héritage de mieux vivre.

Certes nous avons le devoir de rappeler le rôle glorieux que nos pères firent jouer à ces vieilles pierres, jalons de notre passé local, mais notre but sera aussi de montrer, d'expliquer que l'histoire est un mouvement incessant, une lente évolution, qu'elle change d'aspect à chaque génération.

La pensée des hommes du XXe siècle n'est pas comparable à celle des siècles précédents. Les modes de vie, les moeurs, les mentalités, les doctrines elles-mêmes établies sur des principes qui se veulent parfois intangibles, sont soumis à des changements inéluctables.

Au fil du temps qui passe, les hommes n'agissent pas toujours avec les mêmes dispositions parce qu'ils ne voient pas les faits sous le même angle et que la maîtrise des évènements leur échappe souvent.

L'Histoire de nos vieilles pierres expliquera les transformations profondes accomplies sur notre terroir et qui ont fait de La Seyne d'aujourd'hui une ville à peine comparable à celle du XVIe siècle qui la vit naître.

De tous les matériaux bruts que la nature mit à la disposition de nos ancêtres seynois, ce furent d'abord les pierres aux propriétés si diverses qu'ils utilisèrent pour leurs usages quotidiens. La géologie de la presqu'île de Sicié leur offrit du grès, du sable, du schiste ardoisé, de l'argile, du calcaire, grâce auxquels les habitations primitives apparurent sur les rivages.

Puis la vie collective s'organisa. Il fallut imaginer des règlements d'urbanisme, édifier des structures à caractère administratif et économiques (mairie, hôpital, tribunal, fours, moulins, halle aux poissons,...).

L'intensité de la foi religieuse fit sortir de terre : sanctuaires, chapelles, églises, oratoires. Des pierres, il en fallait sans cesse et le plus souvent on les prenait dans l'environnement immédiat sans trop regarder la qualité des matériaux, ce qui explique partiellement la raison des disparitions précoces.

Les vieilles pierres seynoises, ce ne furent pas seulement celles des monuments. Rappelons-nous les pavés grossièrement équarris et mal jointés sur lesquels tressautaient bruyamment les charrettes, les tombereaux, les calèches.

Les vieilles pierres, ce furent aussi celles des restanques, murs de pierres sèches empilées savamment pour retenir la terre arable autour des collines et suivant des tracés rappelant les courbes de niveau des cartes d'Etat-major. Les vieilles pierres, ce sont aussi celles des sépulcres qui nous apprennent beaucoup sur le passé de nos anciens organisés en collectivités.

L'ensemble de ces structures édifiées au prix de longs efforts, pour le bien être de tous, exigea une protection contre les dangers éventuels venus de l'extérieur. Alors, il fallut penser aux pierres de la Défense. Batteries, forts et autres ouvrages militaires apparurent sur les hauteurs et sur le littoral.

Mais, avant de voir nos ancêtres à l'oeuvre, situons-les d'abord dans le temps et sur les lieux qu'ils choisirent pour essayer de vivre heureux.

Les historiens de l'Antiquité grecque et romaine nous ont appris que nos rivages provençaux furent occupés par des tribus celto-ligures plusieurs siècles avant l'ère chrétienne. Leur installation se fit de façon intermittente malgré les conditions les plus favorables au développement de leur civilisation.

Leur désir était vif de se fixer sur les bords de cette Méditerranée au climat idéal et qui par surcroît leur offrait d'importantes ressources. Mais les razzias des pirates sarrasins, appelés aussi Maures ou Barbaresques, les obligèrent à une grande prudence pendant un millénaire.

C'est pourquoi leur établissement timide sur le littoral n'a laissé que peu de traces durant cette longue période. Rares sont les vestiges de constructions à usage d'habitation, de monuments, de sépultures.

Les écrits de nos vénérables historiens nous permettent tout de même de situer nos ancêtres dans les environs immédiats de Telo Martius dont la rade les fascinait tant par la sécurité offerte à leurs frêles embarcations, que par les richesses extraordinaires en poissons, mollusques, crustacés et autres comestibles aquatiques d'une variété infinie, sans oublier le gibier d'eau grouillant intensément dans les marécages littoraux où poussaient dru les roseaux, les joncs, les massettes, les siagnes.

La proximité d'une forêt épaisse et riche d'essences précieuses comme les chênes et le pin maritime au tronc rectiligne, dont la construction navale pouvait tirer le meilleur parti, des coteaux bien exposés, séparés de vallons fertiles abrités, favorables à des cultures précoces de fruits et de légumes ; tous ces avantages réunis sous un climat attachant poussèrent irrésistiblement nos ancêtres à quitter l'arrière pays. Les plus audacieux abandonnèrent l'enceinte fortifiée de Six-Fours pour venir s'établir sur nos rivages au milieu du XVe siècle et y créer les premiers quartiers : Cavaillon, Tortel, Beaussier, Daniel, embryons de notre cité.

Et voilà que surgirent les premières pierres de l'Histoire seynoise, des murs construits avec des matériaux hétéroclites, des charpentes de bois à peine équarries supportant des toitures à une seule pente. Construites en rez-de-chaussée pour la plupart les maisons ne présentaient aucun confort. On ignorait alors les règles élémentaires d'hygiène. Le fenestron ne laissait passer qu'une faible lumière. La porte étroite au linteau de bois n'autorisait qu'une aération sommaire et l'atmosphère intérieure s'alourdissait des odeurs de suif, de bougie, de pétrole, beaucoup plus tard, mêlées à la fumée d'une cheminée au tirage problématique.

À la maison d'habitation étaient généralement accolées des dépendances, des réduits à usage d'écurie pour l'âne ou la chèvre, ou encore d'abri pour les engins de pêche.

De cette période incertaine, les vestiges sont devenus très rares. Les intempéries, les reconstructions ont fait disparaître les premières pierres. Quelques pans de vieux murs émergent encore aux quartiers Tortel et Beaussier. On retrouve avec peine au milieu des halliers du vallon des Moulières, la trace des moulins hydrauliques auxquels nous avons consacré de longs textes (Voir le chapitre Les Moulières dans notre Tome I des Images de la vie seynoise d'antan).

À proximité de la chapelle Saint-Louis au quartier de l'Évescat apparaît encore la silhouette de la tour de guet d'où l'on surveillait l'entrée des bateaux dans la baie du Lazaret, alors que l'île de Sépet (Saint-Mandrier) n'était pas encore rattachée au continent par l'isthme des Sablettes.

Ce ne fut qu'avec une extrême lenteur que la population s'aggloméra dans les premiers quartiers occupés. Il faudra tout un siècle avant la naissance d'une véritable cité dont le développement ne pourra s'affirmer qu'après l'affranchissement de la tutelle des féodaux six-fournais, la maîtrise des marécages, la disparition des dangers de la piraterie.

 

Au XVIe siècle

Ce ne fut qu'au début du XVIe siècle que ces conditions se réalisèrent peu à peu. Les habitants de Telo (Telo Martius au passage des Romains) connurent des difficultés semblables. L'Arsenal fut conquis sur les marécages et la défense côtière se concrétisa par la construction de la Tour Royale de 1514 à 1524. Plus tard les Six-Fournais organisèrent un service de guet par l'édification de la Tour de Garde de Sicié (1589).

Les pierres d'origine ont été conservées par la restauration de cette construction que l'on peut voir encore de nos jours face à la Chapelle de N.-D. de Bonne Garde au sommet de Sicié.

Les plans ci-joints schématisent les quartiers constitutifs de notre cité. Ils situent les premiers hameaux à la fin du XVIe siècle, alors que le littoral suit approximativement une ligne reliant la rue Berny à la place Martel Esprit en passant par la rue Carvin, la place Laïk, la rue République.

Le premier sanctuaire, bâti en 1591 sur l'emplacement de l'église actuelle, se trouvait à quelques mètres du bord de la mer. Deux ans plus tard, en 1593, nos ancêtres Six-Fournais aménagèrent un premier port au lieu actuel de la place Martel Esprit, desservi par un quai important nommé le Grand Môle, devenu la rue Hoche après comblement.

Les premiers hameaux de ce XVIe siècle furent reliés par des venelles dont la trace persiste. Du quartier Cavaillon, on avait accès au quartier Beaussier par un sentier devenu la rue Robespierre, infranchissable pour les autos dans sa partie inférieure. Un autre chemin longeait la propriété actuelle des Maristes pour déboucher au quartier Tortel.

Ces voies primitives, c'était l'amorce de l'urbanisation. De Cavaillon, on accédait à la mer par la Calade (rue Louis Blanqui) et la petite ruelle des amoureux (rue Lavoisier) dont la largeur n'a pas varié depuis son origine.

Au début du XVIIe siècle, la population travailleuse approche le millier d'habitants parmi lesquels le mécontentement gronde en raison du manque de structures économiques. Les seigneurs de Six-Fours détiennent tous les pouvoirs : administratifs, religieux, commerciaux.

Le pain, la viande se vendent là-haut dans l'enceinte du castellum fortifié. Les fours, les pressoirs, les étals de boucherie sont des sources de revenus que la classe privilégiée ne veut pas perdre. C'est là-haut aussi que se tiennent les autorités : Consul, notaire, officier de justice. Obligatoirement il fallait s'y rendre pour les actes d'état civil, les mariages, les cérémonies funèbres ou religieuses.

Les déplacements les plus fréquents effectués par les habitants de La Sagno, nécessités par le ravitaillement en pain et en viande, occasionnaient à la population des fatigues extrêmes et des pertes de temps considérables. Les conflits d'intérêts vont s'envenimer et les luttes se développer jusqu'à l'indépendance économique et administrative de la cité seynoise en formation.

Tout cela nous paraît bien ridicule aujourd'hui et il est pourtant bien vrai, les actes administratifs en témoignent, qu'il fallut vingt ans de réclamations, de protestations véhémentes pour que nos anciens obtiennent l'autorisation de construire un premier four à cuire le pain, rue Franchipani. Il en fallait bien d'autres ! Entre le premier et le quatrième, aménagé rue Jacques Laurent, il s'écoula 22 ans !

C'est dire si les solutions aux problèmes du ravitaillement furent d'une lenteur exaspérante.

Il n'en fut pas de même pour la satisfaction des besoins de la foi chrétienne puisque, avons-nous dit, en 1591 le moyen de faire leurs dévotions fut offert à nos ancêtres avec un premier sanctuaire rustique remplacé douze ans plus tard par une chapelle paroissiale nommée Notre-Dame du Bon Voyage. Nous verrons plus loin que les pierres de la foi ont grandement préoccupé nos ancêtres pendant plusieurs siècles.

 

XVIIe siècle : La Seyne prend son essor

Les activités s'orientèrent dans deux directions : la mer qui offrait des richesses d'une extrême variété et la terre, fertile en maints endroits. Les propriétaires descendant des familles les plus anciennes exploitèrent au mieux les ressources du sol en céréales, fruits et légumes. D'autres créèrent l'artisanat de la construction navale qui permit le développement de la pêche. Les pêcheurs et les cultivateurs furent rapidement les plus nombreux parmi les travailleurs manuels. Ces formes d'activité sont bien concrétisées sur les armoiries de la Ville par les cinq pains et les deux poissons.

Une industrie alimentaire, rudimentaire certes, prit naissance. Le vallon des Moulières, avec ses moulins hydrauliques, donna aux premiers habitants la farine et l'huile d'olive.

Nous parlions dans les lignes qui précèdent d'un premier four à cuire le pain, dont l'autorisation d'ouverture arriva le 29 Janvier 1608 dans l'immeuble de la rue Franchipani qui porta le millésime de 1735. D'autres suivirent avec l'accroissement de la population. Des féodaux Six-Fournais cédèrent également pour le commerce de la viande. Des bancs de boucherie et de charcuterie furent obtenus non sans peine.

Ces premières structures économiques furent suivies de la création de la Halle aux poissons dont les pierres vénérables sont parmi les plus anciennes de la Commune.

Poissonnerie

Le passant peut lire sur sa face Ouest la date de 1839 gravée dans le ciment. Il faut savoir que ce millésime n'est pas celui de la construction mais d'une reconstruction et sans doute aussi d'un déplacement de quelques mètres par rapport à l'ancienne halle du XVIe siècle qui bordait la place aux Herbes (Début de la rue République).

La preuve que cette date de 1839 n'est pas celle de l'origine nous est apportée par le Budget municipal de l'année 1810 qui mentionne dans les dépenses pour travaux divers : " Entretien de la halle de la poissonnerie et des marchés : 25 francs ".

L'un de nos honorables concitoyens disparu depuis de longues années, M. Meranda, habitant du quartier de l'Évescat, possédait des documents d'archives auxquels M. Baudoin faisait quelquefois référence. Il était en possession d'une liste donnant la date de construction des édifices seynois. Pour la poissonnerie (ancienne halle aux poissons), ce document précisait 1639.

 

L'habitat

Au cours de ce XVIIe siècle, nos ancêtres ont oeuvré inlassablement à l'expansion de leur cité. Les difficultés économiques vaincues pour l'essentiel, ils portèrent leurs efforts sur l'urbanisation, justifiés par un accroissement important de la population.

En 1631, La Seyne compte plus de deux cents maisons, une église paroissiale, un couvent, un millier d'habitants, trois cents marchands, capitaines et artisans.

En 1607, l'alignement de la rue d'Alsace, appelée alors rue de l'Évêché avait été réalisé. Le n° 8 de cette artère porta le millésime 1622. D'autres points de repère nous permettent d'affirmer que ce fut aux XVIIe et XVIIIe siècles que s'édifia la partie de la Ville comprise entre la place Germain Loro (ancienne place des Capucins) et la place de Martel Esprit.

Le Cours Louis Blanc porte les millésimes 1681 et 1696. Au n° 25 de la rue Marius Giran on peut lire la date de 1683. À l'extrémité occidentale de la rue Victor Hugo, la chapelle dite autrefois du Saint-Esprit montre une pierre en saillie datée de 1655. Un acte notarié du 26 Août 1677 stipule qu'un terrain fut acheté au quartier Saint-Roch (extrémité de la rue Denfert-Rochereau) tout près de la Bourse du Travail actuelle, pour y construire une chapelle dont nous parlerons plus loin. Au XVe siècle, en 1480 plus précisément, aurait existé en ce même lieu, un refuge d'accueil des pestiférés débarqués au havre de La Sagno.

Chapelle du Saint-Esprit

Pierre ayant appartenu à l'ancienne chapelle du Saint-Esprit

Au hasard de leurs promenades, nos concitoyens pourront constater que les millésimes portés sur les habitations du XVIIIe siècle sont beaucoup plus nombreux. S'ils s'intéressent à l'architecture des constructions ils feront des comparaisons sur les styles d'époques. Par rapport aux premières maisons des quartiers Beaussier ou Cavaillon, il est aisé de remarquer une évolution heureuse de l'aspect et du confort.

Les constructions primitives n'offraient que des locaux étroits, peu éclairés, des rampes d'escaliers en maçonnerie, peu de décorations autour des ouvertures. Les portes d'entrée avec un simple linteau de bois à la partie supérieure seront peu à peu remplacées par des portes à plein cintre, cela dès la première moitié du XVIIIe siècle. Dans la seconde moitié, le cintre portera en son milieu une clé de voûte quelquefois en relief. L'encadrement des portes d'entrée sera enjolivé de pilastres et de moulures (ex : le n° 40 de la rue Denfert-Rochereau qui porte le millésime 1686). Dans une même rue (Marius Giran, Victor Hugo, Jean-Louis Mabily, pour ne citer que ces exemples) des styles différents se rencontrent et montrent par les millésimes que l'urbanisation de l'ancienne ville a duré plus de deux siècles.

Le développement et le peuplement se sont accentués en se rapprochant de la mer. Il a donc fallu tracer des alignements et autoriser des constructions sur des espaces restreints. Mais l'absence de véhicules automobiles ne pouvait inciter les édiles du moment à imaginer des rues plus larges.

Les règlements d'urbanisme autorisèrent des immeubles à deux ou trois étages ce qui eut pour effet une densité beaucoup plus forte de la population. Une population active composée de cultivateurs, de marchands, de pêcheurs et de petits artisans qui voulait travailler dans la sécurité.

Place Bourradet au début du XXe siècle

Le pouvoir royal se préoccupa des problèmes de défense de la rade qu'il renforça par la construction du fort de Balaguier en 1634. Nous avons consacré à cet édifice de longs développements (Voir le chapitre Balaguier dans notre Tome I des Images de la vie seynoise d'antan). Cet ouvrage a joué un rôle déterminant dans la défense de la République en 1793.

Parvenue au milieu du XVIIe siècle, La Sagno n'a pas encore conquis son indépendance par rapport aux féodaux Six-Fournais. Nous avons déjà souligné la volonté de ces derniers de conserver leurs droits de suzeraineté avec tous les avantages économiques qu'ils impliquaient.

Par contre en accord avec les autorités ecclésiastiques, ils encouragèrent les oeuvres de charité, et pour répondre aux immenses besoins de la foi religieuse de cette époque, ils poussèrent à la prolifération, dans les coins du terroir, de structures religieuses en tout genre, allant de la confection de petits abris (pour les statuettes de Saints ou de Saintes) jusqu'aux églises en passant par les oratoires, les sanctuaires, les chapelles.

 

Structures religieuses

Nous allons ici énumérer et décrire sommairement depuis l'origine de la commune, la multitude des ouvrages à caractère religieux vénérés pendant ce XVIIe siècle qui verra la constitution d'une véritable communauté seynoise.

Un grand nombre de ces édifices a disparu pour les raisons les plus diverses : insuffisances de moyens financiers pour l'entretien, destructions pour les nécessités de l'urbanisation, affaiblissement de la foi religieuse, conflits à caractère politique ou économique,...

De la plupart des petites chapelles, sanctuaires ou oratoires, il reste peu de traces et, si nous pouvons en parler, c'est surtout grâce à des documents d'archives. D'autres sont encore visibles mais dans un état de délabrement tel, qu'il n'est pas possible d'envisager leur restauration.

D'autres encore ont été sauvés et continuent de jouer leur rôle malgré les trois siècles écoulés depuis leur création. Il va sans dire que les constructions du XIXe siècle pourraient être en état de parfaite conservation. Nous verrons dans quelles conditions, malgré leur vétusté relative, ils ne sont plus visibles aujourd'hui. Mais nous avons le devoir de rappeler le rôle parfois éminent qu'ils ont joué.

Nous écrivions au début de ce récit qu'un premier sanctuaire fut établi à l'emplacement de l'église actuelle en 1591 et qu'il fallut quelques années après le remplacer par une petite chapelle en 1603, laquelle fut transformée en Paroisse en 1614. Soixante ans s'écoulèrent et devant l'importance nouvelle de la cité, les autorités ecclésiastiques et administratives de l'époque décidèrent la construction d'un nouveau temple (Délibération du Parlement de Provence du 23 Mai 1673).

 

L'église paroissiale

Le monument religieux était impressionnant pour l'époque car nos anciens avaient vu grand. Il comprenait trois nefs, l'une centrale et deux autres latérales, un clocher et un presbytère. La première pierre fut posée le 8 Juin 1674. Elle portait une inscription précisant qu'elle était dédiée à la Bienheureuse Marie, reine de Bon-Voyage, considérée alors comme la protectrice des marins et explorateurs en partance pour des expéditions lointaines.

L'intérieur comportait de nombreuses petites chapelles destinées à différentes confréries. Les travaux s'achevèrent en 1682.

Depuis le XVIIe siècle, de nombreuses transformations intérieures, notamment en ce qui concerne les autels ont été effectuées ; il en fut de même pour les pièces du décor : tableaux et statues, cela en fonction de nouveaux règlements de la liturgie.

En 1705, un ouvrage en maçonnerie et une solide armature métallique vinrent compléter le clocher en y abritant une horloge. Ces travaux furent effectués par François Estienne, maître tailleur de pierre et Laurent Rouger, maître serrurier.

Église Notre-Dame de Bon-Voyage

Indiquons en passant que cette horloge a été restaurée récemment et la grille de protection refaite par les travaux remarquables de notre concitoyen Barthélemy Bertolotto, bien connu des Seynois.

Les cloches actuelles, au nombre de quatre, datent du second Empire. Elles ont remplacé celles de 1787 venues, elles-mêmes, un siècle après les cloches d'origine.

Vers la fin du XIXe siècle, d'importantes réparations et des modifications de façade donnèrent à l'église un aspect beaucoup plus majestueux avec une grande rosace, un porche central orné de riches sculptures, encorbellements et corniches.

Un premier orgue y fut installé en 1810. Un deuxième en 1846. L'orgue actuel de 1891-1892 est classé Monument Historique.

Reprenons l'ordre chronologique de nos structures religieuses. En 1618, Michel Tortel, Sieur de Ramatuelle, l'un des représentants des familles les plus anciennes de La Seyne, rentre d'une expédition à Constantinople où il a contracté la peste. Il en réchappe miraculeusement et pour remercier la providence divine il fait un don de 3 000 piastres destiné à la construction d'un couvent à La Seyne, sa ville natale et qui sera placé sous le signe de Saint-François d'Assise et remis aux religieux capucins d'Aix-en-Provence.

Cet établissement situé au coeur même de la propriété actuelle des Maristes fut fondé le 8 Avril 1621. Il s'appela le Couvent des Capucins. Il comportait des logements pour 40 religieux, des salles de réunion, des annexes, des dépendances, une église, entourés de vastes terrains plantés d'arbres magnifiques. Pendant deux siècles, il permit aux Capucins d'exercer leur religion et de nombreuses oeuvres de charité.

Mis à mal pendant la révolution de 1789 et les années qui suivirent, il connut des fortunes diverses. Utilisé comme hôpital militaire sous le Ier Empire, puis comme maison de retraite pour les vieux religieux, il fut abandonné vers 1840 et tomba en désuétude.

Sur le même emplacement, dix ans plus tard prendra naissance l'Institution Sainte-Marie dont nous parlerons dans la partie de notre récit consacré au XIXe siècle.

Il ne reste plus aucune trace aujourd'hui du Couvent des Capucins, structure de la Chrétienté du XVIIe siècle.

Par contre, un sanctuaire vieux de 360 années, continue d'accueillir les fidèles Seynois et Six-Fournais au point culminant de la commune, à 360 mètres d'altitude. Il s'agit de Notre-Dame de Bonne Garde édifiée en 1625, et à laquelle nous avons déjà consacré de longs développements (Voir le chapitre Sicié dans notre Tome I des Images de la vie seynoise d'antan).

Nous ne reviendrons pas sur les raisons de cette création, ni sur l'historique de la chapelle, pas davantage sur les conflits qui opposèrent Six-Fours à La Sagno au moment de la séparation des deux communautés.

Elle a failli disparaître au moment de la Libération en 1944 par le fait de la guerre. Elle a été restaurée ainsi que la Tour de Garde de 1589 qui lui fait face à quelques mètres. Ces deux constructions ont été classées Monuments Historiques par décret du 30 Juin 1939.

L'année 1634 revêtit une importance historique indéniable pour notre cité mère de La Sagno qui s'affirmait par son travail persévérant, les progrès de ses activités maritimes, la croissance de sa population.

Le pouvoir royal comprit la nécessité de protéger des lieux appelés à jouer un rôle déterminant pour l'avenir du pays. La rade de Toulon, protégée par la Tour Royale depuis 1524, prenait une importance stratégique évidente avec le développement d'une flotte qui s'imposait aux adversaires de la France. Son arsenal perfectionnait sans cesse les moyens de défense. C'est alors que sous le règne de Louis XIV, l'ingénieur Vauban oeuvra à la construction du fort de Balaguier qui fait l'objet d'une étude particulière (Voir le chapitre Balaguier dans notre Tome I des Images de la vie seynoise d'antan).

Ce fut un ouvrage militaire dont le rôle est bien connu de ceux qui s'intéressent à l'Histoire locale. Si nous l'associons ici aux structures religieuses c'est qu'il comporte à l'intérieur des murs fortifiés une chapelle parfaitement visible aujourd'hui, restaurée pour devenir une salle du musée qu'est devenu le fort de Balaguier.

Cette chapelle recevait pour les offices tous les militaires cantonnés dans les environs : ceux du fort de l'Éguillette (1872), ceux du fort Caire (ancien nom du fort Napoléon), ou des batteries comme Saint-Louis et Saint-Charles.

Nous entrons maintenant dans une période de notre histoire locale où les structures religieuses vont se multiplier à une cadence rapide. Comprenant la nécessité d'étendre leur influence sur les bords de la rade, les confréries les plus importantes de Six-Fours vont créer en 1639 une association et une chapelle dites des Pénitents Blancs.

Placée sous le titre de Notre-Dame de la Miséricorde, elle fut édifiée au quartier Cavaillon à l'emplacement du Centre médico-scolaire actuel, place Séverine. Il fallut l'agrandir par la suite. Son style n'était pas recherché. Sa haute façade occidentale se terminait par un clocher-mitre. La porte d'entrée à plein cintre s'ouvrait vers l'Ouest.

Ancienne chapelle des Pénitents Blancs (détruite vers 1925)
Cliché G. Giraudo

Pendant la construction de Notre-Dame-de-Bon-Voyage, elle reçut les fidèles Seynois. Plus tard, au moment de l'érection de La Seyne en Commune, les édiles s'y réunissaient souvent. Elle fut aussi le siège de nombreuses oeuvres d'assistance. Au début de notre siècle, son état de vétusté était si avancé qu'elle fut totalement abandonnée. Vers 1925, elle fut détruite et il ne reste plus aucune trace de cet édifice qui dura plusieurs siècles.

Une autre confrérie, originaire de Six-Fours, celle dite des Pénitents Gris, se manifesta aussi à La Seyne quelques années après les Pénitents Blancs. La qualification Gris s'expliquait par le fait qu'au moment des offices, ils étaient revêtus d'une longue robe de bure (du latin burra) qui leur valut aussi le nom de Frères Bourras. Ils se livraient à des oeuvres d'assistance de bienfaisance et d'entretien des édifices religieux.

Leur chapelle fut fondée le 5 Novembre 1655. On l'appela la chapelle du Saint-Esprit.

Construite à l'extrémité occidentale la rue Clément Daniel elle était orientée Sud-Nord. En 1925 il fallut la détruire pour permettre l'élargissement de la rue Gounod. Elle fut reconstruite au même endroit. Elle est actuellement le siège du Secours Catholique.

Au moment de la reconstruction, une pierre portant le millésime 1655 de l'ancienne chapelle a été incrustée dans le mur nord de l'édifice actuel. Elle est parfaitement visible et rappelle ainsi le monument du XVIIe siècle.

En 1656, le notable Laurent Daniel, Administrateur de La Seyne sous Louis XIV, fonda un sanctuaire dans le quartier du Crotton, à la limite du quartier actuel de l'Évescat.

Un ancien prieuré mit à sa disposition d'importants terrains avec bâtiments et dépendances. La tour de guet à laquelle nous faisions référence au début de ce récit se trouvait à proximité. Ce premier sanctuaire fut appelé :

 

Chapelle rurale de Saint-Louis

Cette chapelle est désaffectée depuis bien longtemps. Orientée Est-Ouest, sa façade présente une porte néo-romane à plein cintre et de petites fenêtres de style néo-roman. Des travaux de réfection les ayant colmatées ont fait perdre à la construction son caractère religieux.

La chapelle Saint-Louis joua certainement un rôle important dans la période où le prieuré de l'Évescat (évêché en Provençal) accueillit les évêques de Toulon. Le corps du bâtiment principal fut complété par d'autres constructions pour devenir une résidence de repos et de méditation sous un climat particulièrement idéal. La date de 1694 y fut alors apposée. Elle est encore bien lisible aujourd'hui sur le portique d'entrée.

Portique d'entrée du domaine Saint-Louis à L'Évescat (en 1987)

Entrée actuelle du domaine Saint-Louis
Vestiges de la tour de guet du domaine Saint-Louis

Et voici La Seyne parvenue à la date historique de 1657 qui marque pour elle son accession à l'indépendance administrative et économique. L'acte de séparation d'avec la communauté de Six-Fours élaboré en Juillet 1657 fut enregistré au Parlement de Provence le 1er Février 1658. Le 22 Avril qui suivit était mise en place la première administration municipale de notre ville avec les consuls Lombard, Tortel et Pascal.

À partir de là, nos anciens allaient pouvoir tirer un meilleur parti des ressources locales, à commencer par l'exploitation du port de commerce avec son grand môle où le trafic des marchandises en exportation ou en importation s'affirmait d'année en année.

Certes les structures religieuses allaient se multiplier, mais la nouvelle administration et le développement des affaires exigeaient d'autres structures que nous essayerons de reconstituer le mieux possible.

Pour en terminer avec les pierres de la Chrétienté, signalons dans le XVIIe finissant quatre chapelles modestes dont on ne retrouve plus aucun vestige.

Au cadastre du XIXe siècle figurait encore la mention chapelle en ruine au n° 817, Section B. Il s'agissait de la chapelle Saint-Jean de Berthe. À proximité on pouvait encore voir en 1983 au point d'intersection de la route départementale 559 (La Seyne - Six-Fours) et de l'ancien chemin de Saint-Jean qui conduisait au quartier Berthe, une niche au sommet d'un oratoire. Probablement une petite statue de Saint-Jean y fut vénérée. Il n'y a plus aucune trace de cette chapelle. L'oratoire et sa niche ont disparu suite à l'élargissement de la route départementale.

En 1661 Maître Jean Lombard, notaire à La Seyne, fonda une petite chapelle dite N.-D. du Mont Carmel, ou de Brégaillon, sur la colline dominant l'ancien hippodrome de Lagoubran (propriété des C.N.I.M. aujourd'hui). À ce même emplacement, Bonaparte y installa une batterie en 1793. De cet ouvrage, il ne restait plus qu'un tas de pierres éparses, il y a quelques années.

Un autre chrétien des plus fervents, négociant seynois nommé Pierre Guigou surnommé Gavarry fit construire la chapelle de Saint-Joseph de Gavarry sur un terrain situé entre le quartier Brémond et ce qu'on appela les Quatre Chemins de Gavet. De cet ouvrage, qui fut dédié à Saint-Joseph, ainsi que le précédent, il n'apparaissait plus que des pans de murs, il y a une vingtaine d'années.

Enfin, en ce XVIIe siècle vieillissant une autre construction religieuse vit le jour en 1677 à l'extrémité de la rue Saint-Roch, aujourd'hui rue Denfert-Rochereau. Elle fut édifiée pour que la population puisse y honorer Saint-Roch, l'un des héros de la charité chrétienne. On l'appela chapelle du Peyron, ou de Saint-Roch.

Pourquoi cette double appellation ? Elle s'explique par le lieu d'implantation. Le quartier Peyron commence à l'extrémité de la rue Denfert-Rochereau et s'étend sur les espaces compris entre la Bourse du Travail et l'Hôpital. Saint-Roch est le nom de la rue qui a précédé celui de Denfert-Rochereau au bout de laquelle fut construite la chapelle à l'endroit précis où se trouvait le lavoir, détruit il y a quelques années, et qui portait lui aussi le nom de Saint Roch.

Pourquoi ce nom de Saint ? Parce qu'il faut savoir que depuis fort longtemps Saint-Roch était vénéré en Provence. La légende lui attribuait le pouvoir de guérir la peste.

À l'emplacement de la chapelle, qui a fait place au lavoir public, remplacé lui-même par une station de refoulement des eaux usées, aurait existé vers 1480 un asile pour les pestiférés débarqués au havre de La Sagno, avant que n'existât le Lazaret de l'île de Sepet fondé au XVIIe siècle (Lazaret du latin lazarus, ladre, lépreux). Ce fait relaté par M. Baudoin justifie pleinement pourquoi Saint-Roch devait être vénéré en ces lieux. Le sanctuaire abandonné fut détruit en 1861.

Il existe d'autres quartiers de notre commune qui portent des noms de saints comme Saint-Lambert, Saint-Honorat, Sainte-Anne, Saint-Antoine. Très probablement ces appellations remontent à la même époque que les chapelles dont nous avons parlé. Leur répartition prouve que partout nos anciens cherchaient la satisfaction de leur foi religieuse. Les petits sanctuaires vénérés ont complètement disparu ; la preuve de leur existence est quelquefois révélée sur les anciens cadastres.

Pour sortir du cadre strictement seynois, nous pourrions en énumérer une multitude d'autres sur les territoires de Six-Fours et de Saint-Mandrier qui ne formaient qu'une seule et même communauté au Moyen Age. La plupart d'entre elles ont disparu ou ne présentent que de rares vestiges.

Avant de quitter le XVIIe siècle, il est bon de rappeler l'existence des oratoires et des niches de Saints au pied desquels nos anciens firent leurs dévotions pendant plusieurs siècles.

En 1611 des Religieux fondèrent en France un ordre appelé Oratoire. Ce terme (du latin orare, prier) s'applique également à de petites chapelles construites à l'intérieur des maisons bourgeoises, et aussi à de modestes sanctuaires en forme de stèle quadrangulaire d'environ deux mètres de hauteur, terminés par une niche maçonnée abritant une statuette sainte, construits avec les matériaux trouvés sur place. Au début de notre siècle, ils jalonnaient les chemins d'accès à Notre-Dame de Bonne Garde. Avant d'accéder à l'aire des Mascs, il en existe encore deux, assez bien conservés.

L'un de ces oratoires porte une inscription très lisible destinée à remercier Saint-Louis, Roy de France de la visite qu'il fit à nos terres varoises. Après avoir traversé de petits villages comme Rougiers, Solliès-Ville, participé à un pèlerinage à la Sainte-Baume il s'embarqua à Hyères pour l'Orient. C'était en 1254.

Rappelons au passage qu'il mourut de la peste à Tunis en 1270 au cours de la dernière croisade.

Dans notre enfance, nous avons connu les oratoires des quartiers Saint-Jean, Sainte-Anne, Saint-Honorat ; ceux du Chemin dit des oliviers, de l'Hôpital, de Simian, de Bramas.

Avant de gravir le dernier raidillon donnant accès à la chapelle de N.-D. de Bonne Garde, on retrouve encore de loin en loin quelques pilons de ces oratoires sérieusement dégradés.

Dans les murs de la ville ont existé également des niches en maçonnerie protectrices de statuettes sacrées. À l'extrémité du Cours Louis Blanc vers les Maristes, dans la rue Cyrus Hugues vers le Port, rue Marius Giran près de la Poissonnerie, rue Denfert-Rochereau au n° 45 (statue de Saint-Roch).

Par suite de travaux effectués sur les façades des immeubles, des élargissements de la voirie, des faits de guerre,... et aussi par le ralentissement de la foi religieuse, ces petits sanctuaires, oratoires et leurs niches ont été détruits ou laissés à l'abandon.

 

Structures administratives, économiques et sociales

Nous avons montré précédemment les difficultés énormes éprouvées par nos anciens pour obtenir leurs premières structures économiques : halle aux poissons, fours à cuire le pain. Si l'on ne trouve plus trace des premiers fours, par contre les pierres de la poissonnerie, transformée certes, sont toujours là et on doit les considérer comme les plus anciennes de la localité. Il va sans dire qu'il s'agit là de pierres travaillées par les hommes. Celles que nous offre la presqu'île du Cap Sicié et dont l'existence remonte aux temps géologiques les plus reculés, nous les évoquons dans un autre récit.

Quand La Seyne vit enfin cesser son état de vassalité par rapport aux féodaux Six-Fournais ; quand elle reçut sa première administration avec les consuls, les conseillers et les fonctionnaires municipaux, il fallut bien aménager des locaux pour le fonctionnement des services. Or, les premiers administrateurs ne disposaient d'aucun budget. Dès leur installation il leur fallut recourir à l'emprunt. Mais il est bon de savoir que cet argent ne fut pas toujours utilisé pour des travaux. Dans les ports de la côte provençale on rachetait par ce moyen des compatriotes enlevés par les pirates sarrasins et emportés comme esclaves.

Il leur fallut aussi organiser la perception des impôts et des taxes. Mais le produit n'en fut pas immédiat. Sans argent, comment construire alors des édifices ?

La mise en place de la première administration municipale se fit le jour de Pâques 1658, le dimanche 22 Avril. Cette cérémonie capitale se déroula dans la chapelle des Pénitents Blancs que nous avons déjà évoquée. Et par la suite on utilisa des locaux existants, généralement des maisons d'habitation, des hangars à usage commercial.

L'administration communale avait du mal à prendre forme au sortir de ce Moyen Age où le clergé détenait des pouvoirs considérables : contrôle de l'état civil, instruction, oeuvres d'assistance,... Durant les XVIe et XVIIe siècles, il avait construit beaucoup à La Seyne comme partout ailleurs : des chapelles, des habitations, des établissements de charité. Mais le moment viendra où les difficultés d'entretien se feront sentir cruellement. La commune naissante, à la recherche de ressources pour son fonctionnement, se tournera vers les ecclésiastiques pour obtenir une aide. Une aide matérielle sous forme de locaux même vétustes.

Avec les premiers écus, les administrateurs réparèrent des murs, cloisonnèrent des salles. Ils n'avaient pas les moyens de construire. Aucun bâtiment à usage d'administration communale ne sera construit avant 1847. À cette date, La Seyne aura sa première mairie. Nous reviendrons sur ce sujet pour le XVIIIe siècle et le XIXe.

Aucune école publique ne sera construite à La Seyne avant 1902, et pourtant la commune était née en 1657. Presque deux siècles et demi se sont écoulés avant que des enfants soient accueillis dans des locaux neufs.

On ne construisit pas d'avantage pour l'administration des finances. Au XVIIe siècle, entre la Paroisse et la chapelle des Pénitents Blancs fut construit l'Hôtel de la Dîme.

On sait que la dîme était une redevance payée au clergé. Elle représentait le dixième du revenu en nature. On l'utilisait pour le service des cultes, l'entretien des institutions et des oeuvres d'assistance. L'hôtel de la Dîme, que nos ancêtres seynois appelaient en provençal Lou Daïmé, fut peu à peu utilisé par les syndics financiers et devint une perception qu'on appellerait aujourd'hui Hôtel des impôts. Puis, beaucoup plus tard, fut aménagée l'école d'enseignement public qui devint l'École Martini. Le plan ci-dessous montre que le gros oeuvre de cette construction est identique à celui de la vieille école dont nous avons conté par ailleurs l'histoire glorieuse. Nous ne saurions dire pendant combien d'années l'hôtel de la Dîme joua son véritable rôle de service financier. Il est certain que sa transformation en établissement scolaire se fit au début du XIXe siècle après la promulgation de la Loi Guizot sur l'Enseignement public.

LÉGENDE

Ce plan est celui des dernières années de l'école, peu avant sa destruction.

Les parties hachurées représentent les surfaces construites ultérieurement, à partir de l'ancien hôtel de la Dîme.

1 - École primitive, construite sur l'Hôtel de la Dîme
2 - Classes de l'école primaire supérieure
3 - Ateliers
4 - Cour Nord
5 - Salles de classes - enseignement des retardés.
6 - Cour Sud
7 - Agrandissement de 1950
8 - Préau
9 - Préfabriqué
10 - Préfabriqué
11 - Bureau de la Direction
12 - Conciergerie
13 - Cantine
14 - Sanitaires

Des milliers de nos concitoyens se souviennent de leur passage dans cette école qui porta le nom de son premier Directeur, M. Martini. Ceux particulièrement curieux de l'histoire de leur ville savent que le sous-sol de la Dîme servit d'abord d'entrepôt pour les marchandises destinées au Clergé. Plus tard après la Révolution de 1789 et l'abolition des privilèges du Clergé une première école privée y fonctionna sous la direction de M. Sénès. École de courte durée où n'existait aucun confort. Puis elle devint une salle de réunion. La Seynoise et L'Avenir Seynois y jouèrent. Les premiers syndicats s'y réunirent. Des hommes politiques éminents, des syndicalistes y prononcèrent d'importants discours. Jean Aicard vint y parler pour défendre l'école laïque naissante.

Puis le fameux sous-sol devint un gymnase... Les vieilles pierres de la Dîme disparurent en 1976 au moment de l'aménagement du Parking Martini et ce ne fut pas sans amertume que les plus anciens de nos concitoyens ont vu opérer les bulldozers et araser l'emplacement d'une structure qui avait duré trois siècles. Et depuis tout ce temps écoulé les pierres de la Dîme et de Martini parlent encore !

 

Les moulins à vent

Vers la fin du XVIIe siècle, la population seynoise avoisinait 4 000 habitants. Il fallut modifier les fours à cuire le pain et naturellement moudre davantage de blé. Nos anciens construisirent alors des moulins à vent en forme de tours cylindriques aux endroits les plus propices à recevoir les vents. Mistral et vent d'Est puisqu'ils sont les vents dominants.

On pourrait écrire toute une histoire de ces moulins dont on connaît encore aujourd'hui les emplacements, les noms des propriétaires, les actes d'achat. Ces structures à caractère économique ont joué un rôle important pendant deux siècles. Leurs ailes ont égayé nos paysages tout en donnant aux hommes du terroir la belle farine blanche.

Leur rôle s'est affirmé avec le ralentissement de celui des Moulières, moulin hydraulique voué à la disparition par manque d'eau. Nos anciens nous ont parlé du moulin de Peyron situé dans la propriété de M. Content, fabricant de peinture à l'avenue Émile Zola, du moulin de Brégaillon établi sur le coteau dominant l'ancien hippodrome de Lagoubran, de moulin de Tortel, hauteur sur laquelle fut édifié en 1882 le premier réservoir à eau de la ville, où nous trouvons aujourd'hui l'observatoire Antarès fondé par le Professeur Pinson.

Il existait aussi le moulin de Saint-Honorat au Sud du cimetière et qui fut sinistré par les bombardements de 1944. Plus loin, en bordure de l'ancien chemin vicinal n° 2 dit Chemin des Moulières, on trouvait les Deux Moulins de Laffran sur une croupe dominant le quartier Touffany. On les appela aussi les Deux Moulins de Bonaparte parce que dans un ordre signé de sa main, ils furent cités le 24 Octobre 1793. L'un de ces moulins a été incorporé dans une construction encore visible de nos jours.

Les plus célèbres furent sans doute les Quatre Moulins situés sur la colline du quartier Domergue dominant superbement la ville, et la rade de Toulon. Leur construction date de 1680. Une belle exposition à tous les vents leur permettait de fonctionner presque sans interruption. On peut retrouver sur les cadastres de la commune les numéros des parcelles, disposés suivant une ligne Nord-Sud, ainsi que le nom des propriétaires. Le moulin situé le plus au Sud appartint à la famille Mabily, notamment au meunier Esprit Bonaventure Mabily (1786-1865), originaire de Six-Fours.

Les bombardements de la guerre ont aggravé leur état de délabrement. Il ne reste plus que celui transformé heureusement par un propriétaire qui en a fait sa maison d'habitation et qui a su conserver les pierres originales (1).

(1) Il s'agit de M. Maurice Tranchant de Lunel (1869-1932), précédemment inspecteur des beaux-arts au Maroc, personnage, dit-on, haut en couleurs, architecte de formation (premier concepteur du projet de mosquée de Paris), orientaliste, ami de Cocteau, écrivain, et surtout peintre aquarelliste (150 de ses aquarelles se trouvent au château de Recoules, Cantal).
L'un des 4 moulins

Pour en terminer avec les Moulins disons que leur activité ne se manifesta plus guère après 1860, c'est-à-dire avec l'arrivée du chemin de fer sur notre littoral. Les échanges commerciaux bouleversés par les nouvelles structures économiques, la spécialisation de quelques régions produisant les céréales pour l'ensemble de la France, expliquent la disparition de nos petites industries alimentaires.

Dans cette même période, on vit aussi péricliter les moulins à huile, structures alimentaires nombreuses dans la commune, justifiées par l'ampleur considérable des plantations d'olivier.

Restons encore dans ce XVIIe siècle qui a vu vraiment La Seyne prendre son essor. Nantie de son administration municipale, de ses premières structures vitales avec son port, ses moulins, ses premiers ateliers artisanaux (cordages, briqueteries, tonnelleries, savonneries, tuileries, petite construction navale,...), la commune se devait de penser à aider ses enfants malheureux. En ce temps-là, la vie quotidienne était particulièrement difficile. Des malades, des incurables, des infirmes, des enfants abandonnés, des chômeurs, des vieillards sans ressources, des misérables en tout genre, il y en avait beaucoup dans cette société qui sortait du Moyen Age où dominaient l'ignorance, l'inconfort, la violence.

Pendant longtemps, le Clergé seul organisa des oeuvres d'assistance et de bienfaisance. Les confréries des Pénitents Blancs, des Pénitents Gris, de Saint Roch s'employèrent de leur mieux à édulcorer les peines et les malheurs de la population.

 

L'Hôtel-Dieu

Un premier établissement de secours tout à fait rudimentaire fonctionna au XVIIe siècle dans la rue Évenos. Il fut transféré plus tard dans la rue de l'Hôpital (rue Clément Daniel aujourd'hui). L'immeuble existe toujours et compte parmi les plus vieilles pierres de ce siècle. Il s'appelait alors l'Hôtel-Dieu.

Sa façade Nord-Ouest donne sur la rue Clément Daniel. Au-dessus du fronton de la porte d'entrée figure la date de 1858. Elle n'est pas celle de la construction, mais celle d'une restauration accomplie sous le second Empire.

L'établissement primitif fut érigé au XVIIe siècle et y reçut l'ordre des Trinitaires, religieuses qui prirent à leur charge les soins à donner aux malades, aux infirmes, aux vieillards sous la direction d'un recteur nommé par la Municipalité.

La façade Sud-Ouest donne sur la rue Messine. Un petit jardin ombragé y exista avant d'être transformé en cour de récréation car, au début de notre siècle, l'Hôpital ayant été construit au quartier Saint-Jean, les vieux locaux reçurent de jeunes écolières d'une école primaire et d'un cours complémentaire.

Entre temps les religieuses Trinitaires occupèrent les locaux d'une congrégation et d'une oeuvre d'assistance dite N.-D. de Miséricorde, sise à l'emplacement actuel de l'école Sainte-Thérèse, rue d'Alsace.

Avant d'être désaffectés ces locaux de l'ancien Hôtel-Dieu ont servi pendant longtemps pour le Greffe de la Justice de Paix au premier étage. Le rez-de-chaussée abrita les services techniques de la ville après les destructions de la dernière guerre puis le service de la Caisse des écoles. On peut encore voir du côté de la rue Messine la chapelle qui fut au service des religieuses avant même le transfert de l'Hôtel-Dieu.

 

Les lavoirs publics

Nous ne quitterons pas le XVIIe siècle sans dire quelques mots des lavoirs publics. Ces constructions, aujourd'hui complètement disparues, n'avaient rien de grandiose, mais leur nécessité se fit sentir dès l'origine du peuplement de la commune.

Les lavoirs les plus anciens se situèrent aux Moulières et leur activité fut telle que nous avons estimé indispensable de leur faire une place spéciale dans notre précédent ouvrage. Disons simplement que leur présence dans ce quartier célèbre des temps passés s'explique par l'abondance d'une eau pure.

À l'origine qui remonte au XVe siècle, ils furent fréquentés par les lavandières de Six-Fours, puis par celles de La Seyne. Ils se présentaient sous la forme de bassins longs, étroits et peu profonds construits en briques et bordés de larges dalles plates où le linge était savonné, frotté, battu. Les travailleuses de la corporation des lavandières (on disait en provençal les bugadières, de bugada, lessive) effectuaient leur dur métier à genou et en toute saison.

D'autres lavoirs de ce genre existèrent à Saint-Roch (Source du Peyron en provenance du quartier Berthe), à la Belle Pierre (Forêt de Janas), au Crotton entre les Sablettes et Tamaris. Le lavoir des Moulières fut couvert coquettement de belles tuiles (demi-rondes provençales). À l'exception du lavoir Saint-Roch (photo ci-dessous), les autres restèrent découverts.

Quand, au début de notre siècle, l'eau de la ville fut distribuée dans l'agglomération et à la périphérie, les municipalités édifièrent des lavoirs couverts. Ce fut le cas aux Mouissèques, à Saint-Elme, aux Sablettes, à Saint-Roch, près de la bourse du travail, au Quartier Neuf.

Le lavoir Saint-Roch

Le lavoir du Crotton alimenté par une source fut construit par Antoine Deprat, maître maçon en 1702. Signalons au passage la divergence d'opinion des historiens locaux sur l'origine du nom de ce lavoir. L'orthographe diffère suivant les cartes. On trouve, en effet, crotton, ou croton, ou encore croûton.

Certains ont pensé que le croton, plante de la famille des Euphorbiacées poussant en terrain marécageux avait donné son nom au quartier. Mais ce végétal semblable au ricin pousse généralement sous des climats très chauds. Il n'a jamais été révélé par nos botanistes sur les bords de la baie du Lazaret.

La version donnée par Jean Denans dans son manuscrit de 1713 a été longtemps retenue. Il estimait que le quartier du Crotton était ainsi nommé en raison des pierres perforées par des mollusques lithophages, (dattes de mer, ou pholades) qu'on voyait en cet endroit, la forme de ces cavités très proches les unes des autres rappelant des crottes d'animaux.

Toutefois, une explication beaucoup plus sérieuse a été récemment fournie par Henri Ribot (2009). Cet auteur explique que le lieu Croton, et ses variantes Crotton, Crouton, ont pour origine une galerie souterraine, une cave, une crypte, une grotte (crota, du latin crypta) [de laquelle l'eau devait s'écouler à l'origine], avec les formes provençale crosta, italienne grotta et française grotte. On trouve ainsi mentionné dès 1156 la Font crotada à Tamaris, et l'on retrouve plus tard le quartier Evescat-Crotton (1656), le lavoir public du Crotton (1702), la fontaine du quartier le Crotton au XVIIIe siècle, etc.

Dans ce même quartier du Crotton se trouvent aussi les vestiges du puits Godinot, creusé à la suite de l'épidémie de choléra de 1865 par des riverains ayant voulu s'assurer d'une eau salubre.

Ces lavoirs disparus ont laissé des souvenirs vivaces dans la population. Mais la génération de la machine à laver ne peut imaginer ce que furent ces foyers d'activités vivantes et d'informations tapageuses qu'y répandaient les langues bien affilées de nos bugadières.

 

Les aires à battre le blé

Comme les lavoirs, les aires à battre le blé (Bastide Protais) ont totalement disparu pour la simple raison que les céréales ne sont plus cultivées à La Seyne depuis longtemps. Au XVIIe siècle, la grande majorité des cultivateurs voulaient avoir la farine de leur froment. Il leur fallait donc battre ou écraser les gerbes aux heures les plus chaudes de la journée pour mieux séparer les grains des épis craquants.

Cette opération se faisait sur des aires, surfaces circulaires en terre battue ou pavées de briques rouges limitées par une murette. Un fort cheval attelé à un rouleau de pierre, lourd, cylindrique et cannelé tournait autour d'un piquet fixé au centre et auquel l'attelage était relié par une longe de cuir.

Le rouleau succéda au fléau. Nos petites exploitations locales n'exigeaient pas l'usage de la batteuse mécanique. Après la ventilation des gerbes broyées dont se chargeait le tarare actionné par une manivelle, les sacs de grains s'en allaient vers les moulins.

De ces petites constructions rustiques d'où l'on tirait les grains de blé, d'avoine, de seigle, mais aussi les légumes secs, il reste seulement quelques vestiges dans les plus vieilles fermes du terroir, chez les Lubonis, les Raybaud par exemple.

 

La Seyne au XVIIIe siècle

Par rapport au siècle précédent, la population a doublé. Elle avoisine maintenant 5 000 habitants. Une population composée de quelques familles bourgeoises propriétaires de la majeure partie des terres, de paysans, de pêcheurs, d'artisans et de marchands. La vie économique et administrative a été organisée, toutefois dans des conditions précaires, les conflits entre les édiles locaux et les féodaux de l'Abbaye de Saint-Victor-lès-Marseille prenant des formes les plus diverses.

Si le XVIIe siècle a été bénéfique pour la commune, on ne peut en dire autant du XVIIIe qui a connu des calamités de grande envergure : des froids exceptionnels dévastateurs des récoltes et de la végétation naturelle, des épidémies de peste et de choléra, génératrices des pires désastres dans la population.

Le XVIIIe siècle est celui des guerres interminables et ruineuses de la Royauté, des pertes irréparables en vies humaines, celui de la disette, des cartes de rationnement, des impôts trop lourds, du mécontentement bien justifié des classes laborieuses.

Les conditions d'une grande Révolution se réalisèrent. On connaît les conséquences des journées tumultueuses des années comprises entre 1789 et 1793 où les Français firent leur première expérience de la République, tentative jalonnée d'épreuves douloureuses car une Révolution s'accompagne toujours d'excès et d'injustices propices à la Contre-Révolution avec le terrible danger de la vindicte des classes sociales dont les privilèges avaient été limités ou abolis. Alors, de nouveaux abus se manifestant avec violence, la porte fut ouverte à la guerre civile.

Ainsi notre pays a connu durant ce XVIIIe siècle des épreuves cruelles de toutes sortes dont les répercussions sur la vie communale furent particulièrement néfastes.

Les municipalités de l'époque pouvaient à peine faire face aux dépenses courantes de fonctionnement. Il leur fut impossible d'édifier des constructions à caractère administratif, économique et encore moins à caractère culturel.

L'habitat progressait lentement vers la mer. Les maisons de plus en plus confortables s'édifiaient sur le Marché qu'on appela d'abord le Cours et plus tard la rue du Cours ; de beaux immeubles apparurent tout au long des rues Franchipani, Baptistin Paul (rue des Maures), rue Cyrus Hugues (rue de la Paix),... avec des ouvertures plus grandes, des rampes en fer forgé, des portes décorées de moulures, des portiques enjolivés, des balcons, des balustres,...

Toutes ces constructions étaient l'oeuvre des petits bourgeois, des artisans, des marchands, des notables.

 

L'habitat rural

Les campagnes se peuplèrent lentement au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. Les terres des Abbés de Saint-Victor passèrent peu à peu aux mains de grands propriétaires appelés Beaussier, Estienne d'Orves, Noble, Caire, David, Tortel, Pascal, Daniel, Lombard,... Dans le milieu du XVIIIe siècle, des maisons bourgeoises de belle allure s'élevèrent dans les quartiers aux terres les plus fertiles et les mieux exposées. On les appela pompeusement Châteaux. Ce fut le cas à La Goubran, La Chaulanne, La Rouve, Cachou, Bory, la Petite Garenne.

Plus tard apparaîtront d'importantes fermes au centre de plusieurs hectares comme Pellicot (Fabrégas), Suquet (les plaines), le Clos Vidal (Mar-Vivo).

Hormis les Châteaux des plus grands domaines sur lesquels nous reviendrons plus loin, disons que l'habitat rural fut constitué surtout par une multitude de maisons fermières beaucoup plus modestes au centre de quelques hectares livrés à la polyculture : vigne, fruitiers, oliviers, cultures maraîchères et florales. Les propriétés Lubonis, Audibert, Barbaroux, aux Plaines, Hugues, au quartier Barban, nous en donnent encore un exemple fidèle malgré les transformations accomplies à travers les âges.

Construites en pierres tout-venant de calcaire, de lauvisses, de grès, couvertes de tuiles creuses, leurs façades tournées au midi présentaient des ouvertures de faibles dimensions aux volets pleins. Elles comportaient une partie habitée, grande cuisine en rez-de-chaussée, terrasse couverte, chambres à l'étage et de nombreuses dépendances accolées de part et d'autre de la partie centrale (remise, cellier, écurie ou bergerie,...).

Les règles d'urbanisme n'existant pas encore de façon précise, l'ensemble de ces constructions pouvait avoir une forme rectangulaire ou en équerre. D'une manière plutôt anarchique, on trouvait autour : poulaillers, pigeonniers, auges à porcs, réduits à chèvres, norias sur des tertres pierreux.

Dans le milieu du XIXe siècle, de superbes constructions à caractère résidentiel apparurent en différents point de la commune de préférence vers les bords de mer. Nous pensons à la Tourelle de Brégaillon, à la tour du Pont de Fabre, à la propriété Bory du quartier Beaussier, au Château de Michel Pacha, à la propriété Gassier de Mar-Vivo qui domine l'anse des Sablettes, au Château Verlaque (propriété de Noël Verlaque, ancien directeur des Chantiers navals). Leur caractère résidentiel n'excluait pas pour la plupart d'entre elles l'implantation de locaux à usage agricole dans les environs (voir illustrations).

Château de La Tourelle à Brégaillon

Hélas ! Parmi ces dernières constructions, le Château de Michel Pacha au caractère oriental a été détruit par fait de guerre, celui de M. Verlaque a été rasé par les promoteurs d'un ensemble immobilier, la tour du Pont de Fabre a été amputée.

Et il n'est pas dénué d'intérêt de savoir ce que sont devenus les domaines les plus anciens du terroir seynois au coeur desquels on trouvait d'imposantes habitations environnées de constructions à usage multiples : logements des fermiers et des ouvriers agricoles, hangars et même chapelles.

En bordure de la route départementale reliant la pyrotechnie à Sanary par les Playes, à hauteur de la gare de La Seyne, ce qu'on appela le Château de La Goubran (ou de Lagoubran), propriété de la famille d'Estienne d'Orves, est encore visible.

Le corps du bâtiment principal flanqué de deux ailes symétriques d'un niveau légèrement inférieur comporte deux étages. La distribution des pièces a varié suivant les époques mais presque toujours on trouvait la cuisine, la salle à manger, les salles de réunion ou de réception en rez-de-chaussée et les chambres dans les étages.

Depuis son origine qui remonte au XVIIIe siècle, le Château de Lagoubran a changé plusieurs fois de propriétaires. Ce fut un avocat au Parlement de Provence, Jacques Blégier, puis un bourgeois de Six-Fours, Michel Martinenq, puis d'Estienne d'Orves.

Les terres cultivables et les bois de ce domaine s'étendaient depuis les confins de la commune d'Ollioules jusqu'au bord de la mer à Brégaillon. Vers la fin du XIXe siècle, la partie la plus méridionale fut transformée en hippodrome lequel offrit des distractions aux Seynois amateurs de turf pendant une vingtaine d'années.

Hippodrome de Lagoubran

Les dépendances du Château, les écuries en particulier étaient encore visibles en bordure de la route de la gare face aux ateliers de la Provençale, il y a quelques années.

On sait que les C.N.I.M ont fait l'acquisition des anciennes terres de Lagoubran devenues aujourd'hui zone industrielle. Le Château encore debout sera-t-il remis en état pour servir peut-être à des logements de fonction ? Sera-t-il rasé comme l'ont été les dépendances ? On ne sait.

Il n'en impose plus guère, dissimulé derrière d'énormes hangars, des instruments de levage et des charpentes métalliques.

On peut considérer aujourd'hui que le domaine de Lagoubran qui fut exploité pendant des siècles sur plus de 30 hectares n'est plus qu'un souvenir dans l'Histoire seynoise.

Le domaine de la Chaulanne a connu, lui aussi, de nombreuses vicissitudes au cours de son histoire longue de plusieurs siècles. Dans les documents d'archives, on parle de la Chaulanne à partir du XIVe siècle.

Propriété des Abbés de Saint-Victor, elle fut acquise par la famille Beaussier. Elle s'étendait sur une douzaine d'hectares compris entre la Commune d'Ollioules au Nord, le quartier Farlède à l'Ouest, la gare de La Seyne à l'Est. Elle englobait la grande terre de Saint-Jean d'une extrême fertilité. Plusieurs points d'eau permettaient l'arrosage des plantations. Au centre du domaine, la Seigneurie des Beaussier fit édifier une superbe maison de maître dont le style rappelait quelque peu celui du Château de La Goubran. Tout à côté une chapelle accueillait le dimanche les ouvriers agricoles et la population des quartiers environnants. La construction principale se dissimulait au milieu d'un parc magnifique ou les platanes, les sapins et autres arbres décoratifs avaient pris des proportions gigantesques.

Une photo du château de la Chaulanne, qui nous a été aimablement fournie en Avril 2008 par Madame LT.
On voit au premier plan, la ferme, et, au second plan, l'arrière du château.

Vendu sous la Révolution comme bien national d'émigrés, le domaine revint à un fournisseur de la marine du nom de Fisquet. Au début du XXe siècle cette résidence recevait des personnalités de haut rang de la Marine, de l'armée, de la grande bourgeoisie. Comme à Balaguier, il fut question des petites alliées.

Mais avec la guerre de 1914 commença le déclin. L'immeuble fut bien restauré par Pierre Laval qui en fit l'acquisition en même temps que le Journal Le petit Var. On sait comment finit ce triste personnage, fusillé à la Libération pour haute trahison de la Patrie. Après quoi, naturellement, La Chaulanne fut confisquée par l'État, vendue à une Société. Aujourd'hui, l'ensemble immobilier de la ZUP avec ses structures scolaires, administratives, commerciales,... a remplacé le château, la chapelle, les dépendances, la noria,... tout, absolument tout, a disparu de ce domaine des illustres Beaussier qui connut pendant fort longtemps une véritable splendeur. (Voir de La Chaulanne d'autrefois à la ZUP d'aujourd'hui dans notre Tome VII des Images de la vie seynoise d'antan).

Si l'on observe le plan de la commune dans sa partie septentrionale on s'aperçoit que les quartiers Farlède, Berthe, Saint-Jean, Peyron, Brégaillon, Camp Laurent, forment un ensemble de terrains généralement plats prenant une légère altitude au quartier Gai Versant.

La carte géologique révèle que les sols y sont d'origine alluviale et remontent à l'ère quaternaire. De tout temps, les cultures y furent prospères et la richesse des terres propres à la polyculture explique l'implantation des structures agricoles, avec de belles demeures pour les possédants.

Plus au Nord, entre la voie ferrée Toulon - Marseille et l'autoroute subsiste un autre domaine qui connut lui aussi des années fastes : celui dit de la Petite Garenne qui s'élevait sur près de 10 hectares, avec ses coteaux admirablement exposés au midi, ses bois de pins et de chênes qui couronnaient la colline d'une altitude bien modeste (60 mètres).

Ce domaine qui appartint longtemps à la famille David, nous offre encore des vestiges prestigieux : maison de maître (on disait aussi le Château), maison de ferme, nombreuses dépendances, dont l'ensemble ressemble à un hameau.

Bonaparte y établit une batterie (batterie dite de La Montagne) en 1793 et, sur son emplacement, on put y retrouver quelques boulets de canons. Ces dernières années ont vu l'amputation de ce magnifique domaine pour faciliter la création d'une zone industrielle. Hélas ! elles ont vu aussi les incendies ravager la presque totalité des bois des collines environnantes ne laissant à nos regards qu'un spectacle de désolation.

Un autre domaine qui fit parler de lui pendant longtemps fut celui de Cachou, terme qui évoque une idée de dissimulation.

Quand les Six-Fournais en provenance du quartier de la Sardine par le chemin Ferri atteignaient le domaine de Cachou, ils ne découvraient qu'un monticule boisé, une éminence de 80 m d'altitude environ qui obstruait tout à fait le passage en direction du soleil levant.

Quand les Seynois empruntaient la route de N.-D. de Bonne-Garde en passant par le Collet de Roux, ils abordaient le domaine de Cachou en laissant à leur gauche un mamelon boisé contourné par un chemin creux au fond duquel la vue était bien limitée.

Les uns et les autres ne découvraient aucune construction alors qu'ils en étaient à quelques mètres seulement. Quand les deux voies (Chemin Ferri et de N.-D. de Bonne Garde) se rejoignaient il suffisait de faire quelques pas en direction de l'Est pour découvrir un ensemble de constructions face à un panorama d'une richesse exceptionnelle, véritable enchantement pour les yeux.

C'est justement parce qu'il demeurait bien dissimulé et insoupçonné que ce domaine faisait dire aux gens :

" Ils sont bien cachés ceux qui habitent là ! ". Voilà l'origine de Cachou qui désigne tout un quartier qui fut essentiellement agricole avant de connaître une activité artisanale par l'exploitation des carrières d'argile.

Le domaine de Cachou fut la propriété de Saturnin Fabre vers la fin du XIXe siècle. Il s'étendait sur plus de 30 hectares cultivés en vignes, fruitiers, légumes,... On y trouvait disposés en équerre des bâtiments de maître, des constructions fermières, des logements, des dépendances (cellier, écuries, bergerie,...). La propriété s'étendait aussi sur le territoire de Six-Fours.

Après la mort de Saturnin Fabre, elle changea de maîtres plusieurs fois (Pupi, Ganteaume, Arnaud). Elle est devenue aujourd'hui l'un des lotissements les plus importants de la commune (Cap Sicié).

Mais les bâtiments d'origine, réaménagés, réunis, constituent un bel ensemble architectural. On y trouve même un petit belvédère construit sur l'embase d'une tour sarrasine dont l'existence remonterait au Moyen Age.

Laissons la zone Nord du terroir seynois avec ses principaux domaines de la Chaulanne, de La Goubran et de la Petite Garenne dont nous avons évoqué le rôle important dans l'économie seynoise et portons nos regards à l'opposé vers l'immense quadrilatère : Les Mouissèques - L'Éguillette - Balaguier - Tamaris. Au centre d'une vaste étendue évaluée en 1793 à 76 hectares fut édifié au début du XVIIIe siècle une importante maison de maître appelée le Château de la Rouve, entourée de nombreuses dépendances : maison de ferme, pressoir, moulin à huile, écuries, etc...

Près d'un tiers des terres étaient réservées aux cultures fruitières, à la vigne, à l'olivier et aux cultures maraîchères. On y trouvait même dans les coins les mieux exposés des orangers, des citronniers, des câpriers. Comme à la Chaulanne et à La Goubran y poussaient aussi les mûriers permettant l'élevage des vers à soie. Le reste du domaine était couvert de bois : des pins d'Alep, des chênes verts et des chênes liège.

Le plus ancien propriétaire Laurent Caire (1731-1800), riche négociant toulonnais, eut de nombreux descendants. Il fut Premier consul de Toulon avant la Révolution et probablement le plus grand propriétaire foncier de La Seyne.

Accusé d'avoir pactisé avec les Anglais en 1793, il put sauver sa vie en fuyant vers l'Italie. Sa femme et ses quatre enfants le rejoignirent. Toulon repris aux Anglais et aux royalistes traîtres à la France, les Républicains seynois mirent à sac la propriété de la Rouve pendant que son maître mourait à Livourne. Sous l'Empire, la famille Caire revint et reprit possession de ses biens mais le père décédé, la succession fut laborieuse. Claire Honorine Caire, arrière petite fille du fondateur de ce domaine épousa François Mile.

Vers la fin du XIXe siècle, quand Michel Pacha fonda la station touristique de Tamaris, il acheta la plus grande partie des terres de la Rouve aux familles Caire et Mile. L'ancien château situé à proximité du Mont des Oiseaux a été détruit tout récemment pour satisfaire aux nécessités de l'urbanisation de ce quartier.

Du magnifique domaine du riche consul toulonnais, il ne reste donc plus rien.

 

Et l'administration ?

Si les bourgeois les mieux nantis s'étaient confortablement installés dans des Châteaux, si les petits possédants avaient bâti des maisons de fermes convenablement aménagées pour l'exploitation de leurs terres, il fallut bien constater que la commune en tant qu'organisme administratif demeurait très pauvre en équipements immobiliers.

Pendant tout le XVIIIe siècle elle ne put se doter d'un Hôtel de ville, pas davantage d'un hôpital, d'une école, d'un établissement à caractère économique ou social.

Durant tout le Moyen Age, l'Église toute puissante avait multiplié les édifices pour l'exercice et la propagande de la foi chrétienne. Après la période révolutionnaire et la saisie des biens du Clergé, les structures religieuses laissées à l'abandon se dégradèrent, les aumônes des fidèles ne pouvant suffire à leur entretien ou leur rénovation. C'est alors que les Municipalités en accord avec le Clergé utilisèrent les vieux locaux désaffectés.

Parallèlement au développement de l'habitation urbain et rural, il fallut des structures administratives à la mesure des nouvelles exigences.

Rappelons au passage que la première administration municipale de La Seyne fut mise en place solennellement le jour de Pâques 1658, dimanche 22 Avril, dans la chapelle des Pénitents Blancs au quartier des Cavaillons en présence du viguier, des officiers et des syndics en exercice (Laurent Daniel et Pierre Tortel) sous la présidence de M. François de Thomasson, conseiller du Roi, Président de la Cour du Parlement de Provence.

 

La mairie du XVIIIe siècle

Les premiers administrateurs - syndics et l'auditoire de justice siégèrent rue Berny, l'une des plus anciennes de la ville ; dans un immeuble de trois étages dont le propriétaire fut Michel Tortel, personnalité célèbre à plus d'un titre. La présence du tribunal explique la première appellation de la rue dénommée rue du Palais. Cette maison posséda ultérieurement un moulin à huile.

Au milieu du XVIIIe siècle les administrateurs des biens communaux auront recours à des locations pour entreposer du matériel ou installer des bureaux. Une délibération de 1767 nous apprend par exemple que le Maire de l'époque, François Jouglas fut élu dans la Mairie installée au n° 2 rue Carvin (2). C'est pourquoi cette rue s'appelait alors rue de l'Hôtel de ville. Elle ne porta le nom de Carvin, horloger de son état, qu'après sa déportation en Afrique pour s'être élevé contre le coup d'État de 1851. Mais, à l'origine, cet édifice où se réunirent nos édiles pendant quatre-vingts ans était une maison d'habitation.

(2) À l'origine, l'édifice du n° 2 rue Carvin, où se réunirent nos édiles pendant quatre-vingts ans, n'était qu'une maison d'habitation. Une salle y avait été aménagée pour le fonctionnement d'une école publique. Après le départ de la mairie, la façade demeura plusieurs décennies sans ravalement et au début du XXe siècle l'inscription Liberté, Égalité, Fraternité y était toujours visible. L'immeuble fut ensuite occupé par plusieurs générations de boulangers (Mabily, Eruti) et actuellement La Pétrie du Marché.

Le transfert de l'administration municipale ne sera réalisé qu'en 1847 avec la création d'un véritable Hôtel de ville (photo ci-dessous) sur le port, à l'emplacement de la Mairie actuelle.

La Mairie de 1847

Dans de telles conditions de travail, on voit donc qu'avec ses édiles installés dans des appartements, ses services logés dans des sanctuaires, l'administration communale relevait de la plus grande indigence. L'Hôtel-Dieu et l'Hôtel de la Dîme allaient continuer leurs offices pendant plus d'un siècle encore.

Les seules constructions nouvelles que le XVIIIe siècle vit sortir de la terre seynoise furent les ouvrages militaires.

 

Les pierres de la défense

Nous avons dit que pendant le millénaire du Moyen Age, les habitants du littoral méditerranéen subirent fréquemment les méfaits de la piraterie sarrasine. Pour y faire face, ils ne disposaient guère que des armes primitives de leur temps : piques, fourches, faux, épieux. La promptitude de leurs interventions et leur courage admirable mirent souvent en échec les Barbaresques.

Une vigilance constante était la condition majeure de leur réussite. C'est pourquoi dans un premier temps ils établirent des postes de guet comme celui construit en 1589 au sommet du promontoire de Sicié d'où le regard contrôlait l'étendue des flots depuis le Bec de l'Aigle de La Ciotat jusqu'au-delà des îles d'Hyères. Cet ouvrage restauré montre encore les vieilles pierres de son origine.

D'autres vigies aménagées par la suite sur les crêtes en bordure du littoral seynois et six-fournais complétèrent un système de surveillance qui permettait l'organisation d'une riposte en cas de menace effective.

La nécessité de construire de véritables ouvrages militaires se posa avec l'apparition de l'artillerie. Quand les bombardes, les mortiers, les couleuvrines furent en mesure de répondre aux caronades des vaisseaux, alors on vit s'ériger des forts, des fortifications autour des grandes villes comme Toulon, des fortins, des batteries sur les hauteurs dominant le littoral des presqu'îles de Sicié et de Saint-Mandrier.

En dix ans de travail et aussi quelques interruptions, la Tour Royale fut édifiée entre 1514 et 1524 pour la protection de la rade et fut suivie par la tour de Balaguier en 1634-1636 qui fut modifiée sur les instructions de Vauban en 1679 (3).

(3) On sait aujourd'hui qu'il a été tenu certains propos fantaisistes attribuant à Vauban des fortifications de Balaguier ou de l'Éguillette, et qu'en réalité Vauban n'a rien construit, ni amélioré dans la cité, vu que ses préconisations n'ont jamais été exécutées.

Sous les règnes de Louis XIV et Louis XV, la France, engagée dans des guerres de conquête connut des succès retentissants sur terre et sur mer ; mais aussi de cuisants revers. Les guerres de la Révolution et de l'Empire accrurent les dangers d'invasion par les côtes méditerranéennes.

La tour de Balaguier, d'après une litho de Bourgeois, en 1818

C'est pourquoi entre 1793 et 1815 les responsables nationaux de la défense côtière multiplièrent les ouvrages militaires sur notre littoral. Bonaparte établit une multitude de batteries en vue de la prise de la colline Caire et du fort de Balaguier dans la perspective de reprendre Toulon livré aux Anglais par les Royalistes. Ce furent des ouvrages hâtivement construits, fait de murettes en pierres sèches avec glacis, escarpes et tranchées d'abris conçus pour l'installation de trois ou quatre pièces d'artillerie. Les unes aux abords même de la colline Caire comme les batteries Saint-Louis - Saint-Charles - Saint-Philippe. D'autres évoquaient la République et ses vaillants défenseurs : Batterie des Républicains du Midi, des Jacobins, des Braves, ou des Chasse coquins, des Hommes sans peur, des Sans culottes. D'autres encore portaient les noms de leur lieu d'implantation : batteries des Sablettes, de Faubregas, de Saint-Elme, du Bau Rouge, des Quatre-Moulins.

Après la prise de Toulon, en 1794, Bonaparte avait suggéré l'installation d'une batterie au-dessous de N.-D. de Bonne-Garde, face au grand large, en prévision d'un débarquement sur les grèves sud du promontoire de Sicié, possible seulement par temps calme. On appela cet ouvrage batterie du Cap Vieux ou batterie Notre-Dame (3).

(3) Deux des trois canons de cette batterie ont été récupérés dans les années 70 et sont actuellement visibles au Musée de Balaguier.

La batterie de la Verne fut construite dans cette période alors que le fort du Peyras, ouvrage nettement plus important encore utilisé de nos jours, date de 1875.

La batterie de la Verne, le fort de Balaguier laissaient encore apparaître il y a peu d'années leurs murs d'enceinte percés de meurtrières, entourés du fossé, ainsi que leur pont-levis.

Évidemment l'ouvrage le mieux conservé est le fort Napoléon érigé sous le premier Empire (1811-1813) en remplacement du vieux fort Caire qui lui-même avait succédé à la Redoute Mulgrave construite par les Anglais après leur installation à Toulon en 1793. L'ouvrage ne fut définitivement achevé qu'en 1821.

On sait que le fort Napoléon, fortifié par les Allemands durant la dernière guerre, capitula le 26 Août 1944, qu'il devint une réserve à munitions de tous calibres, constituant un danger permanent pour la population seynoise.

La Municipalité dirigée par Toussaint Merle à partir de 1947 finit après une lutte perspicace, par faire admettre au Pouvoir la nécessité d'évacuer le fort d'un stock de projectiles désaffectés mais néanmoins redoutables.

Entrée du Fort Napoléon

On sait que, depuis 1971, le fort Napoléon est devenu un édifice à caractère culturel.

De tous les ouvrages militaires dont nous avons retracé un historique succinct, seuls la batterie de Saint-Elme et le fort du Peyras continuent à jouer un rôle militaire. Le fort de Balaguier est devenu musée et structure culturelle.

Des autres pierres de la Défense, il ne reste que des vestiges au Bau Rouge, à Fabrégas, à la Verne, au Jonquet (4), au cap Vieux.

(4) La fameuse maison du pendu, juste en face des rochers des Deux Frères, correspondait au logement des canonniers de cette ancienne batterie, qui comporte également les vestiges d'une poudrière.

Une plaque commémorative de la batterie des Hommes-sans-peur a été apposée depuis plusieurs années, route de l'Évescat.

Avant de quitter les structures de la Défense, signalons qu'en 1821 fut mis au point un système de surveillance et d'alerte au cap Sicié même, avec le Sémaphore, dont l'Histoire est aussi fort longue. L'ouvrage important, aménagé bien avant la première guerre mondiale, perfectionné par la suite, équipé du téléphone et de moyens de signalisation, fut gravement endommagé à la Libération. Cette construction qui porte encore les stigmates de la guerre a été laissée à l'abandon.

 

Les pierres du XIXe siècle

Pendant le XIXe siècle, la ville va connaître une poussée démographique sensible qui s'affirmera particulièrement entre 1880 et 1900. La population passera de 5 200 en 1800 à 18 500 en 1900. Elle aura donc plus que triplé et cela en raison de la naissance et du développement fulgurant de la construction navale.

Place du Quartier Neuf

L'urbanisation lente qui s'opéra aux XVIIe et XVIIIe siècles allait maintenant connaître une croissance rapide, surtout avec l'arrivée de la main d'oeuvre étrangère, italienne en priorité. Des îlots d'habitation et des quartiers nouveaux débordèrent rapidement le vieux cadre du XVIIIe siècle dans tous les azimuts après la création de voies nouvelles comme l'avenue Gambetta, le boulevard du 4-Septembre, l'avenue du Fort Caire, le boulevard des Hommes sans peur (Jean Jaurès), l'avenue des Sablettes (Frédéric Mistral).

Un tel développement impliquait des structures nouvelles aux caractères les plus divers : économiques, administratifs, religieux, culturels, artistiques, touristiques.

 

Édifices de l'administration et de l'économie

La construction navale en fer démarra en 1835 avec les chantiers Mathieu. En 1855, avec la création des Forges et Chantiers de la Méditerranée s'édifièrent la porte d'entrée, bâtiment au premier étage duquel siégeait la Direction. Cette construction qui aurait aujourd'hui 130 ans fut sinistrée par les Allemands à leur départ le 17 Août 1944 et remise en état par la suite. Les cales de la construction navale datent donc du milieu de ce XIXe siècle. Le rôle historique de leurs pierres mérite d'être conté dans un document spécial.

En 1847, pour la première fois de son histoire, notre ville va posséder un véritable hôtel de ville avec des bureaux, une salle de réunion pour le Conseil municipal, un logement pour le concierge. Ce bâtiment suffisant pour l'époque abritait presque tous les services : état civil, service des eaux, voirie, bibliothèque, etc...

Il fut si endommagé au cours de la dernière guerre qu'il fallut le détruire et le remplacer par un édifice plus important qui n'est autre que la Mairie actuelle.

En 1858 (la rue Clément Daniel porte ce millésime en son milieu) fut construit un hôpital. En réalité, cet ouvrage fut l'amélioration de l'ancien Hôtel-Dieu tenu par les soins des soeurs Trinitaires. Il s'avéra insuffisant peu d'années après et les municipalités de l'époque furent confrontées à de graves problèmes qu'elles espéraient avoir résolus avec la construction en 1890 du grand hôpital de la Gatonne, lequel fut saisi par l'État quelque six ans plus tard pour en faire... une caserne de l'Infanterie Coloniale.

Caserne de La Gatonne

En 1928, la Municipalité fit l'acquisition de cet ensemble pour y loger une école de jeunes filles et un cours complémentaire ouverts à partir de 1931 et auxquels il fut donné le nom d'école Marie Curie.

Notre ville connut un véritable équipement sanitaire seulement au début du XXe siècle (1903-1905) avec la construction au quartier Peyron de l'Hôpital régional actuel.

Ce fut surtout dans la seconde moitié du XIXe siècle que se développèrent les équipements nécessaires à la vie économique prospère. L'industrialisation se généralisait en France. Depuis 1856, le chemin de fer reliait Paris à Marseille. Trois ans plus tard, il parvenait à Toulon et une station importante fut prévue à La Seyne en prévision d'une double desserte : l'Arsenal et les chantiers de construction navale. La gare de La Seyne accuse donc plus de 125 ans d'existence.

Dans la même période, en 1864 plus précisément, au quartier dit de la Lune fut édifiée l'usine à gaz qui apporta un progrès certain à de nombreuses familles suffisamment nanties pour s'offrir des installations d'éclairage. Le plus grand nombre de nos concitoyens continua cependant à s'éclairer avec la lampe à pétrole pendant le premier quart de notre siècle.

À cette usine sont venues s'ajouter les installations de l'Électricité de France. Ces sources d'énergie devenues complémentaires dépendent aujourd'hui de la même Administration.

Dans cette période de développement intense que fut la fin du XIXe siècle, de nombreux équipements apparurent dans les quartiers Nord et Nord-Ouest de la Ville.

D'importants terrains conquis sur la mer en 1867 permirent la construction de la Douane aux Esplageols (place Ledru-Rollin). Ce bâtiment important à deux ailes symétriques abritait les bureaux de l'administration et les familles des fonctionnaires.

Son entretien fut tellement négligé qu'il fallut le remplacer ces dernières années par une construction neuve sur l'emplacement arasé de l'ancienne du XIXe siècle.

De la place Ledru-Rollin, on accédait aux petits ateliers de construction navale dont celui de M. Curet, par une petite rue qui fut baptisée rue des Chantiers. Elle n'a pas changé de nom depuis. Beaucoup de gens en ignorent l'origine. Ils doivent savoir qu'au début du XIXe siècle plusieurs armateurs ont occupé les terrains devenus le square A. Briand. La présence de nombreux ouvriers dans cette partie de la commune explique la fondation entre 1878 et 1882 du Cercle des Travailleurs édifice qui comportait au premier étage une vaste salle pour des réunions. Des festivités s'y déroulèrent longtemps avant que ne s'affirment officiellement l'existence des syndicats ouvriers en 1884-1885.

Par la suite, des meetings à caractère politique s'y déroulèrent souvent à la faveur des campagnes électorales (5).

(5) Dans les années 1919-1922 la salle fut utilisée par la philharmonique La Seynoise. Elle fut acquise par la suite par l'Administration des Finances pour y installer la Perception avant d'être affectée au Service des Élections, et aujourd'hui à la Police Municipale.

Face au Cercle des Travailleurs existe un immeuble qui fut, à la fin du XIXe siècle, d'après M. Baudoin, le siège du Cercle des Montagnards, club politique dont les orateurs prononcèrent parfois des discours enflammés depuis le balcon de la façade nord. Les douilles métalliques que l'on y aperçoit encore embrassaient la hampe du drapeau de ce cercle que l'on faisait flotter les jours de commémoration (6).

(6) Ce bâtiment abrita par la suite la loge Les Frères Écossais [qui se refonda (1923) dans la loge Le Triomphe de la Concorde], avant de devenir Centre départemental médico-social et, pendant quelques années, l'Office du Tourisme. Toujours propriété du Conseil Général, il fut complètement restauré en 2006-2007 et abrite aujourd'hui la Salle des mariages au rez-de-chaussée et les Archives Municipales Marius Autran (inaugurées en mars 2007) aux deux étages supérieurs.

Dans le même environnement, à l'extrémité sud de la rue Faidherbe, se trouvait autrefois un bâtiment en pierre de taille dont le fronton de la porte principale portait des motifs sculptés (équerre et compas) avec le millésime 1789. Ce fut là qu'à la veille de la Révolution siégea la Loge Philosophique de Saint-Jean sous le titre de : Triomphe de la Concorde fondée vers 1786. Après reconstruction de l'immeuble, les décorations et le millésime ont malheureusement disparu, certains motifs ayant été cependant conservés par la Loge seynoise, ou photographiés.

Restons dans le giron de la place Ledru-Rollin. Entre la douane et l'avenue Gambetta, des hectares de terrain conquis sur les marécages ont permis à la fin du XIXe siècle la construction de l'usine à câbles sous-marins qui se situe entre 1882 et 1885.

Ses ateliers furent aménagés par la Société des grands travaux de Marseille. Une darse fut creusée et un chenal d'accès pour les navires câbliers fut aménagé. Cette usine qui a fêté son centenaire a rendu d'immenses services non seulement à La Seyne mais à la France entière par la multiplication des liaisons maritimes avec les autres continents. Depuis sa fondation, ses structures se sont modifiées, modernisées. Les équipements des télécommunications ont été heureusement complétés par un central téléphonique correspondant aux exigences nouvelles.

Plus au Nord, au quartier Berthe, au milieu des campagnes furent édifiés en 1889 de nouveaux abattoirs destinés à remplacer le vieux local nommé égorgerie établi au XVIIIe siècle face à la Poste actuelle.

Ces abattoirs ont duré presque un siècle. L'élevage étant en régression constante dans notre région et la production de la viande réservée de plus en plus à des organismes spécialisés, cette structure économique devint sans objet. Elle fut remplacée par la Mairie-annexe avec le regroupement de tous les services techniques de la ville.

 

Nouvelles pierres de la religion

La France s'était donné un régime républicain en 1848. Par son coup d'Etat du 2 Décembre 1851 Louis Napoléon Bonaparte le renversa à son profit et à celui de la grande bourgeoisie des patrons d'industrie et des hobereaux, grands propriétaires terriens.

Le ministre Falloux, promoteur d'une loi sur l'Enseignement fit la part belle aux Congréganistes dont on sait qu'ils ont toujours soutenu avec une constante fidélité, les régimes politiques antidémocratiques.

C'est pourquoi dans cette période euphorique de la Chrétienté, l'Enseignement religieux fut encouragé de toutes les manières. Sur l'emplacement de l'ancien couvent des Pères capucins dont nous parlions au début de notre historique, prit naissance le Collège des Révérends-pères Maristes, appelé aussi Institution Sainte-Marie.

Il débuta avec 70 pensionnaires. Ce fut surtout entre 1851 et 1855, sous l'impulsion du Révérend-père Eymard qu'il prit de l'extension. Il occupa en 1874, après des acquisitions successives une superficie de quatre hectares et compta jusqu'à 500 élèves.

C'est une structure de l'Enseignement privé qui accuse donc 140 ans d'existence. Elle est en parfait état de fonctionnement.

Ajoutons que dans les années 1862-1863, l'Institution Sainte-Marie compléta ses importantes structures par l'édification d'un sanctuaire appelé communément chapelle des Maristes.

Elle s'ouvre au début du boulevard du 4-Septembre sur ce qui fut autrefois la place des Capucins. Son style néo-gothique représente un ensemble architectural du meilleur goût qui jusqu'ici n'a pas subi de façon sensible les injures du temps. Des offices y sont célébrés le dimanche pour le public seynois.

En 1852, fut fondée l'école des Frères qui devint au début du siècle : l'Externat Saint-Joseph.

Installé en 1882 au boulevard du 4-Septembre, cet établissement accueillit jusqu'à 500 élèves répartis en 8 classes.

Nos concitoyens dans leur majorité se souviennent certainement de cette construction située à l'emplacement actuel du magasin des Coopérateurs du Midi.

Avec le développement de l'Enseignement public gratuit à partir de 1881-1882 et laïque à partir de 1886, cette école religieuse payante ne pourra supporter la concurrence et disparaîtra au début de notre siècle.

Après la guerre de 1939-1945, l'école désaffectée fut utilisée par l'Administration des P.T.T., la poste de l'avenue Garibaldi ayant été gravement endommagée par les bombardements. L'Externat Saint-Joseph est à mentionner dans la liste des structures disparues.

En 1858, le quartier des Mouissèques verra la naissance du Couvent de la Présentation, établissement destiné à l'éducation des jeunes filles d'origine bourgeoise venant de différents points de la Région.

Pensionnat de N.-D. de la Présentation

Vers 1882-1883, son effectif était d'une soixantaine d'élèves. Avec l'application de la loi du 2 Juillet 1901 sur l'interdiction de certaines congrégations rebelles au principe de la Séparation de l'Église et de l'État, les religieuses de la Présentation furent dans l'obligation d'évacuer les locaux et de se réfugier vers la frontière italienne. La Société des F.C.M. fit par la suite l'acquisition des locaux et y logea du personnel de l'Entreprise.

Depuis ces dernières années, l'Office municipal H.L.M. en a fait l'acquisition pour le raser et construire sur le même terrain le foyer Jean Bartolini pour des personnes âgées.

Dans la série des constructions à caractère religieux, il faut ajouter qu'en 1872-1874, au quartier Beaussier, s'édifia l'Orphelinat Saint-Vincent de Paul, habité par des religieuses venues dans notre ville pour y soigner les ouvriers des F.C.M. malades ou accidentés du travail. Ces personnes d'un grand dévouement accueillirent jusqu'à 60 orphelines, donnèrent des soins aux miséreux et s'occupèrent au fonctionnement d'un ouvroir dont beaucoup de Seynoises ont gardé un souvenir attachant. L'établissement ferma ses portes en 1963.

Plus tard, la Municipalité en fit l'acquisition, y logea de nombreuses associations à la recherche de locaux, un restaurant pour les anciens ainsi que l'école maternelle Anatole France (7).

(7) Après rénovation complète des bâtiments en 2004-2006, c'est aujourd'hui le siège de l'École de Musique, labelisée par le Conservatoire National à Rayonnement Régional (C.N.R.R.), l'ancienne chapelle Saint-Vincent-de-Paul ayant été conservée (au bord de la rue Jacques Laurent).

Pour en terminer avec l'historique des pierres de la foi religieuse, particulièrement intense pendant le Moyen Age et jusque vers la fin du XIXe siècle, n'oublions pas de signaler l'existence à l'extrémité de l'avenue Hugues Cléry de la chapelle de Mar-Vivo aux dimensions bien restreintes mais suffisantes pour l'époque de son inauguration, qui avait eu lieu en Mars 1897, avec la bénédiction de Mgr. Mignot évêque de Fréjus et Toulon.

En cette fin du XIXe siècle, les quartiers compris entre les Sablettes et Fabrégas en passant par Mar-Vivo et Fabrégas n'étaient pas très peuplés. Les villas et autres résidences secondaires étaient rares. Les jardins potagers occupaient la presque totalité des sols. Après la dernière guerre, la chapelle de Mar-Vivo, tombée en désuétude ne fut même pas réparée.

Acquise par un particulier, elle a totalement perdu sa vocation première pour devenir une pizzeria.

Les quartiers précités ont été dotés d'une nouvelle église de style moderne, avenue Fernand Léger (Notre-Dame de la Mer).

D'autres sanctuaires sont nés dans ces dernières années, mais il n'est guère possible de les classer comme de vieilles pierres de l'Histoire, la patine du temps n'ayant pas encore fait son oeuvre.

Les activités de nos anciens, avons-nous dit, se sont portées en priorité sur le travail producteur des biens de consommation. Ils construisirent en même temps des édifices pour le développement de l'économie et l'administration des biens communaux. Pour la satisfaction des besoins de la foi, ils créèrent des sanctuaires où ils se livrèrent à leurs dévotions et autres exercices de piété.

Mais ils furent amenés tout naturellement, en compensation au rude labeur, aux souffrances physiques, aux maladies qu'on ne savait pas combattre, aux épidémies mortelles, à se procurer quelques agréments sous la forme de jeux ou de spectacles.

Et voilà qui nous amène à parler des :

 

Pierres des loisirs et de la détente

Que faut-il entendre par ces expressions ?

Pendant des siècles, les travailleurs des villes et des champs ignorèrent les loisirs, le délassement, les vacances. Exception faite pour les privilégiés de la société féodale, nos anciens travaillaient sans répit. On ne connaissait même pas le repos hebdomadaire. Nous n'avons pas connaissance que durant les XVIe et XVIIe siècles on construisit pour donner des spectacles ou offrir des expositions artistiques à la population.

Les pierres des loisirs sont celles des salles de réunions, de concerts, de bals, de danses, de cinéma, de théâtre ; celles où l'on pratique les exhibitions sportives, les tours d'adresse ; celles où l'on expose des oeuvres d'art.

Pour ce qui concerne notre ville, nous avons pu noter, seulement au XVIIIe siècle l'existence d'une artère baptisée rue de la Comédie, qui changea de nom après le second Empire pour devenir la rue Joseph Rousset nom d'un opposant à la dictature napoléonienne, lieu où très probablement des artistes et des musiciens donnèrent des représentations.

Cette rue fut bordée par des entrepôts et magasins spacieux parallèles au Grand Môle (rue Hoche aujourd'hui), le port étant établi au niveau de la place Martel Esprit.

D'importantes salles, libérées momentanément des marchandises, permettaient la tenue de spectacles divers.

Il est bien connu que, même de nos jours, dans les villages de moindre importance on joue encore la Comédie dans des remises à bestiaux !

En ce milieu du XVIIIe siècle, on connaissait la pratique de la musique, répandue avec des violons, des flûtes, des hautbois.

Dans notre Histoire de La Seynoise n'avons-nous pas signalé que, vers 1830, sous la direction de Marius Gaudemard, La Philharmonique se réunissait salle Coupiny, à la rue des Aires (actuellement rues Ferrandin et Gounod). Cette salle fut longtemps utilisée pour des repas de noces, des concerts et autres réjouissances.

Quand les effectifs de la musique dépassèrent la soixantaine, il fallut trouver des locaux plus spacieux. La Seynoise les trouva à l'avenue Gambetta avec la salle Magnaud. Cela se passait alors à la fin du XIXe siècle en 1897 plus précisément. À vrai dire, ce local ne fut pas une véritable salle de spectacle.

Ce fut en 1891 avec la construction de l'Eden-Théâtre que pour la première fois les Seynois pourront assister à des spectacles de qualité. Pendant plus d'un demi-siècle, de bons chanteurs, des musiciens de talent, des comédiens et des fantaisistes de grande renommée firent la joie de nos parents et grands-parents. près la grande guerre de 1914-1918, l'établissement changea de nom : il devient le Comedia.

L'Éden-théâtre vers 1915

Intérieur de la salle de l'Éden-théâtre (Comedia)

Hélas ! la seconde guerre mondiale lui fut fatale. Il fut littéralement pulvérisé le 29 Avril 1944 par une bombe de gros calibre. Sur son emplacement s'élève aujourd'hui l'Office municipal du logement. Les pierres de cette salle de spectacle ont totalement disparu. Une autre construction à caractère de loisirs qui attira les foules vers la fin du XIXe siècle, en 1898 plus précisément, ce fut l'Hippodrome de Lagoubran. Il occupait tout l'espace compris entre la colline de Brégaillon, la gare de La Seyne, la Pyrotechnie et la route départementale 559. Sa période la plus florissante se situa entre 1900 et 1914. Ses activités interrompues pendant la guerre reprirent pendant quelques années, puis ce fut le déclin. Les tribunes demeurèrent visibles jusque vers 1955.

De nos jours, les terrains achetés par la Société des C.N.I.M. ne présentent plus de traces de ce que fut l'Hippodrome d'autrefois et qui n'aura pas duré un demi-siècle.

Avec le sport hippique, la fin du XIXe siècle a bien connu des sociétés à caractère de loisirs dont le souvenir s'est maintenu grâce à des photos et autres documents d'archives. À l'exception du sous-sol de la Dîme, dont nous avons déjà parlé, disons que ni les sociétés de tir, ni la société d'excursionnistes, ni le Vélo Sport seynois, n'ont nécessité de constructions pour leurs activités.

Ces associations sportives se réunissaient généralement dans les salles des cafés du Port ou des Esplageols.

Par contre, le développement du tourisme qui s'inscrit dans les formes de loisirs et de la détente a exigé des structures dont les traces n'ont pas tout à fait disparu. Qu'on en juge !

Les chroniqueurs locaux admettent généralement que le tourisme seynois ne se développa qu'à partir de la création des Stations de Tamaris et des Sablettes par Michel Pacha entre 1880 et 1887, quartier devenu célèbre avec son Château, son Casino, son Grand Hôtel, ses villas.

Mais les splendeurs du rivage de la baie du Lazaret n'avaient pas échappé à George Sand qui vint y refaire sa santé altérée vingt ans auparavant. Et plus anciennement, vers 1790, alors que l'anse comprise entre le fort de Balaguier et celui de l'Éguillette était seulement accessible par un sentier venant de La Seyne par l'Évescat, se construisit une guinguette nommée Le Père Louis.

Cet établissement, modeste à l'origine, devint un restaurant célèbre fréquenté par des personnalités de haut rang. Sa réputation s'étendit bien au-delà des limites de la commune. Ses vastes salles étaient réservées pour les noces, les banquets de société, les repas d'affaires. Les amateurs de chère délicate, de bouillabaisses succulentes, de civets relevés, de langoustes grillées, arrosés des meilleurs crus pouvaient y assouvir leur gourmandise dans un cadre idéalement beau.

Le nom de la famille Estienne, bien connue à La Seyne, est lié indissolublement à l'établissement, plusieurs générations en ayant assumé la gestion.

Dans cette rubrique des loisirs et de la détente, on pourrait écrire beaucoup sur les aménagements touristiques du Manteau de Tamaris et des Sablettes après le passage de Michel Pacha.

On pourrait célébrer le centenaire de la Corniche qui remplaça le sentier des douaniers à peine visible dans les marécages du littoral. Cet ouvrage, fait d'enrochements et d'un long mur de pierres alignées et bâties sur plusieurs kilomètres, fut le cordon ombilical qui permit aux quartiers de Tamaris, les Sablettes, Saint-Elme de se développer rapidement.

Aux pierres de la voirie, s'ajoutèrent celles de cinquante villas, d'un grand Hôtel, de deux Casinos, d'un Château, d'un Institut de biologie, du Château Verlaque, d'une chapelle,... Nous n'insisterons pas sur toutes ces créations puisque ce Tome II de notre ouvrage a réservé un chapitre spécial à Michel Pacha et à son oeuvre.

Dans ces quartiers magnifiques, bien peu de ces réalisations célèbres ont survécu aux désastres de la guerre et à l'occupation allemande.

Pour en terminer avec cet historique des vieilles pierres, il nous a paru intéressant de rappeler par certaines d'entre elles, souvenirs d'évènements douloureux qui ont jalonné la vie rude de nos ancêtres.

 

Pierres sépulcrales - Pierres du souvenir

Nous ne remonterons pas bien loin dans le temps pour les découvrir, notre cité n'ayant pris naissance qu'au XVIe siècle. Les premières pierres tombales existèrent autour du premier sanctuaire de 1591, puis de la chapelle de 1603, devenue l'église paroissiale en 1674. La coutume de cette époque voulait que les morts ne soient point éloignés de la maison de Dieu.

Il y a quelque dix ans, à l'occasion de travaux effectués à l'intérieur de la Paroisse, une sépulture fut découverte qui contenait des ossements humains. On les identifia à ceux de prêtres ayant souhaité l'ensevelissement sur le lieu même de leurs offices.

Aucune inscription précise ne fut relevée sur les pierres tombales.

Nous savons que le premier cimetière de La Seyne s'étendit entre le presbytère actuel et la chapelle des Pénitents Blancs sur l'emplacement de la grande cour de l'école Martini. Et ce champ du repos reçut pendant plus de deux siècles les restes mortels de nos ancêtres.

Sans doute des pierres sépulcrales des XVIIe et XVIIIe siècles portèrent les noms de travailleurs de toutes conditions, de propriétaires terriens, de marins et de capitaines, de personnages célèbres et cela jusqu'au moment où l'extension de la ville et aussi les problèmes d'hygiène posèrent aux administrateurs des difficultés sérieuses qu'ils résolurent par la création d'un autre cimetière plus vaste et plus éloigné de l'agglomération originelle, au quartier Saint-Honorat.

Un véritable transfert de sépultures fut alors réalisé en 1837, M. Louis Balthazar Berny étant Maire en exercice.

Par la suite, l'accroissement de la population imposa des agrandissements et des aménagements nouveaux. En 1864 sous la Municipalité Estienne, en 1888 avec M. Saturnin Fabre, des expropriations de terrain furent nécessaires... et depuis, périodiquement nos édiles sont confrontés aux mêmes problèmes délicats que posent les sépultures.

La porte d'accès de notre nécropole, avec le logement du conservateur et les locaux administratifs, n'a pas tellement changé d'aspect depuis son origine. Rappelons au passage l'inscription émouvante que porte le fronton et dont l'auteur, selon M. Baudoin, serait M. Martini, directeur de la première école seynoise d'enseignement public.

" Passant, respecte cet asile
Si ton coeur est pervers, tremble d'y pénétrer
Mais s'il est vertueux, marche d'un pas tranquille
Sur ces tombeaux, tu peux pleurer. "

En évoquant ici les pierres du souvenir, notre intention n'est pas de nous livrer à une sorte d'inventaire qui pourrait être fort long car depuis des siècles des milliers de nos ancêtres dorment leur dernier sommeil sous la terre des quartiers Canourgue, Saint-Honorat et Sainte-Anne (Voir Mémoires d'entre-tombes, dans notre Tome VII des Images de la vie seynoise d'antan).

Au cours de nos visites rituelles, les inscriptions gravées dans la pierre nous rappellent leur passé, leurs activités, parfois les circonstances dramatiques de leur disparition.

Elles sont d'un précieux apport à la reconstitution de notre histoire locale. Au hasard de nos pas, nous découvrons la trace de ceux dont le labeur acharné a permis le développement de notre ville et porté son renom loin de ses frontières : syndics, consuls, maires, qui furent les premiers administrateurs ; constructeurs de navires, capitaines au long cours, ingénieurs, officiers de marine, médecins, présidents d'associations, musiciens, bienfaiteurs et tous ceux, modestes travailleurs de la Ville, des champs et de la construction navale, qui ont largement contribué au progrès de la communauté seynoise.

La porte du cimetière à peine franchie, les plus anciennes tombes jalonnent l'allée centrale et les allées secondaires.

Apparaissent alors les noms des familles seynoises les plus anciennes de notre terroir : Verdagne, Fouque, Martinenq, Silvy, Arnaud, Pascal, Pignatel, etc...

Remarquons à quelques mètres à droite de l'allée centrale, une stèle élevée à la mémoire de Saturnin Fabre, Maire de la Ville de 1886 à 1896, décédé à Lyon en 1906. Sous ce monument, érigé par souscription publique en reconnaissance de ses bienfaits, la même sépulture devait recevoir douze ans plus tard (17 Décembre 1918) Marie Hortense Poucel, épouse du Maire défunt.

À gauche de l'allée centrale, sur la tombe du Maire Baptistin Paul décédé en 1919 à Paris, dans l'exercice de ses fonctions, alors qu'il sortait du ministère de la Marine en quête de commandes pour les chantiers navals, s'élève une colonne du souvenir imposante.

En avançant dans l'allée centrale de notre nécropole, l'attention du visiteur est attirée par une autre colonne haute de plusieurs mètres, terminée par une croix, symbole de la foi chrétienne en un monde meilleur.

Colonne Carnot

En 1893, le Président de la République Sadi Carnot vint à La Seyne à l'occasion du lancement d'un célèbre cuirassé appelé Jauréguiberry et de son passage sur le port de La Seyne où il fut chaleureusement acclamé par la population, nos anciens avaient gardé un souvenir vivace.

Cet édifice érigé en 1869 ne comportait à l'origine qu'une croix fixée sur un piédestal. Par la suite un socle en pierres de taille le remplaça sur lequel on éleva une colonne surmontée de la même croix. Sur la face Nord, une fontaine fut aménagée. L'histoire de ce monument est liée à un évènement local important.

L'année qui suivit sa visite à La Seyne, Sadi Carnot tombait à Lyon, assassiné par un anarchiste italien nommé Caserio. En souvenir de son passage à La Seyne, un portrait du Président entouré d'une couronne d'immortelles fut fixé au pied de la colonne de 1869 au-dessus de la fontaine. Depuis ce jour, l'habitude fut prise par nos concitoyens d'appeler le monument colonne Carnot, ou encore fontaine Carnot. Le portrait du Président a été longtemps vénéré jusqu'au moment où le 29 Avril 1944, le bombardement américain le détruisit ainsi qu'un nombre important de sépultures sacrées.

Mais la colonne Carnot domine toujours le champ funéraire primitif.

En la dépassant, toujours dans le même prolongement, s'élève un autre monument de quelques années plus ancien.

Il s'agit d'un obélisque érigé primitivement sur la place Martel Esprit après la terrible épidémie du choléra de 1865 qui conduisit au cimetière plusieurs centaines de Seynois en l'espace de quelques semaines. La municipalité du moment avait voulu rendre hommage aux actes de dévouement et de courage exemplaires pendant la rude épreuve.

En 1883, l'obélisque fut transféré à son emplacement actuel. Sur sa face Nord, on peut lire l'inscription suivante :

" En souvenir des actes de dévouement, de courage et de charité accomplis pendant la désastreuse épidémie de 1865 ".
La Seyne reconnaissante
Le 1er Mai 1866
Obélisque de 1865

Signalons au passage, bien qu'il ne s'agisse pas de Vieilles pierres, qu'à l'initiative de la Municipalité présidée par Maurice Blanc, au début des années 1980, une autre stèle a été érigée entre la fontaine Carnot et l'obélisque de 1865. Ce monument en marbre gris porte en lettres d'or les noms des victimes du 29 Avril et du 11 Juillet 1944. Mais il s'agit seulement de celles qui furent ensevelies dans une fosse commune, leurs familles ne possédant pas de sépulture.

Par la suite, sous la municipalité Charles Scaglia (1990), un quatrième monument a été édifié dans le prolongement des trois premières stèles, moins élevé, mais tout aussi émouvant et portant l'inscription suivante : « À la mémoire de nos morts d'Afrique du Nord ».

Le transfert de l'obélisque de la place Martel Esprit est contemporain de l'érection de la stèle du Souvenir Français (1892), sise non loin de l'allée centrale en direction de l'Ouest.

Ce monument dissimule un caveau important où furent accueillies de jeunes victimes des catastrophes maritimes de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, comme celles des cuirassés Magenta, Liberté, et bien d'autres relatées dans notre précédent ouvrage.

Si l'on oublie peu à peu les drames du passé comme le choléra de 1865 ou la guerre de 1870, il n'en est pas encore ainsi pour les deux guerres mondiales. Chaque année les cérémonies officielles de Novembre se déroulent devant le monument du Souvenir Français avec la participation d'importantes délégations des associations d'Anciens Combattants et Victimes de la Guerre.

Ainsi s'achève notre historique des pierres seynoises les plus vieilles, nous entendons par là celles d'un siècle au moins. Il fallait bien fixer une limite.

Les constructions du XXe siècle ne nous inspirent pas encore des sentiments de profonde vénération, encore que nous nous prenons parfois à évoquer les longues luttes menées par nos anciens pour obtenir un véritable hôpital en 1903-1905, contemporain de la bourse du travail où il nous plaît de rappeler qu'y retentit la voix des grands tribuns ouvriers : Jules Guesde, Jean Jaurès, Eugène Hénaff, Gaston Monmousseau, Benoît Frachon, Maurice Thorez, Gabriel Péri, et tant d'autres.

Bourse du travail

Les annalistes du troisième millénaire de notre ère pourront en parler longuement. Ils prolongeront notre étude avec le Monument aux Morts de la guerre de 1914-1918, détruit en 1944, puis reconstruit ; la première école primaire des Sablettes et la première maternelle Jean-Jaurès, construites en 1902 ; puis les collèges, les structures sportives, sociales, culturelles, réalisations prestigieuses des municipalités d'après la dernière guerre.

Monument aux Morts de la guerre de 1914-1918, détruit en 1944 (8)
(8) Le Monument aux Morts de la guerre de 1914-1918 avait été construit aux Forges et Chantiers sous la direction de M. Rimbaud et inauguré le 11 Novembre 1924. En 1943-1944, l'armée d'occupation allemande avait ordonné de le détruire en partie, car la statue se trouvant au-dessus du socle empêchait ses batteries anti-aériennes installées à proximité, de manœuvrer normalement. Le Monument aux Morts actuel a été inauguré le 8 Mai 1962.

Les historiens de demain seront en possession d'éléments d'archives très abondants pour corroborer notre opinion du début, à savoir que l'Histoire est un mouvement continu, que l'étude attentive du passé, la recherche patiente de la vérité sur les faits et évènements écoulés, permettent de mieux appréhender les problèmes de l'avenir.

Peut-être s'étonneront-ils à leur tour des transfigurations profondes de la Ville. Certains s'indigneront de la disparition des grilles fermant le parvis de l'église (9), de la destruction du kiosque à musique de la place Ledru-Rollin. Mais dans notre monde moderne, les impératifs de la circulation ne posent-ils pas aux édiles des choix difficiles ?

(9) Ces grilles ont été réutilisées pour fermer la cour de l'École des Beaux-Arts, rue Messine.

Ce qui nous paraît souhaitable, dans toute la mesure du possible, c'est de sauver le patrimoine communal sous quelque forme qu'il se présente : architectural, littéraire, culturel,...

D'autant que notre ville n'est pas tellement riche en pierres du souvenir et en documents écrits évocateurs du passé.

Nos écoliers, nos étudiants doivent connaître l'héritage de nos anciens ; ils doivent savoir le rôle joué par nos ouvrages fortifiés comme le fort Napoléon ou la tour de Balaguier ; par nos sanctuaires comme Notre-Dame de Bonne-Garde ou l'église paroissiale ; par nos structures à caractère économique ou social comme la poissonnerie ou la bourse du travail. Ces jalons de l'Histoire seynoise, nos concitoyens ou anciens n'ont pas le droit de les oublier, de les ignorer ou de les mépriser.



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